Lettre 1
Mon cher père,
Ma première tâche, autant dire mon plus grand
plaisir, est de me conformer à ta recommandation de t’écrire aussitôt que
j’arriverai à Jérusalem. Cette lettre, tout en t’apportant la nouvelle de mon
arrivée, te confirmera mon obéissance filiale.
Je ne manquerai pas de t’écrire par tout caravane
qui part d’ici chaque mois à destination de Caire ; et s’il y a plus
fréquemment d’occasions, cher père, mon amour et ma sympathie pour toi dans
notre séparation, me pousseront à en profiter.
Mon voyage jusqu’ici prit plusieurs jours. Rabbi Ben
Israël parle de dix-sept jours. Quant à moi, quoique j’arrivai à dix, je devins
aussitôt très fatiguée pour continuer à compter.
Quand nous voyageâmes en vue de la mer, ce que nous
fîmes en trois jours, j’appréciai la majesté de la perspective ; elle
paraissait comme si le ciel et la terre se touchaient. J’eus la chance de voir
plusieurs navires que le Rabbi, toujours prêt pour satisfaire ma soif
d’information, me dit être des vaisseaux romains. Certains partaient pour
Sidon, d’autres pour le Nil. A la suite de l’un de ceux-ci, comme il allait là
où tu es, j’envoyai une prière et un vœu. Au moment où nous quittions le rivage
pour tourner dans le désert, je vis un vaisseau naufragé. Il paraissait si
impuissant et si volumineux, avec son énorme corps noir entièrement hors de
l’eau, qu’il avait à mes yeux l’air d’un grand monstre marin échoué sur la côte
et se mourant. Je sentis comme si j’en avais compassion. Le Rabbi me fit
comprendre qu’il était venu d’Alexandrie, chargé de blé à destination d’Italie
et qu’il avait échoué suite à une tempête. Combien terrible peut être une
tempête dans la mer ! J’espérais voir un Léviathan mais mon désir ne fut pas
satisfait. Le bon Rabbi qui semblait tout connaître au sujet de ces choses me
dit qu’ils n’apparaissent que rarement maintenant en "Middle Sea"
mais sont vus au-delà des colonnes d’Hercules, au bout du monde.
A Gaza, nous nous arrêtâmes deux jours. Nous
entrâmes par le chemin dont Samson emporta les portes et il me fut indiqué la
colline traditionnelle à deux mille au sud-est où il les laissa. Beaucoup
d’autres endroits d’intérêt me furent indiqués, spécialement le champ, que
notre chemin traversait, où il mit en fuite l’armée des Philistins avec
beaucoup de massacre. Une grotte à lion me fut aussi indiquée, d’où vint le
lion que Samson tua et à partir duquel il composa ses célèbres énigmes.
Un puits sec dans lequel les dix patriarches
descendirent le prince Joseph, leur frère, me fut aussi indiqué par notre guide
arabe et également le rocher sur lequel les Ismaélites comptèrent les pièces
d’argent. Mais Rabbi Ben Israël dit que le vrai puits de Joseph est au nord de
Jérusalem près des montagnes de Gilboa à Dothan. Les traditions arabes ont
ainsi souvent tort. Je réalisai que le vieil arabe racontait l’événement avec
plus de joie qu’il n’était nécessaire, comme s’il était fier de perpétuer le
fait que notre noble ancêtre avait été une fois un esclave acheté par les
leurs. Je remarquai, plusieurs fois pendant le voyage, que les Ismaélites
d’Edom dans notre caravane saisissaient chaque occasion pour élever leur propre
race au détriment des fils d’Israël. Même Aben Hussuff, le chef à la barbe
blanche de notre caravane, dans une vertueuse discussion avec Rabbi Ben Israël
au puits de Jacob où nous campâmes, soutint que Isaac fut le fils de l’esclave
et Ismaël, le vrai héritier mais déshérité et expulsé par la ruse de l’esclave
qui aurait fait de son propre fils l’héritier. Mais, bien sûr, j’étais trop
bien instruite sur l’histoire de mes pères pour prêter attention à une telle
fable, quoique tous les arabes prirent le parti de leur chef et luttèrent pour
la vérité de ce qu’il affirmait avec autant de zèle et d’enthousiasme que le
fit l’érudit Rabbi pour la vérité de son propre camp.
Le matin de l’avant dernier jour de notre voyage,
ayant perdu notre chemin et ayant erré plusieurs heures vers l’est, nous
aperçûmes la mer de Sodome et Gomorrhe à une grande distance de l’est. Combien
mon pouls s’accéléra en voyant cet endroit effrayant si marqué par la colère de
Jéhovah ! Il me semblait voir, en imagination, les cieux en feu au dessus de
cela et les flammes et la fumée monter comme d’une grande fournaise, en cet
effroyable jour quand ils furent détruits, avec cette belle plaine environnante
qui, il nous a été dit, fut un vaste jardin de beauté. Combien calme et
paisible est maintenant cette mer paresseuse sous un ciel sans nuage ! Nous la
gardâmes en vue plusieurs heures jusqu’au moment où nous entrevîmes le Jourdain
au nord, semblable à un fil d’argent. Quoique semblant être proche, il me fut
dit qu’il fallait un bon jour de voyage à un chameau pour atteindre ses
rivages.
Après avoir perdu de vue ce lac mélancolique, les
sépulcres blanchis des cités et leurs innombrables occupants, notre chemin
suivit une étroite vallée pendant un temps et, le jour suivant, ayant atteint
une éminence, Jérusalem apparut, semblable à une ville sortie de terre, se
tenant devant nous de façon inattendue. Nous étions encore, comme elle, dans le
désert. Cependant du côté où nous nous approchions, le désert avance si près de
ses murs que ce fut à plus de deux mille que nous la vîmes.
Je ne peux pas, mon cher père, te décrire mes
émotions en voyant la ville sainte. Les mêmes émotions ont été ressenties par
des millions de personnes de notre peuple — elles furent comme les tiennes
telles que tu me les relata. Tout le passé, avec ses puissants hommes qui
marchèrent avec Jéhovah, vint à mon esprit, me chargeant d’un poids étonnant.
Toute l’histoire du lieu sacré se précipita à ma
mémoire et m’obligea à incliner ma tête et à adorer à la vue du Temple, où Dieu
autrefois (hélas, pourquoi ne visite-t-Il plus la terre et Sa Sainte Maison ?)
habitait dans la resplendissante Shekinah et faisait connaître les oracles de
Sa volonté. Je pouvais voir la fumée du sacrifice du soir s’élever vers les
cieux et intérieurement je priai Jéhovah de l’accepter pour toi et pour moi.
Pendant que nous approchions de la ville, plusieurs
endroits intéressants me furent indiqués et je fus abasourdie par les localités
familières et sacrées que j’avais jusqu’ici connues uniquement par la lecture
révérencieuse des prophètes. Il me sembla, au moment où les lieux associés à
leurs noms me furent montrés, vivre aux jours d’Esaïe et de Jérémie plutôt que
dans la génération à laquelle j’appartiens véritablement. En effet, je n’ai
vécu que dans le passé durant les trois jours où j’ai été à Jérusalem,
consultant constamment les histoires sacrées pour comparer les endroits et les
scènes avec leurs récits, et ainsi vérifier chacun avec un saint respect et un
grand plaisir intérieur qui doit être ressenti pour être compris.
Mais cher père, tu as toi-même expérimenté tout ceci
et, par conséquent, tu peux comprendre mes émotions. Nous entrâmes dans la
ville juste avant la sixième heure du soir et fûmes aussitôt à la maison de
notre parent Amos le Lévite. Je fus accueillie comme si j’avais un droit de
fille à leur étreinte. Et avec le luxe dont ils m’ont entourée dans mon
splendide appartement meublé, je suis sûre que ma famille ici a l’intention de
me faire oublier les joies de la chère maison que j’ai quittée.
Le Rabbi Amos et sa famille désirent tous se
recommander à toi. Comme c’est son tour de servir au Temple, je ne le vois pas
beaucoup mais il semble être un homme pieux et bienveillant et aime beaucoup
ses enfants.
J’ai été une fois au Temple. Sa cour extérieure
ressemble à un vaste caravansérail ou à une place du marché, remplie de gens
vendant des animaux de sacrifice et occupant toutes les parties. Des milliers
de colombes, dans de larges cages, étaient vendues d’un côté et de l’ autre, il
y avait des boxes pour agneaux, moutons, veaux, bœufs, dont le bruit et le
bêlement, avec la confusion des langues faisaient que l’endroit ressemblait
plutôt à quelque chose d’autre qu’au Temple de Jéhovah. Cela semblait comme une
profanation que d’utiliser ainsi le Temple, cher père, et semblait montrer un
manque de cette crainte de la Maison de Dieu qui autrefois caractérisa nos
ancêtres. Je fus contente d’entrer sans difficulté dans le bazar où, sous
prétexte de vendre les victimes de sacrifice pour l’autel, les gens se
permettaient toute autre sorte de trafic.
En atteignant la cour des femmes, je fus consciente
d’être dans le Temple par la magnificence qui m’entourait. Avec quel respect
mêlé de crainte j’inclinai ma tête en direction du Saint des saints !
Auparavant, je ne m’étais sentie aussi près de Dieu. Des nuages d’encens
flottaient au dessus des têtes de la multitude et des fleuves de sang coulaient
sur les marches en marbre de l’autel où était consumé le sacrifice. Hélas !
Combien de victimes innocentes meurent jour et nuit pour les péchés d’Israël !
Quelle mer de sang a été versée durant les âges passés ! Quel mystère étrange
et effrayant que le sang d’un agneau innocent doit expier les péchés que j’ai
commis ! Il doit y avoir un sens profond à ces sacrifices, cher père, qui ne
nous est pas encore révélé.
Au moment où je revenais du Temple, je rencontrai
beaucoup de gens, certains à pied, d’autres sur une monture, qui semblaient
affluer hors de la porte de la ville dans un voyage inhabituel. Depuis, j’ai
appris qu’il y a un homme extraordinaire, un véritable prophète de Dieu,
beaucoup le croient, qui demeure dans le désert, à l’est près du Jourdain, et
qui prêche avec une puissance inconnue dans le pays depuis les jours d’Elie et
d’Elisée. C’est pour voir et entendre ce prophète que tant de personnes sortent
chaque jour de Jérusalem. Il vit dans une grotte, se nourrit de plantes et de
miel sauvage et ne boit que de l’eau tandis que ses habits sont faits de peau
de lion ; c’est du moins ce qu’on raconte. J’espère qu’il est un vrai prophète
du ciel et que Dieu est encore une fois sur le point de se souvenir d’Israël.
Mais les jours des prophètes sont déjà passés et je crains que cet homme ne
soit qu’un enthousiaste comme l’imposteur Theudas ou ce Galiléen Judas qui
trompèrent notre peuple et périrent si misérablement. Mais l’influence de cet
homme sur tous ceux qui l’ont écouté est si remarquable qu’il semblerait, et on
a presque le courage de le croire, qu’il soit réellement doté de l’Esprit des
prophètes.
Adieu, cher père, et prions toujours pour la gloire
d’Israël.
Ton affectueuse,
Adina.
Lettre 2
Mon cher père
L’excellent Rabbi Ben Israël m’a déjà fait connaître
son intention de retourner en Egypte pour demain et m’a attendue pour savoir si
j’avais quelques ordres à lui confier pour mes amis à Alexandrie. Au lieu de
cette lettre, dont il sera porteur, je voudrais plutôt me confier une seconde
fois à son bon soin. Ainsi au lieu de placer ce parchemin entre tes mains,
permets-lui de poser de nouveau ton enfant sur ton sein. Mais c’est par ta
volonté, cher père, que je suis ici et, quoique je soupire de te voir une fois
encore, j’essaierai de me satisfaire dans mon absence loin de toi, sachant que
tout mécontentement te ferait de la peine et ferait tomber tes cheveux gris.
Pour autant qu’une fille puisse être heureuse loin
de la maison de sa jeunesse, j’ai tout pour me rendre ainsi. Le bon Rabbi Amos,
dans sa gentillesse, rappelle ta propre douceur et ta mine pleine de dignité.
Rebecca, sa noble femme, ma cousine, est vraiment une mère en Israël. Sa fille
Marie, ma plus jeune cousine, dans son affectueux attachement à moi, me montre
quel amour j’ai manqué en n’ayant pas eu de sœur. Somme toute, c’est une
ravissante famille et je suis privilégiée par le Dieu de nos pères en ayant ma
destinée, pendant mon exil loin de ma maison sur les rivages du beau Nil,
projetée dans un paisible et saint sanctuaire domestique.
La rue où nous demeurons est élevée et du toit de la
maison, où j’aime me promener le soir à contempler les étoiles suspendues au
dessus de l’Egypte, on dispose d’une large vue sur la ville sainte. Le prodigieux
Temple, avec ses terrasses de marbre étincelant empilées les unes sur les
autres, avec ses brillantes fontaines qui se projettent vers le haut comme des
palmiers de liquide argenté, avec ses massifs et beaux murs et tours, est
toujours en pleine vue. L’arc doré qui enjambe la porte qui mène au Saint des
saints brille, alors qu’il capte les rayons solaires du matin, comme un diadème
céleste d’une gloire surnaturelle. Je n’ose pas regarder fixement ce saint
lieu, ni imaginer la splendeur éblouissante intérieure de la présence visible
de Jéhovah dans la Shékinah qui, autrefois, fut présente là.
Hier matin, j’étais tôt sur le toit de la maison
pour voir le premier nuage du sacrifice de l’aurore s’élever du sein du Temple.
Quand je tournai mon regard vers le sommet sacré, je fus effrayée par le
profond silence qui régnait par-dessus l’immense éminence qui couronne le Mont
Moriah. Le soleil ne s’était pas encore levé ; mais l’Est était d’un rose
pourpre et l’étoile du matin disparaissait dans ses profondeurs. Aucun bruit ne
rompait le silence de la centaine de rues à l’intérieur des murs de Jérusalem.
Nuit et silence étaient encore unis par-dessus la ville et l’autel de Dieu.
J’étais respectueusement silencieuse.
Je me tenais avec mes mains croisées sur ma poitrine
et ma tête inclinée avec révérence, car en l’absence de l’homme et de sa voix,
je croyais que les anges étaient tout autour dans l’armée céleste, les gardiens
de cette merveilleuse cité de David. Des lances de lumière furent alors tirées
en haut et à travers la mer de pourpre dans l’Est et des toisons de nuages qui
reposaient sur elle comme des barques, captant les rayons rouges du soleil non
encore levé, flamboyèrent comme des navires en feu. Chaque instant, l’obscurité
s’enfuyait et la splendeur de l’aube s’accroissait. Et quand j’espérai voir
apparaître le soleil par-dessus les hauteurs entaillées du Mont Moriah, je
tressaillis suite au saisissant son des trompettes des prêtres ; un millier de
trompettes en argent sonnèrent au même instant des murs du Temple, secouant les
fondations même de la ville par leur puissant son. Instantanément, les sommets
des maisons alentours fourmillèrent d’adorateurs ! Jérusalem sursauta, comme un
seul homme, de son sommeil et avec leurs faces vers le Temple, une centaine de
milliers d’hommes d’Israël se tinrent debout, attendant. Un second son de
trompette , clair et musical comme la voix de Dieu quand Il parla à notre père
Moïse en Horeb, fit fléchir chaque genou et unir chaque langue dans le chant de
louange du matin. Le murmure des voix était comme le roulement continuel des
vagues sur le rivage et les murs du haut Temple, comme une falaise, rendaient
l’écho. Non habituée à cette scène, car nous n’avons rien qui ressemble à cette
majesté d’adoration à Alexandrie, je fus plutôt une spectatrice qu’une
participante comme il aurait convenu à ta fille de l’être, cher père.
Simultanément avec la montée, comme les vagues, de
l’hymne d’adoration, je vis une colonne de fumée noire s’élever du milieu du
Temple et se répandre par-dessus la cour comme une voûte. Elle était
accompagnée par une couronne de lumière bleue, d’apparence brumeuse, qui se
faufilait dedans et dehors et qui était enroulée autour d’elle comme un cordon
d’argent tissé avec une corde de zibeline. C’était la fumée de l’encens qui
accompagnait le sacrifice consumé. Comme je la voyais s’élever de plus en plus
haut et finalement par-dessus le lourd nuage, qui instantanément s’agrandit par
des volumes de fumée dense qui s’élevaient de la victime consumée, et lentement
disparaître, fondant dans le ciel, je m’agenouillai aussi, me rappelant que sur
les ailes de l’encens s’élèvent les prières du peuple. Et avant qu’elle ne se
dissolve complètement, je lui confiai, cher père, des prières pour toi et pour
moi.
Combien merveilleuse est notre religion ! Combien
mystérieux ce sacrifice journalier, tant de centaines d’années offertes pour
les péchés de nos pères et de nous-mêmes. Comment, me suis-je souvent demandée
depuis que je suis ici, comment le sang d’un veau, d’un agneau ou d’une chèvre
ôte le péché ? Quelle est la relation mystérieuse qui existe entre nous et ces
bêtes muettes et innocentes ? Comment un agneau peut-il se tenir pour un homme
devant Dieu ? Plus je réfléchis sur ce terrible sujet plus je suis perdue dans
l’étonnement. J’ai parlé de ces choses à Rabbi Amos, mais il a seulement souri
et m’a dit de penser à ma broderie ; car ma cousine Marie et moi sommes en
train de faire une riche bordure en or dans le phylactère de son vêtement de la
nouvelle année.
Le sacrifice du soir dont j’ai été témoin hier est,
si possible, plus imposant que celui du matin. Juste au moment où le soleil
disparaissait au-delà de la colline de Gibeah, qui surplombe la vallée de
Aijalon, il fut entendu une note prolongée d’une trompette sonnant d’une des
tours de garde occidentale de Sion. Son doux son atteignit l’oreille la plus
éloignée à l’intérieur des portes de la ville. Tout labeur cessa soudain. Tout
homme laissa tomber l’instrument de son travail et leva sa face en direction du
sommet de la maison de Dieu. Une profonde pause, comme si tous retinrent leur
souffle dans l’expectative, suivit. Soudain les cieux même semblèrent être
fendus en deux et secoués par le tonnerre de la compagnie des trompettes qui
roula, vague sur vague de son, en provenance des murs du Temple. Le nuage
sombre du sacrifice s’éleva en grandeur solennelle et, tantôt plus lourd que
l’air du soir, tomba comme un voile descendant autour de la montagne jusqu’à ce
que la totalité soit voilée de la vue ; mais au dessus on vit s’élever l’encens
pur vers l’invisible Jéhovah, suivi par une myriade d’yeux et l’élévation des
prières de la nation. Alors que la lumière du jour déclinait, la lumière de
l’autel caché de nous par les murs élevés de la cour extérieure du Temple,
flamboya haut comme un phare et conféra une sublimité sauvage aux tours et
pinacles qui couronnent le Mont Moriah. Il y eut cependant, mon cher père, une
chose qui altéra douloureusement le caractère saint de l’heure sacrée, le soir
dernier.
Après que le son des trompettes en argent des
Lévites eut cessé, et alors que tous les cœurs et les yeux s’élevaient vers
Jéhovah avec la colonne montante de l’encens, il vint du château romain contigu
à la cité de David, un bruyant bruit de clairon d’airain et d’autres
instruments barbares de musique de guerre, pendant q’une fumée semblable à
celle du sacrifice s’élevait des hauteurs de la colline fortifiée de David. Il
me fut dit que c’était les Romains occupés à louer Jupiter, leur dieu idole.
Oh, quand, quand, la sainte cité sera libérée du reproche de l’étranger ! Hélas
pour Israël ! Son héritage "est tourné aux étrangers, et ses maisons aux
étrangers" a bien dit Jérémie le prophète : "Les rois de la terre et
tous les habitants du monde n’auraient pas cru que l’adversaire et ennemi
aurait pu entrer dans les portes de Jérusalem".
Combien vrai maintenant est l’accomplissement des
prophéties qui se trouvent dans Lamentions "Le Seigneur a rejeté son
autel, Il a livré entre les mains de l’ennemi les murs de ses palais ; ils ont
fait un bruit dans la maison de l’Eternel, comme dans le jour d’une fête
solennelle" .
Pour ces choses je pleure, mon cher père, même
maintenant, pendant que j’écris, mes larmes tombent sur le parchemin. Pourquoi
est-ce ainsi ? Pourquoi Jéhovah laisse-t-Il l’adversaire demeurer à l’intérieur
de ses murs saints, et la fumée de son abominable sacrifice se mélanger avec
celle des offrandes des prêtres consacrés du Très-Haut ? Sûrement Israël a
péché et nous sommes punis pour nos transgressions. Il convient au pays
"de chercher et d’éprouver ses voies et de se tourner vers Dieu",
peut-être va-t-Il revenir et être miséricordieux et restaurer la gloire
d’Israël. Nos rois sont les serviteurs des gentils. Nos lois ne sont plus. Nos
prophètes n’ont plus de visions. Dieu est parti en colère et ne s’entretient
plus avec Son peuple élu. La fumée même du sacrifice journalier semble suspendu
au dessus du Temple comme un nuage de la colère de Jéhovah.
Presque trois cents ans sont passés depuis que nous
avons eu un prophète — ce divin et jeune Malachie ! Rabbi Amos confesse que,
depuis son jour, Jéhovah a cessé tout rapport connu avec son peuple et la
maison sainte ; Il n’a fait aucun signe montrant qu’Il entend les prières ou
fait attention aux sacrifices qui lui ont été offerts en son temps. J’ai
demandé à l’intelligent Rabbi si ce sera toujours ainsi. Il m’a répondu que
quand Schilo viendra il y aura une restauration de toutes choses – que la
gloire de Jérusalem va alors remplir toute la terre avec la splendeur du soleil
et que toutes les nations viendront des extrémités du monde pour adorer dans le
Temple. Il a averti "que nous sommes maintenant sous un nuage pour nos
péchés ; mais qu’un jour heureux vient, où Sion sera la joie de toute la
terre". Il a ajouté aussi qu’on raconte qu’il y a trente un ans un ange
était apparu, pendant l’offrande de l’encens, à un sacrificateur qui fut rendu
muet par la vision.
Ma conversation avec Rabbi Amos, cher père, une
conversation qui germa du sujet de la garnison romaine occupant la citadelle de
David et offrant leurs sacrifices païens à côté de nos propres autels fumants,
me conduisit à examiner le livre du prophète Malachie. Je vis qu’après avoir
clairement fait allusion à notre honte présente et reproché aux prêtres "d’avoir
causé la chute du peuple" se rendant eux-mêmes ainsi "méprisables et
vils devant toutes les nations" il prophétise ainsi : "Voici,
j’enverrai mon messager ; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera
dans son Temple le Seigneur que vous cherchez ; Il s’assiéra comme un raffineur
et un purificateur de l’argent. Il purifiera les fils de Lévi et les épurera
comme l’or et l’argent afin qu’ils puissent offrir à l’Eternel une offrande
avec justice. Voici" ajoute le voyant divin "je vous enverrai Elie le
prophète avant la venue du grand et redoutable jour de l’Eternel" .
Ces paroles, je les ai lues aujourd’hui à Rabbi
Amos. J’étais en train de les lire quand Rabbi Ben Israël vint annoncer qu’il
partait le lendemain. L’excellent Amos devint grave, plus grave que je ne l’ai
jamais vu paraître. Craignant de l’avoir offensé par ma hardiesse et
m’approchant de lui, j’étais sur le point de l’embrasser quand je vis des
larmes briller dans ses yeux. Cette découverte m’affecta profondément, sois en
assuré cher père. Et troublée plus par le fait de l’avoir blessé que par celui
de lui avoir déplu, j’étais sur le point de demander son pardon pour avoir
imposé ces sujets sacrés sur sa remarque quand il prit ma main, et souriant,
pendant qu’une larme brillante coulait sur sa barbe blanche comme la neige et
tombait en liquide de diamant sur sa main, il dit : "tu n’as rien fait de
mal, enfant, assieds-toi à côté de moi et sois en paix avec toi-même. C’est
trop vrai en ce jour, ce que le prophète Malachie a écrit. O Ben Israël"
dit-il avec tristesse au Rabbi d’Alexandrie "Les prêtres du Temple sont
vraiment corrompus excepté une minorité ici et là ! Ce doit être à ce jour que
le prophète a adressé ses paroles. Sauf dans la forme extérieure, je crains que
la majorité du corps de nos Lévites n’aient qu’un petit peu de vrai religion et
de connaissance du Dieu unique Jéhovah que les prêtres de l’idolâtrie romaine.
Hélas, je crains que Dieu ne regarde nos sacrifices avec pas plus de faveur
qu’il ne regarde les leurs ! Aujourd’hui, pendant que j’étais au Temple et
servais à l’autel avec les prêtres, ces paroles d’Esaïe vinrent à mes pensées
et ne pouvaient être écartées : ’à quoi sert la multitude de vos sacrifices ?’
dit l’Eternel. ’Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse
des veaux ; je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des brebis et des
boucs. N’apportez plus de vaines offrandes ; l’encens est une abomination
devant moi ; je suis fatigué de les supporter ; oui, quand vous étendez vos
mains, je voilerai mes yeux de vous ; oui, quand vous faites beaucoup de
prières, je n’écouterai pas ; vos mains sont pleines de sang ! Lavez-vous ;
purifiez-vous. Cessez de faire le mal ; Apprenez à faire le bien !’
"Ces paroles terribles du prophète" ajouta
Rabbi Amos s’adressant à Ben Israël étonné "ne s’éloignaient pas de mon
esprit pendant que j’étais au Temple. Elles semblaient tonner dans mes oreilles
par une voix venant du ciel. Plusieurs jeunes prêtres, dont la prêtrise durant
le sacrifice avait été reprouvée par moi, me voyant triste, en demandèrent la
cause. En réponse, je répétai, avec une voix qui me sembla à moi-même inspirée,
les paroles du prophète. Ils devinrent pâles et tremblèrent, et je les quittai
ainsi".
"J’ai remarqué" dit Ben Israël "qu’il
y a moins de révérence maintenant dans le Temple que quand j’étais jeune homme
à Jérusalem. Mais je trouve que la magnificence des cérémonies a cru".
"oui" répondit Ben Amos avec un regard de
chagrin. "oui, comme l’âme de la piété est morte à l’intérieur, ils
exaltent l’extérieur. La richesse élevée de l’adoration est copiée sur ces
romains. Nous sommes tombés si bas. Notre adoration, avec toute sa splendeur,
est comme un sépulcre blanchi pour dissimuler la pourriture intérieure".
Tu dois être convaincu, mon cher père, que cette
confession venant d’une telle source, m’humilia profondément. Si alors, nous
n’adorons pas Dieu, qu’adorons-nous ? Si Jéhovah des armées, le Dieu de nos
pères Abraham, Isaac et Jacob, cache sa face de nos sacrifices et est fatigué de
notre encens, qui Israël¨adore-t-il ? ZERO ! Nous sommes pires que nos barbares
conquérants, car nous n’avons pas Dieu ; pendant qu’eux au moins ils ont
plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, tels qu’ils sont. Hélas, le temps du
jugement de Jérusalem semble être proche. Le Seigneur doit soudain entrer dans
son Temple, et comme un fondeur et un purificateur ! J’ai profondément
l’impression que le jour est vraiment très proche. Peut-être allons-nous le
voir de notre vivant, cher père.
Au moment où j’écrivais la dernière ligne, j’ai été
interrompue par Marie qui a emmené, pour me voir, un jeune neveu du noble
dirigeant juif, Ptolomeus Eliasaph qui fut tué par les romains pour sa dévotion
patriotique à son pays. Il demeure près de la porte de Gaza, avec sa mère
veuve, qui est une dame noble, honorée par toutes les lèvres qui parlent
d’elle.
Entre ce jeune homme, dont le nom est Jean, et Marie
il existe un lien pas assez ardent pour être l’amour, mais assez sincère pour
être la plus pure amitié ; cependant chaque jour leur amitié se développe en la
plus profonde émotion. Il vient juste de retourner des environs de Jéricho où
il a été pendant quelques jours passés, attiré jusque là par la curiosité, pour
voir et écouter ce nouveau prophète, auquel j’ai fait allusion à la fin de ma
dernière lettre, dont la réputation s’est répandue partout et qui attire des
milliers dans le désert pour écouter l’éloquence qui coule de sa bouche. Le
jeune homme était en train de faire à Marie un compte rendu tellement
intéressant qu’elle désira que j’écoute aussi. Dans ma prochaine lettre, je
t’écrirai tout ce que j’entendis ; et j’ai confiance, cher père, que tu vas
être patient avec moi en toutes choses ; et je crois que suite au caractère
investigateur de mon esprit, de quelque manière que je puisse m’aventurer sur
les mystères sacrés, je ne serai pas moins amoureuse du Dieu de notre père
Abraham, ni moins ton affectueuse et dévouée Adina ! Adieu.
Lettre 3
Mon cher père,
Ce matin, alors que je revenais du Temple, où
j’avais été adorer et voir l’imposante cérémonie de la présentation des
prémices, je remarquai une vaste pile d’édifices couronnant le rocher opposé.
Il me fut dit qu’il s’agissait de la tour Antonia. Elle semblait regarder d’un
air heureux le Temple et sur ses murs brillaient par intervalles, de nombreux
aigles romains. Je t’avais si souvent entendu relater les événements
historiques liés à ce fameux château que je le regardai avec un intérêt
particulier. Toi, qui me l’avais si fréquemment décrit, tu semblais te tenir à
mes côtés pendant que je le contemplais. Les quatre tours, une à chaque coin,
sont toujours comme elles étaient quand tu combattis à partir de celle du nord
et la défendis seul contre les romains. Mais maintenant ces barbares occupent
les cours et leurs clairons, qui ont sonné des murs conquis de chaque pays sur
la terre, sont même entendus dans les oreilles des citoyens de Jérusalem.
L’insolence et la puissance de la garnison romaine ont fait que la belle
promenade aux alentours du bas de la tour soit presque désertée ; mais de cela,
je n’avais pas été prévenue. Accompagnée seulement par mon esclave éthiopien
Onia, je m’attardai pour admirer la splendeur du cloître qui, jadis, entourait
la maison du trésor du Temple, avec ses terrasses supportées par des piliers en
marbre blanc haut de quinze coudées quand deux soldats romains, venant de l’une
des portes de la cité et rentrant au château, approchèrent. C’est alors que je
vis que j’étais seule, le groupe qui avait quitté le Temple avec moi étant
parti loin en avance. Je tirai bien mon voile et m’apprêtai à les dépasser à
pas rapides quand l’un d’eux se plaça sur mon chemin et, s’emparant de mon
voile, essaya de me retenir. Je laissai le voile dans sa main et m’enfuis mais
l’autre soldat m’arrêta. C’était en pleine vue du château et à mes hurlements,
les barbares dans le château rirent tout haut. A ce moment, apparut un jeune
centurion sur le dos d’un cheval qui descendait le chemin rocailleux qui
remonte le rocher de Sion. Et, criant sur eux, il galopa en avant et, avec son
épée, mit les hommes, qui étaient ivres de vin, à la fuite immédiate et me
secourut. Au même moment, il envoya les deux soldats aux arrêts dans le
château. Ensuite, il s’adressa à moi gentiment et s’excusa pour la brutalité
dont j’avais été victime entre les mains de ses hommes, disant qu’ils seraient
sévèrement traités. Je fus frappée par sa beauté, sa civilité et son air de
commandement praticien quoique il ne pouvait pas avoir plus de vingt huit ans.
Dans le but de m’escorter en sécurité dans les rues
d’en bas, il descendit de son cheval et, le conduisant par les rênes, marcha à
mes côtés. Je t’avoue, cher père, que je n’avais pas atteint la maison de mon
parent que mes préjugés contre les romains furent considérablement modifiés. J’avais
trouvé dans l’un d’eux une personne aussi courtoise que je n’avais déjà
rencontré parmi mon propre peuple, et à cause de lui je suis prête à penser du
bien de son pays et peuple barbares. Il vit à travers mes préjugés et comment
je me dérobais alors qu’il marchait à mes côtés ; pendant que nous descendions
la hauteur, il parla éloquemment en défense de son pays natal, avec ses filles
loyales, ses hommes sages, ses braves chefs, sa puissance et sa gloire et sa
domination sur toute la terre.
Quand je l’entendis utiliser ces derniers mots, je
soupirai profondément car Juda, est-il prophétisé, devrait dominer sur toute la
terre et, par conséquent, ces romains tiennent cette domination qui normalement
appartient à notre peuple. Comment est-ce, cher père ? Comment est-ce que ces
barbares sont autorisés par Jéhovah à garder le sceptre qui est l’héritage
légitime du Lion de la tribu de Juda ? Combien de fois par jour, depuis que je
suis à Jérusalem, me suis-je rappelé les dégradations de mon peuple ? Comment est-ce
que ces ennemis de Jéhovah, ces adorateurs de faux dieux, se tiennent dans le
lieu saint et usurpent le pouvoir que Dieu nous a donné ?
Je posai ces questions à Amos, le bon prêtre, après
que je sois rentrée à la maison ; car le récit de mon aventure conduisit
naturellement à la conversation sur la domination romaine sur la terre. Il
apparaît que ce noble centurion n’est pas inconnu de Rabbi Amos, qui parle de
lui comme étant l’un des plus populaires officiers romains dans le commandement
de la cité. Je suis contente d’entendre ceci. Il me mit aussi en garde de ne
pas approcher de nouveau de près des points de la garnison de la ville, étant
donné que les soldats prennent plaisir à importuner les citoyens.
Pendant que je t’écrivais ce qui précède, un tumulte
à l’extérieur, comme si quelque chose d’inhabituel se passait, m’attira au
treillis qui donne sur la rue qui sort par la porte vers Béthanie, l’une des
artères les plus fréquentées de la ville. Le spectacle que mes yeux
rencontrèrent était vraiment imposant mais fit que mon cœur s’effondre de
honte. C’était un cortège avec drapeaux, aigles, trompettes et chariots dorés !
Mais pas le cortège d’un roi d’Israël comme ceux qui éblouissaient les rues de
Jérusalem aux jours de Salomon et du roi David ! Pas le passage triomphant d’un
prince israélite, mais du gouverneur romain. Précédé par une cohorte de
chevaux, il roulait dans un chariot de guerre doré, se prélassant à son aise
sous un store de soie bleue, brodée d’or. Les chevaux étaient blancs comme neige
et couverts d’une protection en argent et parés de plumes.
Il était suivi par un autre corps de cavalerie
composé principalement de jeunes gens richement vêtus et à leur tête,
paraissant plus comme dirigeant et prince que l’indolent Pilate, je reconnus le
généreux centurion qui m’aida à échapper aux deux soldats. Ses yeux cherchèrent
le treillis où je me tenais, et je me retirai mais pas avant qu’il ne m’ait vue
et saluée. Certainement, père, ce jeune est noble et assez courtois pour être
un juif, et puisse une quelconque providence nous faire rencontrer de nouveau,
j’essaierai de le convertir de l’idolâtrie pour servir le vivant Jéhovah. Je ne
fus pas contente de l’apparence du gouverneur. C’est un homme foncé et élégant,
mais trop charnu avec l’air de quelqu’un trop adonné au vin ; et j’appris qu’il
est de nature indolent et luxurieux et déficient en décision de caractère. Il
est un ami particulier de l’empereur romain et c’est suite à son penchant qu’il
doit d’être gouverneur ici. Cependant, il est mieux d’avoir un amoureux de la
table et homme oisif pour maître plutôt qu’un cruel et actif tyran comme son
prédécesseur, de l’insurrection contre lequel fut tué cet homme éminent, le
père de Jean, le cousin de Marie, dont je te parlai dans ma dernière lettre.
Ceci me rappelle que j’avais quelque chose à
relater. Tu te rappelleras, cher père, que je fis allusion à une excitation qui
croît chaque jour en référence à un nouveau prophète qui prêche dans le désert
de Jéricho et dont la vie est aussi austère que celle d’Elie. Pendant trois
semaines passées, plusieurs groupes de citoyens ont été dans la vallée du
Jourdain pour le voir et l’écouter et ont été tellement enthousiasmés par lui
qu’ils ont été baptisés par lui dans le Jourdain, confessant leurs péchés. Parmi
eux était Jean, le cousin et épris de Marie qui, ayant beaucoup entendu parler,
par ceux qui étaient revenus, de la puissance avec laquelle cet homme parlait,
alla aussi satisfaire sa curiosité et, comme il le dit, avec l’espoir secret
que Dieu s’est souvenu de nouveau d’Israël et qu’Il nous a envoyé un prophète
de réconciliation. A son retour, nous vîmes que son expression était animée
au-delà de la normale, car d’habitude il est d’aspect triste et doux, que ses
beaux yeux rayonnaient avec un ardent espoir qui paraissait renaître dans son
âme. Ainsi, il nous raconta sa visite au prophète du Jourdain.
"Après avoir quitté la porte et traversé le
ruisseau et la vallée de Kedron, je rencontrai un large groupe qui remontait la
route qui serpente par-dessus le côté sud des oliviers. C’était des hommes, des
femmes et des enfants et ils avaient des provisions de nourriture dans des
paniers et voyageaient comme notre peuple le fait quand il vient à la fête de
Pâque. Je remarquai en me joignant à eux qu’ils dirigeaient leurs pas vers le
désert, dans le but d’écouter le grand prophète, dont la renommée était dans
toutes les bouches. Parmi eux étaient des prêtres et des juges, des Saducéens,
des Pharisiens et des Esséniens et même des non-croyants ; car même en Judée
nous avons plusieurs dizaines de milliers qui ne croient pas en Dieu, beaucoup
de temps étant passé depuis que Jéhovah a visité son peuple !
"Le groupe voyageant lentement et comme j’étais
mieux préparé que lui, je le devançai et atteignis à la fin le sommet de la
colline, duquel je regardai en arrière pour jeter un coup d’œil de départ sur
la ville. Combien, semblable à la ’cité de Dieu’, elle couronnait ses collines
royales !
"Toute la gloire de Jérusalem, du passé, vint à
ma mémoire et je soupirai du fait que cette gloire était partie, non dans la
destruction de ses édifices, car Jérusalem est toujours splendide et imposante,
mais dans la chute de son pouvoir. J’entendis, aussi loin que j’étais, les
accents des clairons romains, faisant écho du dessus des vallées où les
prophètes, prêtres, rois sont enterrés, et des murs du Temple, les échos sacrés
par lesquels jadis la voix de Dieu les avait réveillés.
"Gethsémané, ce beau jardin de Salomon, où il
essaya de créer un second Eden, était à mes pieds, ses murs brisés, ses allées
sauvages et recouvertes d’herbes ; ici et là une figue ou une olive, ou
seulement un palmier restant pour dire au voyageur passant que ici fut ’le
grand plaisir des jardins, la demeure du plaisir et de la joie, d’où étaient
exclus tous ceux qui étaient tristes, qu’aucune larme ne pouvait tomber sur ses
parquets en émail dédicacés à la joie voluptueuse !’ Cette description, donnée
par nos poètes, passa à travers mon esprit alors que je contemplais sa
mélancolie et son aspect désert, ressemblant plus à un lieu de larmes que de
joie, comme si ces ombres vont inviter le chagriné pour y pleurer, plutôt que
le pied argenté du danseur !
"Bientôt, j’atteignis la belle ville de
Bethphage où, à l’hôtellerie, je vis plusieurs cavaliers monter sur leur cheval
pour aller en direction de Jéricho. Je connaissais plusieurs parmi eux et, en
rejoignant la cavalcade, j’appris qu’ils étaient, pour la plupart, venus de
Jérusalem pour le même voyage de curiosité que moi. Mais l’un d’eux, cependant,
un jeune noble d’Arimathée était poussé par le même saint désir qui brûlait en
mon sein ; que nous pourrons découvrir dans le prophète appelé Jean un homme
envoyé de Dieu. Les autres étaient poussés par le commerce, le plaisir, ou la
simple curiosité, pour voir celui dont chacun parlait dans tout le pays de
Judée. Pendant que Joseph d’Arimathée et moi chevauchions ensemble, nous
conversions au sujet de l’homme que nous espérions voir et les différents
récits qui étaient entendus de tous côtés à son sujet. Mon compagnon semblait
croire qu’il était un vrai prophète car, étant très bien versé dans les
Ecritures, il dit que les soixante dix semaines de Daniel étaient sur le point
d’être complétées à la venue du Messie. Je lui demandai alors s’il croyait que
le Messie qui devait être ’un Prince et Roi, et avoir la domination de la mer
aux extrémités de la terre’ viendrait dans le désert, habillé des peaux de
bêtes sauvages.
"A ceci il répondit qu’il ne pouvait pas
considérer ce prophète comme étant le Messie car quand le Christ viendra, il
doit soudain entrer dans le Temple et que nous allons Le voir premièrement là ;
mais qu’il avait un grand espoir que ce prophète que nous allions voir prouvera
être le précurseur annoncé par Malachie. Ayant un rouleau du prophète Daniel
avec moi, car je pris les prophètes pour comparer ce que j’entendrai proclamer
par le prédicateur du Jourdain avec eux, je vis à ma surprise que non seulement
les soixante-dix semaines étaient sur le point d’atteindre leur achèvement,
mais que l’expiration des ’mille deux cent quatre vingt dix jours’ était
proche. Nous fûmes tous les deux surpris de cette coïncidence avec la venue de
ce nouveau prophète et joie et peur vibrèrent dans nos cœurs, tempérées avec
des espoirs que nous n’avions pas le courage d’émettre.
" ’Ceux qui l’ont entendu’ dit Joseph, alors
que nous chevauchions à travers le village de Béthanie, ’disent qu’il proclame
publiquement qu’il est le précurseur du Messie. L’opinion des plus ignorants
qui l’ont écouté est qu’il est Elie lui-même, revenu sur terre ! Pendant que
d’autres affirment que c’est Hénoch lui-même, descendu du ciel ; et beaucoup
croient qu’il est Esaïe.’
"De cette façon, conversant, nous franchîmes
une colline où, dit la tradition, se tenait l’arbre de la connaissance du bien
et du mal, et aussi, où se posa le pied de l’échelle de Jacob ; et lieu à
partir duquel, il est cru par beaucoup, tous les hommes bons après la
résurrection vont monter dans le troisième ciel. Car c’est la croyance générale
que le trône de Jéhovah est directement au dessus de cet endroit.
"A la fin, après un long trajet d’un jour,
pendant lequel nous avions rattrapé et dépassé beaucoup de larges groupes se
dépêchant pour entendre le prophète, et également rencontré beaucoup qui
retournaient, répandant de merveilleux récits de son éloquence, sa sagesse et
sa puissance, nous arrivâmes en vue de Jéricho. La ville est vraiment
majestueuse, avec ses tours et palais romains, étant le lieu de séjour d’hiver
favori des gouverneurs. Sa situation, dans une vallée verte, fut un
rafraîchissement pour les yeux après notre morne voyage toute la journée sur
les collines brisées et stériles. A notre départ, un mile avant d’arriver en
ville, nous passâmes les ruines des tour et maison de Hiel, qui rebâtit Jéricho
aux jours des rois. A droite était le champ où l’armée chaldéenne battit nos
pères dans la bataille et prit le roi Sédécias captif ; il était maintenant
couvert de beaux jardins et souriait comme si la paix a toujours habité dans
ses douces ombres. Sur une éminence au nord de l’endroit où nous étions, à
environ une demie lieue de là, Joseph, qui avait souvent voyagé par ce chemin,
me fit remarquer les ruines d’Aï, et la colline d’embuscade où tombèrent les
guerriers de Josué, surpris et coupés de la ville. Comme nous approchions de la
ville, je ne pouvais ne pas me rappeler la période où des centaines de milliers
d’Israélites, chaussés de sandales qu’ils avaient portées quarante ans dans le
désert, firent sept fois le tour de cette ville.
"En imagination, j’entendis leurs pas martiaux
secouer la terre même, et vis le princier Josué, débout à l’écart sur une
éminence proche, dirigeant la marche solennelle. J’entendis encore le son des
trompettes des armées de Dieu tonner sept fois, et vis l’imposant mur de la ville
tomber, assombrissant les cieux avec des nuages de poussière qui roulèrent
par-dessus les têtes d’Israël, fortement impressionné. Mais combien différente
était la réalité ! Le soleil couchant dorait les inébranlables tours,
tourelles, pinacles et murs de la cité romaine lui offrant une splendeur qui
transporte l’âme dans l’admiration, et le ciel bleu s’étendait sereinement,
sans nuages, par-dessus elle ; la vallée environnante, au lieu de faire écho
aux pas d’une armée pour laquelle Jéhovah combattit, était maintenant remplie
des chevaliers romains et des dames se livrant à de gaies parties de plaisir,
et des processions de jeunes filles se dirigeant vers le cimetière, habillées
en vêtements blancs comme neige, jetant des fleurs sur leur itinéraire et chantant
des chansons sacrées ; car c’était le jour où les filles de Jéricho célébraient
le malheureux sort de la ravissante fille de Jephté, par la visite de son
sépulcre ; car elle était née et enterrée dans cette ville, où Jephté habita
longtemps avant de se déplacer pour Mizpah ; et ici son corps sacrifié fut
transporté pour être placé dans la tombe de ses pères.
"A la porte nous fûmes stoppés par un soldat
romain qui demanda nos passeport et le tribut de voyage. Cette humiliante
affaire réglée, nous entrâmes dans la ville ; car notre intention était de
passer la nuit là, et tôt le matin nous allâmes aux bords du Jourdain où,
avions-nous compris, le prophète enseignait et baptisait."
A ce point de la narration du cousin de Marie, cher
père, je vais clore ma lettre. Toutes, nous avions écouté avec une profonde
attention, tant pour l’intérêt qu’elle contenait que pour la manière dont il
raconta ce qu’il avait vu ; sa face était calmement belle, ses yeux doux et
pleins d’expression, sa voix musicale et son aspect la vraie et éloquente
manifestation de l’intelligence, de la gentillesse, de l’amabilité et du noble
ardeur de piété qui appartient à tout son caractère. Dans ma prochaine lettre
je vais reprendre sa narration cher père ; car quand je te l’aurai donnée
entièrement, j’ai beaucoup de choses à te demander que ce récit a suscitées
dans mon esprit. Puissent les bénédictions du Dieu d’Israël être sur toi, mon
père chéri.
Adina.
Lettre 4
Mon cher père,
J'ai eu le plaisir aujourd'hui, non seulement d'avoir
de tes nouvelles mais d'être assurée de ton continuel bien-être. Les messages
de l'affection parentale contenus dans ta lettre sont chéris dans mon cœur. Les
cadeaux coûteux de ton généreux amour que tu as envoyés avec la lettre et qui
ont été livrés en sûreté de ta main à la mienne, par ton serviteur fidèle Elec
seront portés par moi avec toute la fierté d'une fille. Je regrette d'apprendre
la mort de Rabbi Israël, pendant que je me réjouis que la noble fonction qu'il
tint avec une si grande dignité, t'a été conférée par le proconsul ; car
quoique tu n'aies pas besoin de ses émoluments, cher père, un tel choix est une
preuve flatteuse de l'estimation dans laquelle tu es tenu par le gouverneur
romain.
Tu n'as pas besoin de craindre, mon cher père, que
je puisse être emmenée loin de la foi d'Israël par une quelconque doctrine
étrangère ; je vais prendre conseil auprès de ta sagesse et être prudente sur
la façon dont je m'aventure dans mes investigations sur le sujet sacré. Je t'ai
librement écrit pour avoir ton avis et j'ai confiance que tu ne verras pas mes
questions comme l'expression de doute mais plutôt la recherche de ce qui est
vrai. Je sais que tu es instruit dans la loi par-dessus tous les juifs et que
toute difficulté que je pourrais rencontrer, ici à Jérusalem, spécialement dans
l'adoration et les cérémonies du Temple, tu vas l'ôter pour moi.
Dans ma dernière lettre, qui ne t'atteindra pas
avant quelques jours, j'ai commencé à te donner le récit de Jean, le cousin de
Marie, qui se rendit au désert pour voir et entendre le prophète du Jourdain.
Je ne vais pas encore prendre sur moi de décider ou formuler une opinion sur
une quelconque chose, cher père, mais je vais énoncer les faits et laisser ta
sagesse m'instruire sur les vérités qui peuvent ressortir d'eux. Une chose que
ta lettre déclare me fait plaisir et me donne confiance ; ce sont ces paroles :
"Ne redoute pas que l'intégrité de la loi de Moïse, ou de l'adoration du
Temple, ou des prédictions des prophètes, puisse être bougée par une quelconque
investigation qu'un homme peut faire en eux. Ils sont fondés sur la vérité et
vont demeurer à jamais. L'adoration d'Israël ne craint rien de l'investigation.
Mais quand tu t'interroges à propos des choses sacrées, rappelle-toi qu'elles
appartiennent à Dieu et doivent être interrogées avec beaucoup de révérence et
une profonde humilité. Toute investigation faite dans les prophéties avec un
œil qui fait ressortir leur jour d'accomplissement est propre et utile ; et
comme ce jour semble être celui de l'accomplissement plutôt que celui de
prédiction, tes études doivent être inspirées et conduites par la sagesse
céleste, et si c'est le cas, elles vont être guidées vers leur véritable issue.
Comme je suis si loin de toi, je ne peux pas juger ce qui concerne ce prophète
que ta première lettre mentionna être dans le désert ; cependant je ne serai
pas surpris si l'accomplissement du temps indiqué par Esaïe est très proche,
car les événements que tu as énumérés, tels que l'adoration relâchée dans le
Temple, l'adoration des idoles romains sur le Mont Sion, la profanation de
l'autel et le règne du païen sur l'empire de David, semblent proclamer son
approche. Prions avec ferveur, ma fille, pour l'accomplissement des prophéties
qui promettent le Messie à notre peuple affligé. Supplions pour le lever de
l'Etoile de Jacob, le Prince de paix, qui va ériger son trône sur le Mont Sion
et dont le sceptre sera un sceptre de justice ; sous la large domination duquel
Israël va lever sa tête et diriger les nations. Ma prière quotidienne avec ma
face tournée vers Jérusalem, est que je vive pour voir l'espérance d'Israël et
avec mes yeux voir la splendeur de la gloire de Schilo".
Ces paroles venant de toi, mon cher père, me donnent
courage. Je crois avec toi que le jour de l'accomplissement des prophètes est
en train de poindre ; et peut-être est plus proche que nous ne le croyons.
Quand j'aurai complété l'histoire du voyage de Jean au Jourdain pour écouter le
prophète tu comprendras pourquoi je parle avec une telle confiance pleine d'espoir
; et tu seras d'accord avec moi que ce prédicateur de repentance n'est pas un
de la classe des faux prophètes, contre les chimères de qui ta lettre m'a
adéquatement mise en garde.
"Nous nous levâmes à l'aube" dit le cousin
de Marie, en poursuivant son intéressant récit "et quittant l'hôtellerie,
nous prîmes le chemin hors de la ville par la porte est, que nous trouvâmes
facilement vu que le un quart de la ville était en marche, se dirigeant dans la
même direction. Ici nous fûmes retardés par les gardes païens pour une
demi-heure jusqu'au point où la multitude devint si immense que l'on marchait
l'un sur l'autre et remplissait toute la rue. Néanmoins, nous devions attendre
jusqu'à ce que l'indolent capitaine de la porte accepte d'être dérangé dans son
repos du matin et de baigner ses membres délicats, et puis manger, ce qu'il fit
très délibérément, avant qu'il n'autorise l'ouverture de la porte! Tels des
esclaves sommes-nous envers des tels maîtres! Oh, quand arrivera le jour où,
comme l'a dit Esaïe 'nos portes seront ouvertes continuellement, elles ne
seront fermées ni de jour ni de nuit, où les hommes apporteront à toi les
forces des gentils et où les rois seront emmenés captifs à nos pieds'.
"Ayant passé la porte, mon ami d'Arimathée et
moi nous séparâmes un peu de la foule et traversâmes la plaine vers le
Jourdain. Le matin était doux et plaisant. Le soleil rendait la nature gaie. La
rosée reflétait une myriade de petits soleils, et la terre paraissait parsemée
de diamants. Pendant une petite distance, la route passa entre les champs de
blé et les jardins, mais aussitôt elle traversa la plaine où il y avait des
troupeaux d'ânes sauvages qui levèrent leurs petites têtes fougueuses à notre
approche, nous regardèrent avec une curiosité timide et s'élancèrent au désert
vers le sud avec la rapidité d'antilopes. Comme la plupart de gens se
dirigèrent obliquement à travers la plaine, nous sûmes que le prophète devrait
être dans cette direction. Cela s'avéra ainsi car à la fin, nous le trouvâmes
sur les bords du Jourdain en aval du gué qui est à l'opposé de Jéricho, sur la
grande route des caravanes qui va à Balbed et en Assyrie, cette route longue et
épuisante empruntée par nos ancêtres quand ils furent emmenés en captivité --
route que tant de rois ont arrosé avec leurs larmes! Nous la contemplâmes avec
des émotions de tristesse, et avec des supplications que Jéhovah puisse revenir
et visiter encore une fois le reste de son peuple et qu'il ne sera pas fâché avec
nous pour toujours! Après avoir approché le Jourdain d'une certaine distance en
amont du gué, nous vîmes la foule qui écoutait le prophète, loin à notre sud, à
la limite du désert, lequel approche très près de Jéricho à cet endroit. Alors
que nous traversions les bords de la rivière montante, nous arrivâmes soudain
sur une colonne de pierres, en partie dans l'eau. 'Ceci' dit mon compagnon en
s'arrêtant, 'est le Mont de douze pierres qu'Israël érigea pour commémorer le
passage du Jourdain. Ici, ils traversèrent sur la terre sèche.'
"Je les comptai et ne trouvai que sept d'entre
elles qui restaient. A travers quelles vicissitudes, pensai-je, Israël
n'est-elle pas passé depuis que les mains de nos pères ont placé ce tas
ensemble! Générations des juges et longues lignées des rois ; captivités
succédant aux captivités ; guerres, conquêtes, défaites, et sujétion,
finalement, jusqu'à ce que nous ne soyons plus un peuple ; ayant un souverain,
en effet, mais dont le pouvoir est un simulacre -- un Hérode tenant son
autorité de la gentillesse du monarque impérial de Rome. Hélas, avec la fin du
règne d'une telle ombre de roi, le sceptre va pour toujours quitter Juda!"
ajouta-t-il amèrement.
"Ensuite viendra le Schilo" s'exclama ma
cousine Marie.
"Oui, Juda doit être humiliée jusqu'au plus bas
niveau, avant qu'elle ne se relève! Et avec le roi Schilo, sa gloire va remplir
toute la terre" répondit Jean, avec l'espérance rayonnant encore une fois
dans ses yeux.
"A la fin, nous nous approchâmes de la sombre
masse des êtres humains que nous avions aperçus, assemblés autour d'une petite
éminence près de la rivière. Sur cette éminence, s'élevant de quelques coudées
plus haut que leurs têtes, se tenait un homme sur lequel tous les yeux étaient
fixés et aux paroles duquel chaque oreille était attentive. Son ton clair,
riche et grave nous atteignit, alors que nous approchions, avant que nous ne
distinguions ce qu'il disait. Il était un jeune homme de pas plus de trente
ans, avec la mine comme celle que les médaillons d'Egypte donnèrent à Joseph de
notre nation, une fois devenu leur prince. Ses cheveux étaient longs et
extravagamment libres autour de son cou. Il portait un sac défait en poils de
chameau et son bras droit était dénudé jusqu'à l'épaule. Son attitude était
aussi libre et commandante que celle d'un guerrier caucasien. Cependant, chaque
geste était doux et gracieux. Avec toute son éloquence résonnante et
persuasive, il y avait un air de profonde humilité dans sa mine, mêlé d'une
expression d'enthousiasme sacré. Le peuple l'écoutait avec passion car il
parlait comme les prophètes des temps anciens et principalement dans leurs
paroles prophétiques. Son thème était le Messie :
" 'O Israël, retourne à l'Eternel ton Dieu, car
tu es tombé par ton iniquité' disait-il au moment où nous survînmes, comme en
continuation de ce qui était avant. 'Prenez avec vous des paroles et revenez à
l'Eternel et dites-lui : ôte toute iniquité et reçois-nous gracieusement.
Voici, il vient, celui qui va guérir votre rétrogradation et va vous aimer
librement. Il sera comme la rosée pour Israël, il fleurira comme le lis et
poussera des racines comme le Liban. Ses rameaux s'étendront et sa beauté comme
l'olivier et son fruit sera pour la guérison des nations. Ceux qui demeurent
sous son ombre vont retourner et demeurer pour toujours ; et il arrivera que
quiconque invoquera le Nom du Seigneur sera délivré car hors lui, il n'y a pas
de sauveur.'1
" 'De qui le prophète parle concernant ces
choses?' demanda quelqu'un, qui se tenait près de moi, à notre voisin commun.
Car à ce moment nous avions pris place aussi près que possible du prophète.
Car, je ne voulais pas perdre une parole qui allait sortir des lèvres d'un
homme qui pouvait vider les villes de ses habitants et peupler le désert.
" 'Du Messie -- écoute!' lui répondit un scribe
à côté, comme s'il n'était pas content que son attention soit détournée par
quelqu'un qui parlait à ses côtés. 'Les paroles sont claires. Ecoute-le.'
" 'Sonnez la trompette en Sion, car le jour du
Seigneur vient :' continua le prophète, d'une voix semblable à une trompette
d'argent ; 'Car, voici, le jour est proche où je vais ramener de nouveau la
captivité de Juda. Mettez-vous à la faucille, car la moisson est mûre! Le jour
est proche où le Seigneur rugira de Sion et émettra sa voie de Jérusalem.'2
" 'N'es-tu pas Elie?' demanda quelqu'un tout
haut.
" 'Je suis celui dont il est écrit, la voix de
celui qui crie dans le désert ; rendez droit un chemin pour notre Dieu. Le jour
du Seigneur est proche je ne suis que le messager qui est envoyé devant pour
préparer la voie du Seigneur!'3
" 'N'es-tu pas le Messie?' demanda une femme
qui se tenait près de lui et qui semblait adorer ses lèvres même.
" 'Celui qui vient après moi est plus puissant
que moi et je ne suis pas digne de porter ses sandales.'4 répondit-il dans la
plus profonde humiliation de manière. 'Celui qui vient après moi a son van à la
main, il nettoiera son aire, il amassera son blé dans le grenier, mais il
brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas. Par conséquent,
repentez-vous, repentez-vous, prenez la Parole et retournez au Seigneur votre
Dieu. Repentez-vous et soyez baptisés pour la rémission de vos péchés ; car le
jour vient qui va brûler comme une fournaise, et prenez garde que vous ne soyez
pas consumés! La cognée est mise à la racine de l'arbre ; par conséquent tout
arbre qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu!'5
" 'Maître', dit un lévite, 'parles-tu de ces
choses à nous qui sommes d'Israël, ou aux gentils et samaritains?' Car il y avait
beaucoup de soldats romains parmi la foule, attirés par la curiosité, et aussi
beaucoup de gens venus de Samarie, même de Damas.
" 'Va et crie aux oreilles de Jérusalem, dit
l'Eternel, car mon peuple a fait deux maux ; ils m'ont abandonné, moi, la source
des eaux vives pour se creuser des citernes , des citernes crevassées qui ne
retiennent pas l'eau. l'Eternel m'établit en ce jour comme une colonne de fer
et un mur d'airain contre tout le pays, contre les rois de Juda, contre ses
princes, contre ses sacrificateurs et contre le peuple du pays. Malgré cela tu
dis, o Israël tu n'as pas péché. Ta méchanceté te châtiera et ton infidélité te
punira. Repentez-vous et produisez, chacun de vous, des œuvres dignes de
repentance car vous avez pollué le pays. Ne dites pas où l'Eternel qui nous fit
sortir du pays d'Egypte? Je suis provoqué à la colère, chaque jour, par la
dureté de votre cœur et par votre opiniâtreté. Corrigez, corrigez vos œuvres!
Ne vous livrez pas à des espérances trompeuses, en disant : 'c'est ici le
Temple de l'Eternel, le Temple de l'Eternel, le Temple de l'Eternel! Vous en
avez fait une caverne de voleurs! Vos sacrifices qui y sont offerts sont
devenus une abomination à l'Eternel!'6
" 'Ceci nous concernerait, nous qui sommes
sacrificateurs, maître' dit un prêtre avec un visage cramoisi 'nous ne sommes
pas de voleurs'
" 'Ainsi dit le Seigneur' répondit le jeune
prophète, comme si ce fut Dieu Lui-même qui parlait depuis Horeb, si bien que
nous tremblâmes pendant que nous l'écoutions ; 'malheur aux pasteurs qui
détruisent mes brebis. Je visiterai sur vous le mal de vos œuvres. Comment l'or
a-t-il perdu son éclat! Comment l'or pur est-il changé! Les précieux fils de
Sion, comparables à l'or pur, comment sont-ils estimés? Ses sacrificateurs étaient
plus purs que la neige, plus blancs que le lait ; ils avaient le teint plus
vermeil que le corail ; leur figure était comme le saphir. Leur aspect est plus
sombre que le noir. Ils nourrissent les enfants de mon peuple avec des cendres
comme pain. Malheur à Sion pour les péchés de ses prophètes et les iniquités de
ses sacrificateurs! Parcourez les rues de Jérusalem, et cherchez dans ses
larges places, dit l'Eternel, si vous pouvez trouver un homme qui pratique la
justice, qui cherche la vérité. Quoique ils disent, l'Eternel est vivant, c'est
faussement qu'ils jurent. Ecoutez ceci o prêtres, et écoutez, vous maison
d'Israël! Malheur à vous sacrificateurs car vous avez transgressé. J'ai vu dans
les prophètes de Jérusalem une chose horrible ; ils sont adultères et marchent
dans le mensonge, dit l'Eternel. Mon peuple a transgressé par manque de
connaissance. C'est pourquoi je te rejetterai, dit l'Eternel. Tu ne seras plus
sacrificateur pour moi puisque tu as oublié la loi de ton Dieu. Tel peuple,
tels sacrificateurs! C'est pourquoi le pays sera dans le deuil, tous ceux qui
l'habitent seront languissants. Parce qu'il n'y a point de vérité, point de
miséricorde, point de connaissance de Dieu dans le pays. Il n'y a que parjures
et mensonges, assassinats, vols et adultères ; qui se déclarent dans le pays.
Malheur à vous sacrificateurs!'7
"Alors beaucoup de lévites se retournèrent et
s'en allèrent en murmurant. Ils auraient, avec plaisir, fait du mal au
prophète, mais ils avaient peur de la foule qui disait que le prophète avait
dit la vérité sur eux.
" 'Mais les anciens d'Israël, qui ne sont pas
sacrificateurs, qui descendent d'Abraham, seront sauvés par Abraham, maître?'
affirma ou plutôt s'enquit un riche dirigeant de notre ville après que le
tumulte causé par le retrait des lévites se soit un peu calmé. Le jeune
prophète posa ses yeux sombres, comme deux soleils, sur la face du vieil homme
et dit de façon impressionnante : 'Ne commencez pas à dire en vous-mêmes nous
avons Abraham pour père car je vous dis' ajouta-t-il, pointant les cailloux qui
étaient à ses pieds 'que Dieu est capable, de ces pierres , de susciter des
enfants à Abraham. Est d'Abraham celui qui fait le bien ; par conséquent,
repentez-vous et portez des fruits dignes de repentance.'8
"Suite à ces paroles, il fut entendu un certain
murmure parmi un groupe de pharisiens et sadducéens. Alors, jetant son regard
illuminé sur eux, comme s'il pouvait lire leurs pensées même, le prophète cria
;
" 'O génération de vipères, qui vous a appris à
fuir la colère à venir?9 Le jour vient où celui qui doit venir va se tenir
comme un purificateur par son feu. Produisez donc des fruits dignes de
repentance. Otez la méchanceté de votre cœur afin que vous soyez sauvés. Et
vous, filles de Juda, repentez-vous de vos vaines pensées qui logent en vous'
cria-t-il en s'adressant à plusieurs femmes richement vêtues et ayant des
cheveux tressés ; 'portez des vêtements de deuil, lamentez-vous et pleurez.
Otez de ma vue ces abominations et craignez l'Eternel. Quoique vous soyez vêtues
de cramoisi, quoique vous vous pariez avec des ornements d'or, quoique vous
couvriez votre face avec la peinture, c'est en vain que vous vous faites
loyales ; car j'entends la voix des filles de Sion qui se lamentent elles-mêmes
et déploient leurs mains le jour où elles sont gâtées et méprisées pour leurs
iniquités. Repentez-vous car le royaume des cieux est proche!
" 'Ecoute, o Israël! Je suis un Dieu tout
proche et non un Dieu éloigné, dit l'Eternel. Ecoute le message du Très-Haut,
car le jour vient où Jéhovah va une fois encore visiter la terre et parler face
à face avec ses créatures. Voici, les jours viennent, dit l'Eternel, où je
susciterai à David un germe juste, et un roi pour régner et prospérer, il
pratiquera la justice et l'équité sur la terre. Voici le jour vient, dit
l'Eternel, où Juda sera sauvé et Israël demeurera en sécurité, où j'établirai
sur eux des pasteurs qui les paîtront et ils ne manqueront de rien!10
" 'Lève-toi et brille car ta lumière est venue!
Ecoute, o Israël! A cause de Sion, je ne garderai pas ma paix ; je ne serai pas
en repos jusqu'à ce que la justice y aille de l'avant comme la clarté, et le
salut comme une lampe qui brûle. Lève-toi, brille car ta lumière est venue et
la gloire de l'Eternel s'est levée sur toi. Les ténèbres couvrent la terre et
l'obscurité les peuples comme l'a dit Esaïe mais l'Eternel se lèvera sur toi et
sa gloire sera sur toi. Les gentils viendront à sa lumière et les rois à la
clarté de son lever. Il sera appelé Seigneur de justice et sera une couronne de
gloire dans la main de l'Eternel et un diadème royal dans la main de ton Dieu.
L'Esprit de l'Eternel est sur moi pour proclamer l'année adéquate de sa venue.
Il m'a établi sentinelle sur tes murs, o Israël, et je ne peux rester calme le
jour ni la nuit, ni garder le silence, ni chercher du repos jusqu'à ce qu'il
vienne, celui qui m'a envoyé comme messager devant sa face. Comment puis-je
m'abstenir de mon message de joie? Comment puis-je ne pas parler de sa
renommée? Ses fils viendront de loin et ses filles seront nourries à son côté.
Les gens des nations voleront comme un nuage, et comme des colombes à leurs
fenêtres, pour contempler, échouer à ses pieds et l'adorer. Les îles attendront
sa loi et les rois serviront en lui, même en le saint d'Israël dit-il, moi
l'Eternel, je suis ton Sauveur et ton Rédempteur, le Puissant de Jacob. Dis aux
filles de Sion ; voici ton salut vient ; voici sa récompense est avec lui et
ses œuvres devant lui. Ho, vous qui avez soif,'11 cria-t-il alors, élevant sa
voix comme le chef d'une armée, jusqu'à se faire entendre au loin 'venez aux
eaux ; oui, venez acheter le vin et le lait sans argent et sans prix. Prêtez
l'oreille, venez à moi, écoutez et votre âme vivra. Repentez-vous, gardez la
justice et la droiture et préparez un cœur contrit pour lui offrir quand vous
le verrez ; car ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est éternelle et dont
le nom est saint ; j'habite dans le lieu élevé et saint avec celui qui est
aussi d'un esprit contrit et humble. Paix, paix à celui qui est au loin et à
celui qui est proche, dit l'Eternel.'12
" 'Chantez à l'Eternel un cantique nouveau, sa
louange du bout de la terre. Ainsi dit Dieu, l'Eternel, qui a créé les cieux et
les a déployés, qui a étendu la terre et ses produits, qui donne la respiration
au peuple qui est sur elle, et un esprit à ceux qui y marchent.'13
" 'Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu
en qui mon âme trouve son plaisir. J'ai mis mon Esprit sur lui ; il fera valoir
le jugement à l'égard des nations. Il ne brisera pas le roseau froissé, et
n'éteindra pas le lin qui fume. Moi, l'Eternel, dit Jéhovah s'adressant à son
unique fils engendré, je t'ai appelé en justice ; et je tiendrai ta main ; et
je te garderai ; et je te donnerai ; pour être une alliance du peuple, pour être
une lumière des nations, pour ouvrir les yeux aveugles, pour faire sortir de la
prison le prisonnier. Je suis l'Eternel : c'est là mon nom ; et je ne donnerai
pas ma gloire à un autre.14 Cependant, j'ai fait de lui mon premier né, plus
élevé que les rois de la terre. Regardez à lui et soyez sauvés toutes les
extrémités de la terre ; car devant lui, tout genou fléchira, toute langue
confessera. Notre Rédempteur, l'Eternel des armées est son nom, le saint
d'Israël.'
"Tout ceci fut dit avec un enthousiasme et un
feu qui firent battre chaque pouls.
"Tel fut" dit Jean "l'extraordinaire
style de la prédication de ce puissant prophète ; et à ceux qui lisent les
livres des prophètes, chaque parole brillait avec la clarté du soleil. Je
m'imaginai que j'avais seulement à regarder tout autour pour voir le Messie.
L'immense foule resta craintive et silencieuse quand il eut cessé. Je le fixai
avec une révérence d'adoration. Mon cœur fut rempli de sainte joie. Car alors,
je croyais et savais que Dieu s'était souvenu de Sion et était sur le point de
manifester ses merveilles sur terre plus remarquablement que cela n'avait été
vu auparavant. Quittant l'éminence, il dit, et je pensai qu'il fixait ses yeux
sur moi 'vous qui désirez être baptisés pour la rémission des péchés afin que
vos cœurs soient nettoyés pour la visitation de ce Saint de Dieu, suivez-moi
sur le bord de la rivière!' Des milliers obéirent et moi parmi les premiers.
"Je tremblais de tous mes membres avec un doux
plaisir, quand il me prit par la main et me demanda si je croyais en celui qui
devait venir, et préparerais la voie pour sa demeure dans mon cœur en me
faisant baptiser, rite qui devait également être un signe et un gage que quand
je verrai le Schilo se lever, je le reconnaîtrai.
"Pas moins de mille personnes furent baptisées
par lui ce jour au Jourdain, confessant leurs péchés et l'espérance du pardon
au travers du nom de l'inconnu, qui devait venir bientôt. Parmi eux étaient des
pharisiens et des sadducéens, des dirigeants et des hommes de loi et un soldat
romain aux cheveux blancs. Joseph d'Arimathée ne fut pas baptisé, étant donné
qu'il dit qu'il souhaitait examiner pleinement l'extraordinaire sujet avant de
croire.
"Après le baptême, toute la foule se dispersa
par petits groupes et le prophète retourna dans le désert, où ses repas étaient
des sauterelles et du miel sauvage du désert, jusqu'à la fraîcheur du soir.
Quand il réapparut, il parla de nouveau à une foule croissante. Dans ce second
sermon, il expliqua plus clairement l'application de l'éclatante chaîne des
prophéties, qu'il avait émises dans la journée, au Messie, et ainsi me permit
de discerner plus clairement que auparavant le vrai caractère du Messie
attendu."
Avec cette remarque de lui, cher père, je clos ma
longue lettre. Je ne fais aucun commentaire. Je vais seulement dire que mes
attentes sont activement éveillées et que je recherche, avec des milliers
d'autres, la venue proche du Messie.
Ta fille, Adina.
1 Osée 14.2-3;6-7 Joël 2.32 Note du traducteur
2 Joël 3.13; 3.16 Note du traducteur
3 Matthieu 3.3 Note du traducteur
4 Matthieu 3.11 Note du traducteur
5 Matthieu 3.12; 3.10 Marc 1.4 Note du traducteur
6 Jérémie 2.2; 2.13; 1.18; 2.35; 2.19; 7.4 Note du
traducteur
7 Lamentations 4.1-2; 4.7-8 Jérémie 5.1-2 Osée 4.1-3
Note du traducteur
8 Luc 3.8 Note du traducteur
9 Luc 3.7 Note du traducteur
10 Jérémie 23.5; 23.4 Note du traducteur
11 Esaïe 60.1-3; 62.3; 60.16; 62.11 Note du
traducteur
12 Esaïe 55.1; 55.3; 57.15; 57.19 Note du traducteur
13 Esaïe 42.10; 42.5 Note du traducteur
14 Esaïe 42.1; 42.3; 42.5; 42.6-8; 42.10 Note du
traducteur
Lettre 5
Mon cher père,
Quoique trois jours seulement se soient écoulés
depuis que j'ai complété ma dernière lettre à ta destination, je suis si
solliciteuse de ton jugement et de ton conseil sur les événements remarquables
qui occupent maintenant l'esprit de tout Israël, que je ne peux me retenir de
te donner le rapport supplémentaire des événements restants, liés à la visite
du cousin de Marie, Jean, au divin prophète du Jourdain. Vu que ses paroles ont
eu une profonde impression sur mon esprit et m'ont amenée à croire avec lui
dans la vérité des paroles de ce prophète, il est convenable que tu saches avec
moi tout ce qu'il m'a dit, et ce qui a influencé mes sentiments et opinions,
afin que tu puisses juger du poids et de la valeur auxquels ce que j'ai entendu
doit être estimé. Et sois assuré, cher père, que je suis prête à être guidée en
toutes choses par ta sagesse et ton savoir. Ecoute, alors, avec ton habituelle
bonté le reste de la narration du jeune homme.
"Après que le prophète eut terminé son second
discours, et baptisé deux cents personnes en plus dans les eaux mousseuses du
Jourdain" continua l'éloquent cousin de Marie "il les envoya à la
ville pour se loger et acheter de la viande ; car peu, dans leur ardeur de
l'écouter, avaient apporté des provisions avec eux. Beaucoup, avant de le
quitter, s'approchèrent pour recevoir ses bénédictions d'amour. Et ce fut
touchant de voir des hommes vénérables, avec des cheveux qui brillaient comme
de l'argent, et appuyés sur un bâton, courber leurs têtes âgées devant le jeune
Elie comme si ce fut en connaissance de sa commission divine. Des mères aussi
apportèrent leurs enfants afin qu'il les bénisse ; et de jeunes hommes et
jeunes filles s'agenouillèrent avec révérence à ses pieds, en larmes d'amour et
de pénitence. Calmement, il se tint sur les rivages verts, semblable à un ange
descendu sur terre, et les bénit en des paroles toutes nouvelles à nos
oreilles, mais qui firent tressaillir nos cœurs avec une certaine puissance
secrète qui nous agita avec une joie tremblante.
" 'Dans le Nom de l'Agneau de Dieu, je vous
bénis!'
"Quelle peut-être la signification de ces
choses?" demanda Marie avec sa douce sincérité. Son fiancé ne put
seulement répondre qu'il ne savait pas.
"A la fin, l'un après l'autre, la foule se
dispersa, sauf quelques uns qui campèrent sous les arbres sur les bords de la
rivière. Joseph d'Arimathée et moi étions presque seuls debout près du
prophète, le regardant avec une curiosité respectueuse. Le soleil venait de
disparaître au dessus des lointaines tours de Jéricho, colorant du pourpre le
plus riche les collines entre la rivière et Jérusalem. Le Jourdain, captant son
éclat rougissant, coulait devant semblable à une rivière d'or liquide enchâssé
dans l'émeraude. Le front du prophète, éclairé par un rayon solaire qui
brillait entre les branches d'un grenadier, paraissait comme la face de Moïse
quand il descendit de Sinaï, une gloire de lumière.
"Il semblait ravi dans une méditation céleste
et nous étions silencieux et le contemplions, n'osant pas parler. A la fin, il
se tourna vers nous, sourit et, nous saluant, saisit la houlette ou le bâton
sur lequel il était appuyé, car il était épuisé et pâle suite au labeur du
jour. Et lentement, il descendit le rivage en direction du désert. Il n'avait
pas fait beaucoup de pas que je sentis une irrésistible impulsion de le suivre.
Je brûlais d'envie de parler avec lui -- de m'asseoir à ses pieds et de lui
poser des questions sur les grandes choses que je l'avais entendu dire dans ses
deux discours. Je désirais qu'il m'expliqua et me dévoila ce qui avait semblé
mystérieux et cependant fourmillant des puissantes révélations. J'avais envie
de lumière -- de connaissance. Je soupirais de le voir m'ouvrir les Ecritures
et me donner cet entendement illimité de celles qu'il possédait. Par
conséquent, je dis à mon compagnon :
" 'Suivons-le et apprenons plus sur ces grandes
choses que nous avons entendues aujourd'hui.'
"Joseph, comme moi-même, soucieux de tenir une
conversation avec lui, consentit tout de suite et nous marchâmes lentement
après lui, alors qu'il marchait dans une humeur contemplative le long du chemin
du désert. Le soleil était déjà couché et la pleine lune s'était levée sur la
rive opposée et le prophète s'arrêta comme pour contempler sa beauté automnale.
Nous nous approchâmes de lui. Il nous vit mais ne nous évita pas ; voyant cela,
j'avançai avec une confiance timide et dis :
" 'Saint prophète du Dieu Très-Haut,
permettras-tu à deux jeunes hommes d'Israël de te parler car nos cœurs
soupirent après toi avec amour.'
" 'Et nous serions heureux de te tenir
compagnie dans le désert, Rabbi' ajouta Joseph 'car il ne semble pas bien pour
toi de demeurer ainsi seul.'
" 'Mais principalement' dis-je 'nous voudrions
nous enquérir de ton enseignement sur la venue du Puissant Personnage que tu
proclames être proche.'
" 'Amis' dit le prophète de façon calme et
sereine 'je demeure dans le désert et seul par choix. Je m'approche des hommes
uniquement pour proclamer mon message. Les plaisirs de la terre ne sont pas
pour moi. Ma mission est unique. Sa durée est courte. Son but est digne du plus
grand prophète de Dieu. Cependant moi, le moindre parmi eux, je ne suis pas
digne d'être appelé prophète ; et devant la splendeur de Celui que j'annonce au
monde, je suis la poussière de la balance. Si vous m'avez cherché pour la
connaissance, venez et asseyez-vous avec moi sur ce roc et laissez-moi écouter
ce que vous avez à me demander afin que je vous réponde et que j'aille mon
chemin.'
"Ceci fut dit doucement, presque avec
tristesse, et dans un ton qui me fit l'aimer encore plus. Je me serais jeté sur
sa poitrine et aurais pleuré là ; car j'étais profondément touché du fait que
quelqu'un pouvait être choisi par Jéhovah pour devenir son prophète pour la
terre et cependant montrer une telle humilité de cœur et sincère humilité. Nous
nous assîmes, de chaque côté de lui, car il refusa de nous laisser nous asseoir
à ses pieds, disant avec reproche, comme il le fit à tous ceux qu'il avait vu
s'agenouiller devant lui, 'Moi aussi, je suis un homme!' La scène et l'heure
convenaient mieux pour une telle conversation que nous étions sur le point de
tenir. Le large disque de lune déversait pleinement sur nous un déluge de rayonnement
teinté en orange et conférait une douceur sanctifiante, à la divine expression
du jeune prophète. Le Jourdain, sombre comme la teinture indienne, fonçait
promptement près de nos pieds, entre ses bords profondément obscurcis, envoyant
à nos oreilles le faible murmure de son passage parmi les cailloux. Au dessus
de nos têtes s'élevait la voûte du Temple de Jéhovah, avec ses myriades de feux
de l'autel. A notre gauche était Jéricho, tout à fait visible, paraissant comme
une masse sombre de pierres de forteresse, non illuminé sauf par une simple
veilleuse qui brûlait de sa haute tour. Derrière nous s'étendait le désert
perdu, triste et cependant grand dans ses étendues solitaires.
"Au loin s'éleva dans l'air, et nous parvenait
par intervalles, la voix d'un chanteur dans l'un des camps ; et près de nous,
sur un acacia, était assis un "bulbul" solitaire qui chantait sans
cesse son hymne doux et varié à la lune qui l'écoutait.
" 'Toutes choses louent Dieu -- resterons-nous
silencieux?' dit le prophète 'chantons l'hymne du soir du Temple.' Alors il
commença dans un chant riche, mélodieux tel que je ne l'avais jamais entendu
des prêtres, notre psaume sacré à toute la création de Dieu. Nous joignîmes nos
voix à la sienne et la marée de louange flotta par-dessus les eaux, et fit écho
et refit écho -- des rives opposées, comme si les bords et rivière, arbres,
collines et ciel, avaient trouvé la voix aussi bien que nous :
'Louez! Louez! Louez l'Eternel!
Louez-le dans les hauteurs! Louez-le dans les mers!
Louez-le hommes d'Israël! Louez l'Eternel!
Car il élève haut son peuple et règne pour toujours!
Louez-le vous tous les anges! Louez-le vous tous les
peuples!
Louez-le, soleil et lune, et vous toutes les étoiles
de lumière!
Louez-le, feu et grêle! Louez-le tempête et neige!
Car il juge la terre avec justice et règne pour
toujours!
Louez! Louez! Louez l'Eternel!
Louez-le, volaille ailée et troupeaux, bétail et
toutes les bêtes!
Louez-le, rois et peuples, princes, sacrificateurs
et juges!
Louez-le, jeunes garçons et jeunes filles, vieux et
enfants!
Louez le nom, qu'ils louent le nom
Louez le nom de l'Eternel, Dieu des armées
Car seul son nom est excellent
Sa gloire au dessus des cieux ;
Israël est son premier né -- un peuple bien-aimé
Louez! Qu'Israël, par conséquent, le loue!
Louez-le pour toujours,
Pour toujours
A jamais, pour toujours!
"Je n'oublierai jamais l'effet produit dans mon
être intérieur par cet hymne, chanté à pareil moment, à pareil endroit et en
pareille compagnie. Le prophète chanta comme s'il dirigeait une chorale des
anges. Mon cœur bondit au refrain comme s'il allait échapper, prendre des ailes
et quitter la terre. Quand nous appelâmes les vents et volailles de l'air pour
louer Jéhovah avec nous, ça pouvait être fantaisiste mais la voix tremblante du
"bulbul" sembla déverser de sa gorge un flot déchaîné, riche et très
joyeux de chant et le vent audible pliait les arbres adorant et mêlait ses
mystiques chuchotements au psaume des hommes! Sûrement, pensai-je, il est bon
pour moi d'être ici, car ceci n'est rien d'autre que la porte du paradis!
"Après quelques moments de silence, le prophète
parla et dit ;
" 'Vous me cherchiez, frères d'Israël, puis-je
faire quelque chose pour vous?'
" 'Nous voudrions entendre plus, grand
prophète, concernant cet homme puissant, s'il peut être appelé homme, qui doit
venir après toi' dit Joseph.
" 'Je peux vous dire mais très peu, mes frères,
en dehors de ce que vous avez entendu de moi aujourd'hui. Le futur est voilé.
Je porte un message, en effet, mais je ne peux pas briser le sceau et lire. Je
ne suis que le messager de Dieu à l'homme. A vous, il sera donné de connaître
ce qui m'est inconnu maintenant. Heureux, trois fois heureux, êtes-vous, qui
allez voir, face à face, le Divin que je peux seulement voir de loin. S'il
m'est permis de Le voir, ce ne sera que pour un temps bref, car quand Il vient,
je m'en vais. Ma commission est faite. Bénis sont ceux qui vivent pour voir sa
gloire et entendre la gracieuse voix de Dieu qui sort de ses lèvres ointes.'
" 'Quand va être sa venue et avec quelle forme
et quel pouvoir vient cet être divin?' demandai-je.
" 'Comme un homme mais non avec l'apparence de
forme que les hommes vont désirer. Son apparence sera humble, basse et douce.'
" 'Cependant, tu as dit aujourd'hui, Rabbi'
continuai-je 'que Son pouvoir sera infini et que Son royaume n'aura pas de fin.
Tu as parlé de la gloire de Son autorité et de l'humiliation des rois gentils
sous Son sceptre.'
" 'Ceci, je ne peux pas l'expliquer -- c'est un
mystère pour moi! Je parle comme Dieu, par qui je suis envoyé et qui me donne
la voix. Je sais que Celui qui vient après moi est plus grand que moi et je ne
suis pas digne de délier les lacets de ses sandales!'
" 'Tu nous as enseigné ce soir, saint prophète,
qu'Il sera l'Eternel venant du ciel ; et cependant qu'Esaïe a dit qu'Il sera
méprisé et rejeté des hommes, blessé pour nos transgressions et brisé pour nos
iniquités!'
" 'L'Esprit de Dieu m'enseigne que ces paroles
s'appliquent au Schilo mais je ne peux pas comprendre comment ces choses
peuvent être' répondit-il avec une profonde tristesse.
" 'Puis-je te rappeler, bon Rabbi' dit Joseph
'que tu as enseigné comment ce divin personnage devrait mourir, quoique
Seigneur de la vie, et être compté, dans Sa mort, parmi les transgresseurs,
quoique Saint de Dieu!'
" 'Et tels sont les événements qui sont
ordonnés pour arriver ; mais ne cherchez pas à connaître ce dont personne n'a
eu à recevoir la révélation. Le Messie Divin Lui-même doit être Son propre
interprète. Bénis seront les yeux qui Le verront et écouteront la sagesse de Sa
bouche et garderont la loi de Ses lèvres!'
" 'Puis-je te demander, saint prophète de
l'Eternel' dit Joseph 'comment Celui dont tu es envoyé par Dieu pour rendre
témoignage peut être le Libérateur d'Israël, quand tu prédis à son sujet un
triste sort? Le Messie doit restaurer Jérusalem et la gloire du Temple, et la
splendeur de son adoration, ainsi dit Esaïe, ainsi disent Ezechiel et Jérémie.
Il est appelé un Puissant Prince, un Roi, le Rédempteur d'Israël, qui va
diriger les nations et avoir la domination de la mer à la mer et du fleuve aux
extrémités de la terre! Par conséquent, dans le Messie des prophètes, nous
avons attendu un Puissant Potentat, qui va régner à Jérusalem, sur toute la
terre, et soumettre toutes les nations, emmener leurs rois captifs à Son
marchepied, et lier leurs princes avec des chaînes ; devant qui tout genou doit
rendre hommage -- un Monarque qui ne laissera pas une sandale païenne fouler le
sol sacré de Juda, et qui va établir l'adoration de Jéhovah à chaque endroit où
s'élève maintenant un temple idolâtre.'
" 'Son royaume n'est pas de cette terre'
répondit le prophète de façon impressionnante.
" 'Comment pouvons-nous alors interpréter le
prophète David qui fait dire le Seigneur ; j'ai établi mon roi sur ma sainte
colline de Sion? Comment interpréterons-nous aussi ces paroles d'Esaïe qui,
prophétisant sur le Christ béni de Dieu, a eu ces mots :
" 'A l'accroissement de Son gouvernement, et à
la paix, il n'y aura pas de fin, sur le trône de David et sur son royaume, pour
l'ordonner et l'établir avec jugement et avec justice, dès maintenant, même
toujours.'1
" 'Je ne sais pas. Ces secrets sont avec Dieu.
Je ne peux rien révéler. Je ne suis qu'une trompette au travers de laquelle
Jéhovah parle ; je ne connais pas les paroles que j'émets. Ce que je sais c'est
que l'enfant le moindre et la personne à gage la plus basse qui vivent dans le
jour du Messie sont plus grands que moi. Je suis le dernier des prophètes. Je
me tiens au seuil de ce glorieux royaume, dont ils virent au loin la clarté et
la grandeur, semblable à une certaine céleste, indistincte vision. Plus près
qu'eux, il m'est permis de capter des visions plus claires de Sa Parole et il
me sera permis de voir plus que ce que je vois maintenant ; mais de ceci je
n'ai pas de révélation certaine. C'est à moi d'ouvrir la dernière porte qui
conduit de la nuit de la prophétie à l'aube glorieux du jour de
l'accomplissement ; mais il ne m'est pas permis d'entrer au-delà du seuil ou
d'avoir part à ses bénédictions. Tout celui qui vient après moi sera préféré à
moi. Mais la volonté de Jéhovah est d'obéir. Je suis Sa créature et murmurer ne
convient pas à la poussière. Laissez-moi plutôt me réjouir du fait que l'étoile
du jour est sur le point de se lever, quoique ses rayons brillent sur toute la
terre, excepté sur moi.'
"Ceci fut dit avec le plus touchant pathétique.
"Nous étions tous les deux profondément émus,
moi j'étais même en larmes en entendant ces paroles prononcées par lui. Mon
cœur soupira pour lui avec la plus sacrée compassion. Je tombai sur mes genoux
et, embrassant sa main, la baignai avec mes larmes.
"Doucement, il me fit lever et dit d'une voix
tendre :
" 'Frère bien-aimé, tu verras Celui à qui je
rends témoignage et Il t'aimera et tu te reposeras sur sa poitrine!'
"A cette parole" poursuivit le cousin de
Marie dont la voix était tremblante d'une sensibilité vivante alors qu'il
parlait "je fondis en larmes et, me levant, je m'éloignai un peu et,
levant mes yeux vers le ciel, je priai le Dieu de nos pères afin que je sois
trouvé digne de cet honneur béni.
" 'Et verrai-je aussi ce puissant Fils de
Dieu?' demanda Joseph avec sollicitude. Le prophète prit sa main dans la sienne
et, fixant sur lui les yeux de lueur prophétique, il dit lentement et dans un
ton inspiré de respect craintif et douloureusement affligé :
" 'Tu Le porteras un jour dans tes bras et Le
mettras sur une couche que tu auras préparée pour ton propre repos. Tu ne
connais pas ce que je dis maintenant, mais tu te souviendras quand cela va
s'accomplir!'
"Quand il eut parlé ainsi, il se leva et, nous
faisant signe de la main, s'en alla rapidement vers le désert et aussitôt
disparut à nos yeux dans l'obscurité des ténèbres qui couvraient l'endroit.
" 'L'as-tu entendu?' me demanda Joseph à la
fin, après quelques minutes de pause. 'Que peuvent signifier ces paroles? Elles
sont prophétiques de quelque événement effrayant. Ses yeux trahissaient un sens
terrible. Mon cœur est troublé.'
" 'Et le mien se réjouit' répondis-je. 'Nous Le
verrons. Je serai à côté de Lui! Oh s'Il est comme ce doux prophète de Dieu, je
L'aimerai de toute mon âme. Combien c'est merveilleux que nous soyons associés
à cette Divine Personne. Bienvenue l'heure de sa venue bénie!'
" 'Allez-vous souhaiter la bienvenue à la venue
d'un homme de souffrance?' dit une voix tellement proche qu'elle nous fit
tressaillir par sa soudaineté et, regardant tout autour, nous vîmes debout à
l'ombre d'un olivier sauvage un jeune homme qui était étranger, mais à qui je
devins profondément attaché plus tard. Sa face était pâle et intellectuelle et
sa forme mince mais de la plus symétrique élégance. Et de suite, sa question me
rendit triste car elle me rappela les tristes prophéties d'Esaïe.
" 'Il va aussi être Roi et Monarque du monde,
et infiniment Saint et Bon' dis-je 'si tu as été près, tu as entendu les choses
glorieuses que le prophète a dit de Lui.'
" 'J'ai été près -- je m'étais allongé sous cet
arbre, quand vous étiez assis là. Ne vous trompez pas, le Divin homme qui doit
venir va être un homme de douleurs et habitué à la peine. Il va être rejeté par
Israël et méprisé par Juda. Ceux qu'Il vient bénir vont Le mépriser pour son
humilité et son obscurité. Sa vie sera une vie de larmes, et de dur labeur, et
de serrement de cœur, et à la fin Il sera retranché parmi les vivants, avec
l'ignominie due uniquement à un transgresseur. Souhaitez-vous la bienvenue à la
venue d'un homme de souffrance?'
" 'Mais comment sais-tu ceci? Es-tu un
prophète?' demandai-je avec surprise et admiration.
" 'Non, frère, mais j'ai lu les prophètes. De
plus, j'ai entendu les paroles de ce saint homme, envoyé de Dieu, et il se repose
plus sur l'humilité de Christ que sur Sa grandeur royale. Croyez-moi, le
royaume de Schilo n'est pas de ce monde. Il ne peut pas être de ce monde, si
tel doit être Sa vie et Sa mort ; et cela doit être Sa vie, Esaïe le déclare
clairement. Laissez-moi vous lire ses paroles.'
"Il prit alors un rouleau de parchemin de sa
poitrine et lit par la claire lumière tropicale de la lune, ce mystérieux et
inexplicable passage qui commence par les mots :
" 'Qui a cru ce que nous avons annoncé?'2 Quand
il eut terminé et perçu l'impression consentante qu'il avait fait sur nos
esprits, il reprit : 'ceci n'est pas l'histoire d'un prospère monarque
terrestre, mais plutôt le récit douloureux d'une vie d'humiliation, de honte et
de mépris.'
" 'Mais tu ne dis pas, frère' dit Joseph avec
une certaine cordialité 'que la sacrée personne à qui le prophète a rendu
témoignage doit être un objet de mépris?'
" 'Esaïe n'a-t-il pas dit qu'il sera méprisé,
frappé des meurtrissures? Rejeté des hommes, emprisonné et mis à mort comme un
transgresseur de la loi?'
" 'Il n'y a pas de doute qu'Esaïe ne parle que
du Messie' remarquai-je.
" 'Ce prophète du Jourdain maintenant porte
plein témoignage d'Esaïe et applique clairement ses paroles à Celui qu'il est
venu proclamer d'avance!' répondit le jeune homme avec une éloquence gracieuse
dans tout ce qu'il disait. 'Nous qui avons été baptisés ce jour pour la
rémission de nos péchés, attendons un Messie de douleurs, non un prince
conquérant. Contemplons quelqu'un qui va s'humilier Lui-même sous le joug des
infirmités humaines, qu'Il va être exalté et entraîner tous les hommes après
Lui dans un royaume dans les cieux.'
" 'Mais le trône de David ' objecta Joseph.
" 'Est à la main droite de Dieu'
" 'Mais Jérusalem, et son autorité sur les
nations'
" 'Jérusalem qui est en haut sera par-dessus
tout'
" 'Mais son royaume qui doit être éternel'
" 'Est où la vie est éternelle. Comment peut-Il
diriger un royaume éternel ici sur terre, sans vivre éternellement, et ses
sujets aussi? Ne lisez pas les prophètes ainsi. Comme Adam tomba et perdit le
Paradis, de même le Messie, comme un second Adam, va en tant qu'homme,
s'humilier Lui-même dans la nature humaine, pour expier pour notre culpabilité
; et ayant fait une pleine expiation pour nous par Sa vie et Sa mort, Il va
racheter le royaume du Paradis pour la race humaine, mais Il nous le restaure
non sur terre, mais traduit en haut, où les anges le gardent encore dans le
royaume de Dieu. C'est ce royaume que le prophète proclame comme étant proche,
et le chemin par lequel notre Conducteur et Roi peut fouler la boue du péché
d'Adam, qui s'est répandu à travers le monde ; mais sans souillure de péché sur
Sa robe. Lui, étant celui qui porte nos iniquités, nous échapperons par
conséquent au châtiment. Guéris par ses meurtrissures, nous serons libres de la
peine que nos péchés exigent. Sur Lui seront toutes les transgressions du monde
et par un puissant sacrifice de Lui-même, ainsi chargé comme une offrande de
péché, Il va faire l'expiation pour la grande famille d'Adam, et restaurer
notre race à la réconciliation avec Jéhovah. Tel doit être notre regard pour le
Messie. Hélas, pendant que nous Le cherchons, mêlons nos larmes à notre joie,
et humilions-nous du fait que quelqu'un si Saint et si Excellent devra être destiné
à endurer ces choses à cause de nous ; et quand nous Le voyons, tombons à Ses
pieds dans une reconnaissante adoration de Son amour et Sa charité, de Sa
miséricorde et Sa bonté, de Son noble renoncement de soi. Et Son offre de soi
volontaire comme un sacrifice ; car il ne pouvait y avoir plus élevé et plus
valable victime que Lui dans l'univers de Dieu ; par conséquent, Il s'est
offert Lui-même selon les paroles de prophète, rapportant Son offre : 'voici,
je viens faire ta volonté, o Dieu!'
"Après que le jeune homme eut parlé, il s'en
alla. Poussé par un incontrôlable impulsion, je le suivis et le pris dans mes
bras, et l'embrassant, je dis ; 'en vérité tu es un prophète! Tes paroles
apparaissent clairement à mon cœur comme l'écho de prophétie ancienne.'
" 'Non. J'ai appris ces choses de l'étude de
l'Ecriture' dit-il avec une sincérité et une modestie angéliques. 'Mais j'ai
été aidé, combien je n'ai pas de mots pour te le dire, par quelqu'un dans
lequel demeurent la sagesse et la vérité par-dessus tous les hommes, et dont
c'est ma joie d'avoir comme ami intime, étant donné qu'il a près de mon âge. Si
je suis sage, ou vertueux, ou bon, ou connais les Ecritures, c'est qu'il a été
mon conseiller et enseignant.'
" 'Quel est son nom?' demandai-je 'car je voudrais
aussi aller apprendre de lui.'
" 'Il est retiré de l'œil du public, et ne
converse qu'avec peu de gens et évite d'être remarqué. Sans sa permission, je
ne peux pas t'emmener à lui. Cependant, je vais le lui demander si tu le
désires.'
" 'Quelle est son apparence, et où
demeure-t-il?' m'enquis-je, très profondément intéressé.
" 'Il demeure à présent à Béthanie, ma propre
ville. Il est tellement aimé de nous que nous le retenons comme notre hôte.
Mais il demeure à d'autres moments avec sa mère, une veuve de grande sainteté
et de dignité matronale, vivant à Nazareth dans une condition humble, et il
contribue par le travail à son soutien avec la plus exemplaire piété filiale ;
donnant ainsi un exemple aux jeunes hommes de Juda, qui à cet âge se moquent de
l'obligation envers les parents et qui, sous de mauvaises pratiques dues à la
liberté de la mauvaise coutume du Corban, les négligent et ne font plus rien
pour leur père ou mère. En effet, jamais personne qui l'approche et parle avec
lui, ne le quitte sans être un homme plus sage et meilleur.'
" 'En vérité' Joseph et moi dîmes à la fois 'tu
as seulement accru notre désir de le voir. Son apparence doit être noble.'
" 'Il ne possède ni la beauté de forme ni
l'élégance pour frapper l'œil ; mais il y a dans son expression une dignité
sereine, tempérée avec la douceur que commande le respect de l'âge, et gagne
l'amour confiant de l'enfance. Ses yeux rayonnent d'une lumière calme et pure,
comme s'il brille de l'intérieur des pensées saintes, et ils se posent sur toi,
quand il parle, avec une tendresse qui ressemble à la lumière couverte de rosée
du regard d'une jeune mère, quand elle se penche dans une joie silencieuse et
avec larmes par-dessus la face de son premier né. Il ne sourit jamais, ou
plutôt sa face est un soleil des rayons souriants tempéré de façon
indescriptible avec un regard fixe de tristesse, une presque imperceptible
ombre de chagrin permanent, qui semble préfigurer une vie d'épreuve et de
souffrance. Quand il lit les prophètes, et nous dévoile, avec une sagesse que
nous pouvons considérer comme venant du ciel, les grandes vérités en relation
avec le longtemps attendu et , comme nous le croyons maintenant, proche Messie,
il semble parler par inspiration, cependant sans émotion, mais calmement et
naturellement, à voix basse, voix qui jamais à aucun moment n'a été haussée ni
jamais été entendue dans les rues.'
" 'Il doit être un autre prophète' dit Joseph
avec une profonde sincérité.
" 'Il ne prophétise pas, et ne prêche pas'
répondit le jeune homme.
" 'Quel est son nom?' demandai-je.
" 'Jésus, le Nazaréen!'
"Nous promîmes tous les deux de nous rappeler
ce nom ; et comme notre chemin pour Jérusalem passait par Béthanie, nous
souhaitâmes infiniment l'appeler et le voir mais le jeune homme, doucement,
désapprouva cette démarche, en attendant qu'il fasse connaître notre désir à
son ami. Ce n'est qu'alors, si ce dernier désirait nous voir, qu'il nous
enverrait chercher à Jérusalem pour aller à Béthanie.
"Alors que le jeune homme était sur le point de
s'en aller, je lui demandai son nom, étant donné qu'il avait grandement attiré
mon cœur à lui. Et je sentais que si je pouvais être son ami, et l'ami du jeune
homme sage de Nazareth, qui séjourne avec lui, je pourrais être parfaitement
joyeux, et ne pas avoir d'autre désir -- sauf, bien sûr, vivre jusqu'à ce que
le Messie vienne, afin que je puisse Le voir et poser ma tête sur sa poitrine
sacrée.
" 'Mon nom est Lazare, le scribe'
répondit-t-il, alors qu'il quittait.
"Quoi" interrompit Marie, quand son cousin
eut prononcé ce nom. "Alors je le connais bien. C'est le frère de Marie et
Marthe, toutes deux mes amies à Béthanie, où j'ai passé une semaine l'année
dernière, juste avant la Pâque."
"Je suis content d'entendre cela" dit Jean
"car ceci va être un lien étroit d'amitié entre nous. Le jour suivant nous
renouvelâmes notre connaissance, et trois jours après nous rentrâmes à la
maison. Arrivé à Béthanie, Lazare apprit que son ami était allé à Cana, en
Galilée, en visite avec sa mère, à la maison de l'un de ses parents, dont la
fille va se marier dans quelques semaines."
T'ayant maintenant, mon cher père, communiqué tout
ce que Jean nous raconta, tu verras ce qu'il en est de considérer le prophète
du Jourdain comme un homme envoyé de Dieu, ou de croire qu'il est le vrai Elie,
que Malachie avait annoncé, et qui, comme les scribes les plus instruits le
disent, doit premièrement venir proclamer l'approche du Prince de Paix, le
Schilo de l'espérance d'Israël. Mes émotions, mes idées, mes opinions, à présent,
sont en conflit et sont pleines d'indécision. D'un côté, je suis prête pour
devenir l'un des disciples de Jean du Jourdain et être baptisée par lui,
regardant avec foi à Celui qui doit venir après. De l'autre je tremble de peur
que tout ne soit qu'une illusion, car il ne semble pas possible que ce soit mon
sort de vivre dans cet âge béni où le Messie vient, une période vers laquelle
tous les patriarches et les prophètes ont regardé, désirant voir son jour, mais
moururent sans posséder la promesse, le contemplant seulement au loin.
L'infinie grandeur de ce privilège est tout ce qui me fait douter.
Instruis-moi, cher père ; ouvre-moi les trésors de ta sagesse! Tu as lu les
prophètes. Le jeune prophète du désert utilise-t-il correctement leurs
prédictions dans leur application au Messie? Est-ce que l'intellectuel Lazare
dresse correctement le triste portrait de Sa sombre carrière sur terre? Comment
les prophéties opposées peuvent-elles être conciliées d'une façon autre que
celle dont le jeune homme de Béthanie les a dévoilées. Donne-moi une autre
interprétation, cher père, comment peut-Il être à la fois Roi et un Prisonnier!
Seigneur de la vie, cependant souffrir la mort! Avec un royaume sans limites,
cependant méprisé des hommes!
Le récit apporté par Jean a conduit Rabbi Amos à
étudier les prophètes, et vraiment tous les hommes les examinent avec un
intérêt inconnu avant ; car les foules qui s'en vont après avoir été chez le
nouveau prophète répandent ses prédictions de tous côtés, à travers tout le
pays. Peut-être Dieu est vraiment sur le point de bénir Son peuple et de se
souvenir de Son héritage.
Adina
Lettre 6
Mon cher père
Santé et paix à toi et à tous mes amis honorés et
bien-aimés à Alexandrie. J'ai de nouveau vu l'excellent Ben Israël, avec qui il
y a quatre mois je vins d'Egypte pour séjourner à Jérusalem. Il ne me donna pas
seulement tes lettres, avec des cadeaux appropriés que tu envoyas gentiment par
lui, mais également m'assura de ton bien être dans toutes choses. Il est à
présent absent pour Damas où il se rendit aussitôt après son arrivée ici, dans
le but d'acheter les célèbres lames syriennes de cette ville, qui lui procurent
un grand profit en Egypte, avec d'autres marchandises. Il m'assure qu'il gagne
beaucoup de richesses par ses caravanes de commerce, ce à quoi je me réjouis,
car il est un homme aimable et digne. Ses prières pour que je retourne à
Alexandrie avec lui auraient presque vaincu ma résolution de rester ici, mais
pour l'ordre que tu m'as donné de profiter des privilèges particuliers qu'offre
Jérusalem pour améliorer l'esprit ; et même si ce n'était pas le cas, je suis
profondément intéressée par l'issue de la grande attente d'Israël. Ta lettre,
cher père, m'ordonne de bannir cette "nouveauté" de mon esprit, et de
continuer humblement à adorer Jéhovah selon la manière de nos pères. J'ai
confiance que je le ferai toujours, mon cher père ; et découvrirai-je dans ce
prophète une quelconque disposition pour apporter une nouvelle foi, opposée à
l'ancienne foi d'Abraham, que je tremblerai de l'entretenir un moment.
Tu dis que cet homme doit être "un faux et vil
prophète" sinon il n'annoncerait pas un maître si bas et si méprisé que
sera le Christ à qui il professe rendre témoignage. "Il y a eu plusieurs
faux christs et faux prophètes, mon enfant" ajoutes-tu "et Israël a
couru après eux, comme ils courent maintenant après ce Jean du Jourdain, et le
résultat a été qu'ils ont péri dans le désert ou ont été mis en pièces, avec
leur imposteur, par la jalousie des gouverneurs romains, qui considéraient de
telles assemblées comme séditieuses. Tiens ferme, mon enfant, la religion de
nos pères, et ne sois pas emportée ailleurs comme je crains que tu es en danger
de l'être, par ce sauvage prédicateur de la repentance. Le royaume du Messie
n'est pas un royaume de repentance et d'humiliation mais de victoire, de gloire
et d'autorité. Concernant ces prophéties d'humilité et d'humiliation que ce
prophète du Jourdain applique au Messie, elles n'ont aucune application au
Schilo et Prince que nous attendons. Elles s'appliquent à un certain prophète
moindre qui va être le précurseur du vrai Christ (qu'il aura un précurseur, les
Ecritures en parlent si clairement pour douter) ou, comme certains disent et
croient, spécialement les pharisiens, il doit y avoir deux Messies -- Un qui
viendra dans l'humiliation et la souffrance chez les Gentils comme un sacrifice
pour l'expiation de leurs péchés et Un qui viendra à nous en puissance
majestueuse, dans des circonstances de gloire et de splendeur, telles qu'un
potentat n'a jamais manifesté, et qui fera de Jérusalem le métropole du globe,
et les rois de la terre rendront hommage à ses pieds. Tel est notre Messie que
l'Eternel des armées nous envoie rapidement, pour relever Juda de la poussière
de son humiliation! Si l'humble personne que ce prophète du désert annonce est
un Messie, il est celui pour l'expiation des Gentils uniquement, dont les
grandes iniquités nécessitent la propre immolation et humiliation de celui qui
vient de Dieu ; mais il n'est pas un Messie pour Israël, ni le puissant Prince
qui va s'asseoir dans le siège de David, sur le trône de Sion. Par conséquent,
mon enfant, en tant que fille d'Israël, tu n'as aucun intérêt dans cette
nouveauté qui sort du désert et après laquelle la moitié du pays est devenue
folle. Attends, sois patiente! Le jour de la gloire d'Israël va réellement se
lever et briller, et toutes les nations le verront et se réjouiront. Ne pense
plus à ce que ton cousin t'a dit. Quand le Messie vient, Il sera annoncé par
une personne plus glorieuse et plus éminente qu'un jeune homme de trente ans,
vêtu de peaux, ayant pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage, dont
l'origine et l'autorité ne sont connues d'aucun homme. Croyant que ton bon sens
et ton jugement sain, mon Adina, vont tout de suite te conduire à adopter mon
avis, je ne vais pas les pousser plus loin comme si sérieusement je craignait
ta défection de la maison de tes pères, événement qui enverrait avec chagrin
mes cheveux gris dans la tombe. Je crois que ce prophète ne prêche que
lui-même, et sous la mystérieuse et trompeuse notion d'un autre qui vient après
lui, n'est réunie qu'une foule dans l'expectative autour de lui pour la manier
comme des instruments pour ses propres desseins ambitieux ; et au moment où tu
m'écrira de nouveau, je m'attends à apprendre de toi qu'il se proclame
ouvertement le Christ, après tout ; ou qu'il sera détruit, avec tous ceux qui
sont conduits par lui, par les épées des légions romaines."
Comment puis-je t'écrire, mon cher père, ce qui se
rue en ce moment sur ma plume, après une telle expression de tes sentiments
comme tu l'as fait dans cet extrait de ta lettre? Mais je sais que tu es sage,
et n'éluderas pas la vérité, en quelque forme qu'elle s'offrira à toi, et par
conséquent, avec confiance dans ta justice et ta sagesse, je vais fidèlement te
faire connaître les événements relatifs au prophète, qui ont transpiré et qui
peuvent se produire en Judée pendant mon séjour ici. Suis-moi toujours avec
bonne foi et juge sans partialité ; car c'est sans doute un jour de
merveilleuses révélations. J'imagine que je peux maintenant voir ta mine
assombrie, et que tu dis "assez de ceci. Devons-nous avoir plus de ce
nouveau prophète?" Oui, mon cher père, plus encore, et plus
extraordinaires sont les faits que je suis sur le point de raconter et que je
n'ai encore écrits, car certains des prêtres même du Temple sont devenus des
croyants du jeune voyant.
Tu te rappelleras comment Jean, le cousin de Marie,
déclara que plusieurs prêtres et autres furent offensés par la prédication
claire du prophète qu'ils allèrent voir au désert. Quand ils retournèrent à
Jérusalem, et firent connaître aux autres membres de la maison des prêtres ce
qui avait été dit contre eux, par l'application à eux des paroles d'Esaïe et
Jérémie, et d'autres prophètes, il s'éleva soudain une vive protestation contre
lui. Plusieurs lévites oublièrent même leurs tâches dans le Temple, en tenant
des discours avec des Scribes et Pharisiens, et d'autres dans les rues, dans
les arcs des portes, et dans les marchés, concernant ce nouveau prophète et ses
intrépides dénonciations contre eux ; étant les plus peinés par elles car ils
l'étaient, hélas! Mais aussi bien mérité à cause de la lâcheté de leurs vies. A
la fin Anne, qui est souverain sacrificateur avec Caïphe, envoya deux hommes
les plus instruits du Temple, lévites influents, pour inviter le prophète à
Jérusalem ; car Anne est un sage et n'est pas facilement excité par le
sentiment populaire ; et comme l'a dit Rabbi Amos, il est disposé à examiner la
prédication de Jean, car tel est son nom, avec un œil sérieux et révérenciel.
Les messagers retournèrent après le cinquième jour et firent leur rapport
ouvertement dans la cour du Temple, où le souverain sacrificateur s'assit pour
les recevoir, s'attendant à voir le prophète en leur compagnie.
A la fin, l'assemblée étant convenu, les deux
instruits et vénérables lévites se levèrent et déclarèrent qu'ils avaient
délivré le message à Jean, le fils de Zacharie, le prophète du Jourdain et que
sa réponse fut donnée avec la révérence due au rang de souverain sacrificateur
qui les avait envoyés à lui ;
"Allez et dites au noble souverain
sacrificateur," dit-il "que je suis la voix de celui qui crie dans le
désert, comme il est écrit dans le livre des paroles d'Esaïe le prophète qui,
ayant vu à l'avance mon jour, dit 'la voix de celui qui crie dans ce désert,
préparez la voie du Seigneur, faites son chemin droit'1. Toute chair va soudain
voir le salut de Dieu. Ma commission est de n'entrer ni dans la ville ni au Temple,
ni dans une quelconque maison d'Israël. Celui qui voudrait écouter mon
témoignage à Celui qui doit venir après moi, qu'il me cherche dans le désert,
où uniquement je suis ordonné d'élever ma voix jusqu'à ce que le Schilo
vienne."
Quand les prêtres entendirent cette réponse, ils
furent très en colère, et beaucoup crièrent violemment une chose et beaucoup
une autre ; certains qu'il devrait être recherché et lapidé à mort pour avoir
défié le souverain sacrificateur (ce qu'il ne fit pas, cher père, étant donné
que c'était pour lui d'obéir à Dieu plutôt qu'à l'homme) ; d'autres qu'il
devrait être accusé au Procurateur, Ponce Pilate, gouverneur de Judée, comme
une séditieuse et dangereuse personne et un fomenteur d'insurrection. Caïphe
était de cette dernière opinion et écrivit, de son tribunal, une épître au
dirigeant romain, faisant l'accusation ci-dessus contre le prophète du désert,
et lui recommandant de mettre sa personne en sécurité, de peur que davantage de
mal ne lui arrive. Il ajouta que Tibère César, apprenant cela, le concevrait
comme étant un mouvement de toute la nation juive, désireuse de chasser
l'autorité romaine, sous un nouveau chef, et ainsi amènerait une armée contre
le pays pour le détruire complètement. Mais le modéré Anne envisagea toute la
question dans une différente lumière et dit ;
"Hommes et frères, que rien ne soit fait
précipitamment. Si cet homme est un faux prophète, il va bientôt périr et nous
ne l'entendrons plus. Si par aventure, comme il pourrait apparaître, il est
envoyé de Dieu, ne nous précipitons de lui faire du mal de peur que nous ne
soyons trouvés contestant avec l'Eternel des armées."
Cette modération ne trouva la faveur que de peu, au
nombre desquels était Rabbi Amos. Mais si les prêtres qui remplissaient la cour
extérieure, en présence du souverain sacrificateur, avaient été profondément
émus par le compte-rendu de la réponse du prophète, leur excitation devint
quasi incontrôlable quand à la fois Melchi et Heli, leurs messagers, se
levèrent, agitant leurs mains pour obtenir le silence, et déclarèrent que après
avoir écouté le prophète auprès de qui ils avaient été envoyés, ils furent
convaincus de la vérité de ses paroles et de sa divine commission, et furent
baptisés par lui dans le Jourdain, confessant leurs péchés!
Seule la sainteté du Temple empêcha les cinq cents
prêtres de se précipiter sur eux et de les battre quand ils entendirent ceci.
Ils furent aussitôt arrêtés sur ordre du Souverain Sacrificateur Caïphe, pour
avoir agi d'une manière peu convenable à un prêtre du Dieu Très-Haut.
"Car" dit-il "c'est dégrader le Temple aux pieds d'un imposteur
errant et c'est reconnaître ouvertement que la vertu a quitté l'adoration de
Sion et doit être recherchée dans les déserts du Jourdain. Qui" cria-t-il
fort "qui, hommes d'Israël, est le plus grand, l'autel du Seigneur, ou les
eaux du Jourdain? Le prêtre du Très-Haut, ou lui du désert? Emmenez ces
blasphémateurs déloyaux, pour être éprouvés et jugés selon nos lois
sacrées." Là-dessus, les gens qui avaient entendu Jean prêcher ne furent
empêchés de secourir les deux prêtres que par la présence d'une garde des
soldats romains que Caïphe envoya chercher promptement.
De ce récit, cher père, tu peux former une certaine
idée de l'excitation que la prédication de ce nouveau prophète produit parmi
toutes les classes. Les gens les plus pauvres sont ses avocats et les riches et
les dirigeants, les prêtres et les grands hommes de la nation, s'opposent à
lui, sauf quelques uns parmi les meilleurs et les sages. De ceux-ci est Rabbi Amos,
qui est occupé tout le temps qu'il n'a pas de travail au Temple, à sonder les
Ecritures pour voir si ces choses sont ainsi ; et à chaque prophétie qu'il lit,
il est de plus en plus convaincu que le jour du Messie est proche, et que ce
prophète est, sans doute celui qui devait être envoyé de Dieu 'dans l'esprit et
la puissance d'Elie' pour préparer le chemin devant Lui.
Chaque soir sont assemblés à notre maison douze à
dix-huit chefs des Juifs, qui souvent passent la moitié de la nuit dans de
chaudes discussions sur ces grandes choses ; ceux parmi eux qui ont entendu
Jean étant disposés à lui donner ce haut rang qu'il revendique, comme le
précurseur de Schilo. Parmi ceux-ci est Etienne, un homme dont le père fut
Souverain sacrificateur, et qui est lui-même homme de la loi et un étudiant de
grande réputation. Il n'a pas encore entendu Jean le prophète, mais il dit
ouvertement la nuit dernière que après le plus attentif examen de tous les
prophètes, il était fermement de l'opinion que l'accomplissement de leurs
prophéties était proche ; et que pour sa part, il voulait saluer le prophète du
Jourdain comme le vrai messager du Messie. Là-dessus, les deux tiers de la
compagnie dirent la même chose, mais les autres doutèrent et mirent en garde le
reste de ne pas être trop téméraires ; qu'il était temps assez de croire au
Messie quand Lui-même allait venir en personne.
Telle est, mon cher père, la présente condition de
l'esprit du peuple de Jérusalem. Si le Prince de Gloire devrait vraiment
apparaître soudainement, il pourrait à peine y avoir plus d'excitation, quoique
elle serait d'une nature différente. C'est quelque chose de sublime de voir un
jeune homme, qui demeure seul dans le désert, pauvre et inconnu, émouvoir ainsi
le grand cœur de la nation ; sûrement, son pouvoir doit être dérivé de Dieu. Tu
me demandes, et telle est la question constamment posée par les Scribes, et les
Pharisiens, et les Prêtres aux disciples de Jean : "Fait-il des miracles?
Montrez-moi un miracle et je croirai en lui ; car c'est l'unique test de la
divine commission d'un vrai prophète."
Non, cher père, il n'a fait aucun miracle, si ce
n'est un permanent miracle par lequel il garde dans le désert une foule
croissant journellement, déversée par les portes de presque toutes les villes
de Juda, écoutant ses paroles et inclinant leurs têtes aux eaux sacrées de son
baptême de repentance.
Comme la semaine prochaine Rabbi Amos n'est pas de
service au Temple et comme il aura certaines affaires qui vont le conduire à
Guilgal, où il a trois champs maintenant mûrs pour la faucille, il a accédé au
désir de sa fille Marie et au mien de l'accompagner ; car il ne nous cache pas
qu'il en fait l'occasion de visiter et écouter le prophète, étant donné que ça
ne fera que deux heures de voyage de Guilgal à l'endroit où il prêche. Tu vas,
je le crains, objecter contre ce voyage. Mais si l'adoration de nos pères n'a
rien à craindre de la fausseté, elle n'a sûrement rien à craindre de la vérité
; et dans les deux cas, moi, en tant que véritable fille d'Israël, n'ai rien à
craindre. Si le prophète enseigne ce qui est faux, je resterai vraie et s'il
enseigne ce qui est vrai, ne serai-je pas gagnante? Je t'entends dire que ceci
n'est qu'un faible argument de femme. Mais comme tu m'as donné le crédit, plus
d'une fois, en déclarant que tu crois que je suis assez âgée et assez sage pour
juger moi-même dans la plupart de sujets, je demande que tu me laisses écouter
le prophète de mes propres oreilles dans le but de décider si je dois tenir
compte de ses prédications, ou les rejeter comme étant des visions d'un rêveur.
Une chose est claire -- si le Christ que Jean annonce est le vrai Fils du
Très-Haut, et doit en réalité faire son apparition bientôt, dans l'humiliation
et la pauvreté, son rejet par les Souverains Sacrificateurs, et par les riches
et les puissants de Juda, est certain. Puisse Dieu, alors, ôter l'aveuglement
de leurs yeux de sorte que, si c'est réellement le vrai Messie, Israël
reconnaisse son roi quand Il vient, et ne fasse pas, dans son orgueil, une si effrayante
chose telle que Le rejeter ouvertement. Dans ce cas, qui se tiendra entre Dieu
et notre infortunée race? Par conséquent, mon cher père, il est nécessaire que
chaque homme en Israël examine ce sujet avec un esprit sobre et humble et
agisse avec prudence dans l'opposition à ce qui peut éprouver l'espérance la
plus chère de notre peuple. Quand je serai rentrée du désert, vers où nous
devons voyager avec des litières et des mules, je t'écrirai tout ce que j'aurai
entendu.
Tu te rappelleras le jeune Centurion romain, à la
courtoisie duquel je suis redevable d'avoir été secourue de la rudesse de deux
soldats gentils. Il a préservé, depuis ce temps là, la connaissance avec Rabbi
Amos, qui parle de lui avec respect ; et comme il a récemment exprimé un certain
intérêt à connaître quelles sont les études qui occupent constamment le Rabbi
quand il appelle pour le voir, ce qu'il a fait fréquemment, une copie de
prophète lui fut donnée ; mais comme il professa qu'il n'était pas assez érudit
pour lire l'hébreu, le bon Rabbi, qui croyait voir en lui un converti à la foi
de Juda, appela Marie pour lire et interpréter pour lui. Mais sa connaissance
de la langue romaine ne s'avéra pas suffisante ; et à sa demande, le Rabbi me
fit chercher pour venir dans le hall en marbre du corridor, où ils étaient
assis à côté de la fontaine, sous l'ombre de l'acacia que, dit Amos, tu pris de
tes propres mains de la tombe d'Esaïe et plantas ici il y a plusieurs années,
et que j'appelle par conséquent "l'arbre de mon père."
"Viens ici, Adina," dit mon oncle dans son
ton bienveillant "ici tu vois un noble jeune romain à qui tu dois être si
reconnaissante pour l'oublier." Je m'inclinai et levai à peine mes
paupières du parquet en mosaïque ; car il y avait dans le regard de l'élégant
jeune homme un feu que mes yeux ne pouvaient affronter. Il dit quelques paroles
de salutation ; mais j'entendis seulement la voix, qui tomba sur mon cœur avec
une étrange vibration, semblable aux effets de la musique. Sûrement ces
barbares d'Italie ont la plus riche langue de tous les hommes ; comparé à elle,
notre hébreu est rude et étrangement guttural. "Le Centurion romain"
poursuivit Amos "a désiré connaître quelque chose des livres sacrés de
notre nation, desquels il dit avoir beaucoup entendu ; et des prophéties
desquelles il croit que les célèbres livres sibyllines étaient composés."
"J'ai étudié les livres sacrés de l'Etrurie, de
la Gaule, et ceux des Goths et des Druides, d'Egypte, et de Perse, aussi bien
que de mon peuple" dit le Centurion modestement "mais dans tous je
trouve des rites et cérémonies, doctrines et lois, qui sont indignes d'émaner
du suprême Jupiter d'un si vaste univers. Nous, romains, dans la multiplicité
de nos dieux, en déifiant chaque chose, en réalité ne déifions rien! Nous
appelons chaque chose dieu, mais nous ne voyons dieu nulle part."
"Ainsi tu as bien dirigé tes investigations
concernant ce livre" répondit Amos avec chaleur, et regardant le romain
avec une compassion respectueuse. "Ici doit être trouvé la vraie et unique
révélation de Jéhovah aux hommes. Ici est développé un caractère divin digne du
Créateur de l'univers. Ici sont consignés les lois et cérémonies, rites et
doctrines, commandements et préceptes, qui sont dignes d'émaner du Père et Dieu
de tous les hommes. Tu entendras et jugeras de toi-même. Je ne suis
qu'imparfaitement habile dans la langue romaine, sauf pour les rapports
journaliers ; mais voici une jeune fille égyptienne, qui peut interpréter pour
toi dans l'idiome de Grèce, ou d'Italie, et je vais placer le rouleau sacré
dans ses mains pendant que j'écoute. Viens, Adina, ouvre et lis le commencement
du livre de Moïse."
J'obéis, comme j'aurai obéi à toi, cher père ; et
assise aux pieds d'Amos, je lis et traduisis à haute voix en grec, que le jeune
romain avait dit être plus familier pour lui que sa langue maternelle (comme
c'est le cas pour toutes les personnes éduquées dans le monde), les cinq cents
premières lignes. Elles donnent comme tu le sais, le récit de la création du
monde, et de l'homme, de sa chute, et son expulsion du Paradis ; de la promesse
du Messie pour restaurer ce qui avait été perdu ; de la malédiction dénoncée
sur la création, et de la mort du patriarche Abel, avec le peuplement de la
terre, sa méchanceté et sa destruction par le déluge.
Le jeune guerrier écouta tout ce récit avec un
profond respect et attention ; et quand il m'eut remercié et demandé la
permission de revenir pour être enseigné davantage des pages qui, dit-il,
semblaient vraiment avoir été écrites avec le doigt du Seigneur suprême de
l'univers, il demanda si le Messie qui devait restaurer toute chose était déjà
venu. Sinon quand devrait-il être attendu? Cette question dirigea la
conversation sur la prédication de Jean dans le désert et ses prédictions de la
venue proche de Schilo. Rabbi Amos, voyant qu'il s'intéressait profondément au
sujet, me fit tourner aux prophéties particulières de Daniel, Esaïe, David et
autres et je les lui lis ; à la fois celles qui décrivaient, en des paroles
très favorables, la gloire et l'autorité de son pouvoir, et celles qui le
représentaient comme méprisé et rejeté. Après que j'aie lu tout ce que le Rabbi
me conduisit à lire, le jeune homme resta pendant un certain temps très pensif.
A la fin, il dit avec animation : "je peux maintenant comprendre pourquoi
les hommes courent au désert. Je voudrais écouter ce prophète."
Quand Amos lui dit qu'il projetait un voyage pour
Guilgal la semaine prochaine, et avait l'intention de visiter le désert pour
l'écouter, il demanda aussitôt la permission d'être de sa compagnie ; mais
quand je fis remarquer que Marie et moi devions aussi aller, ses yeux sombres
brillèrent de plaisir et il dit immédiatement :
"Je vous accompagnerai avec un escadron de
cavaliers, étant donné que les routes ne sont pas sûres ; car pas plus tard
qu'hier une rumeur nous parvint selon laquelle le célèbre principal voleur
Barrabas, à la tête d'une importante bande, avait de nouveau fait son
apparition dans les collines entre Ephraïm et Jéricho, et volé non seulement
deux caravanes, mais à plusieurs de ceux qui voyageaient pour écouter ce
prophète. Je ferai une expédition contre lui, après vous avoir vu en sécurité à
Jéricho."
Après que nous eûmes appris de ce voleur, nous
n'étions pas disposés à décliner notre voyage ; mais Rabbi Amos remercia le
romain et dit qu'il accepterait avec joie son escorte "vu"
ajouta-t-il souriant, "que je sais que vous cavaliers romains ici dans la
garnison avez seulement peu de temps à dépenser, et j'estime que c'est un
privilège d'avoir une excursion de ce genre. De plus, tu dis que tu dois aller
contre ce bandit. Aussi nous n'allons pas tant tirer profit de ta courtoisie
que prendre abri sous ton devoir."
Il est par conséquent décidé, cher père, que nous
quittons tôt la semaine prochaine pour Jéricho et Guilgal, et irons aussi au
désert voir et écouter ce prophète. A mon retour, je ne manquerai pas de
t'écrire sans délai. D'ici là, retiens ton jugement et aies confiance dans le
mien. Avec de saintes aspirations pour la venue du royaume de David, et la
restauration de son trône en Sion, je reste, avec l'amour filial, ta fille,
Adina.
1 Esaïe 40.3 Note du traducteur
Lettre 7
Mon cher père,
Mes doigts tremblants tiennent à peine le léger
roseau avec lequel je suis sur le point de t'écrire concernant les choses
extraordinaires que j'ai vues et entendues ; mais ils tremblent seulement de
joie. Oh, mon père, mon cher, cher père, le Messie est venu! Je L'ai vu! J'ai
entendu Sa voix! Il est vraiment venu! Oh, joie, joie! Mes yeux ont vu Celui au
sujet duquel Moïse et les prophètes ont écrit. Mais laisse-moi ne pas
anticiper. Pour que tu croies comme moi je crois, quoique tu ne L'aies pas vu,
je vais te faire un compte rendu de ces événements qui sont arrivés depuis ma
dernière lettre qui te fut envoyée. Je vais essayer d'écrire sans émotion, et
garder mon cœur bondissant de joie, tranquille, et ma main calme pendant que je
mets en ordre tout ce qui s'est produit, afin que ton entendement le juge avec
cette sincérité et cette sagesse qui font que les hommes voient en toi
l'Israélite le plus sage dans tout le pays d'Egypte.
Tu te rappelleras que dans ma dernière épître,
envoyée par la caravane de Caire, je mentionnai que Rabbi Amos, profitant des
vacances dans sa charge au Temple, le cours du vénérable Elihud attendant
maintenant sur l'autel, se décida de faire sa visite annuelle aux champs de blé
qu'il a en charge près de Jéricho et qui, comme tu le sais, ne sont pas ses
propres terres, mais lui ont été confiés pour les héritiers du brave soldat
Manassé, de la tribu de Benjamin, tué en essayant de secourir Jéricho contre
les Romains. Rabbi Amos également était curieux d'entendre Jean du Jourdain,
ainsi est-il appelé, dont la renommée s'est répandue partout. A la demande de
Marie et de moi-même, il consentit à ce que nous l'accompagnions. Jean, le
jeune homme qui est fiancé à ma cousine, parti pour la mer de Galilée voir
certaines barques qui y étaient à la charge de son frère Jacques et de son
père, devait nous rencontrer à Guilgal et nous accompagner au Jourdain. Car il
ne pense et ne parle maintenant de rien si ce n'est du prophète du désert pour
qui il sent qu'il souffre une grande perte d'être absent même un jour.
La route de Jérusalem à Jéricho était récemment
devenue dangereuse suite à l'intrépidité d'un chef insurrectionnel appelé
Barabbas, qui il y a une année se souleva contre les Romains, mais fut battu et
sa bande dispersée dans les montagnes du sud de la mer de Sodome ; mais à la
fin, poussé à la famine, il s'est mis à voler les caravanes ; et depuis que le nombre
de voyageurs a tant accru entre Jérusalem et le Jourdain pour entendre Jean
prêcher et être baptisé de lui, il est tombé sur une grande partie d'eux et
leur a pris tous leurs biens et leur argent. Compte tenu de ceci, Rabbi Amos
accepta la courtoise offre d'escorte du jeune Centurion, qui avait été ordonné
par le Procurateur, Ponce Pilate, de garder la route ouverte entre Jérusalem et
Jéricho. Car même les messagers romains avaient été stoppés par cet intrépide
voleur et certains d'entre eux tués par lui. L'amour propre de Rabbi Amos
fondit suite à cette dépendance sur une armée romaine, en faisant un voyage
paisible à travers son propre pays ; mais il n'y a, hélas! cher père, personne
parmi la semence d'Abraham pour revendiquer nos droits naturels. Nous pouvons
seulement incliner nos têtes sous ce joug que le Seigneur Dieu a placé sur nos
cous.
Il était presque l'aube quand nous nous levâmes de
nos couches pour préparer le voyage. Les mules sur lesquelles nous devions
voyager furent emmenées dans la cour par les deux basanés serfs Gibeonites, que
Rabbi Amos a à son service, et furent ornées avec de riches selles couvertes
des vêtements perses, brodés avec de l'or. Les deux colis de mule furent aussi
apprêtés, sur celle où était l'équipage de ma cousine Marie et moi-même qui,
dit Rabbi Amos en souriant, prit plus d'espace que les biens et les
marchandises de voyage d'un marchand de Damas. Au lever du soleil après nous
être agenouillés au sommet de la maison, en vue du Temple, et avoir envoyé nos
prières avec leurs sacrifices et nuages d'encens montant, nous descendîmes dans
la cour pour monter pour la route. Il y avait une mule forte pour le bon Rabbi
Amos, quoique le Centurion lui ait envoyé un cheval perse pour monter. Mais mon
oncle dit qu'il n'avait jamais dans sa jeunesse eu confiance en un animal aussi
incertain qu'un cheval, et pensa qu'il pouvait à peine tenter un tel exploit
alors qu'il était âgé ; aussi préféra-t-il sa mule.
Nous étant assises sur nos selles bourrées des
coussins, et nos voiles prêts pour couvrir nos faces, nous attendions à tout
moment l'arrivée du Centurion et sa cohorte de chevaux ; mais un esclave
Numidien vint en courant et, s'inclinant devant Rabbi Amos, il dit que le
Centurion allait nous rencontrer à l'angle de deux chemins, au-delà des murs,
près de Béthanie. Sur ce, nous montâmes tous et prîmes le chemin vers la Porte
Est, que Pilate a récemment réparée et nommée la Porte César. Nous étions en
tout cinq personnes, Rabbi Amos, ma cousine Marie et moi-même, et deux gibeonites,
tous deux jeunes, dont les pères avaient été pendant plusieurs siècles
serviteurs dans la famille d'Amos, même depuis le temps de Josué, quand ce
peuple le trompa par sa ruse et fut condamné à la servitude perpétuelle. Je
suis très frappée par l'apparence de cette race remarquable des hommes. Ils ont
une face très sombre, un nez comme le bec d'aigle, de brillants yeux noirs, ils
sont minces et agiles. Ils ont l'air rusé et perfide mais semblent être lâches
et facilement contrôlés par la fermeté. Ils sont incapables d'un quelconque
attachement et la gratitude semble avoir été retirée d'eux. J'appris une
singulière tradition à leur sujet d'un des Lévites qui visitent souvent Rabbi
Amos, disant qu'ils sont des descendants des serviteurs de Noé, qui furent
sauvés avec lui dans l'arche mais qui, étant des êtres de rang inférieur, ne
furent pas inclus dans la liste de la famille de Noé. Mais sans doute as-tu
entendu la même futile tradition.
Le matin était brillant et gai, avec un soleil doré
déversant ses rayons sur temple et tour, château et toit, mur et rempart,
colline et bosquet, vallée et ruisseau, un et tout de ce qui était illuminé par
la gloire de ses rayons matinaux. Au moment où nous tournions dans la rue
conduisant à la Porte de Brebis, nous passâmes devant la maison de Caïphe, le
Souverain Sacrificateur, que je vis debout sur le porche en marbre de son
superbe palais. Il ne s'était pas paré de ses somptueuses robes, avec le
pectoral des pierres éblouissantes, et casquette, bonnet royal, tel que je
l'avais vu dans le Temple. Mais il était vêtu d'une robe noire tombante sur
laquelle était jetée une écharpe de lin blanc et portait sur ses cheveux blancs
comme neige un capuchon écarlate, tenue commune à tous les prêtres, si bien que
si je ne l'avais pas reconnu par sa grande taille et son aspect dominant, et
ses cheveux blancs tombant et ses yeux perçants au moment où il nous regarda,
je n'aurais pas su que c'était le Souverain Sacrificateur. Il parla à Rabbi
Amos, qui lui fit révérence, et j'inclinai simplement ma propre tête devant la
majesté du représentant de Dieu sur la terre.
Un peu plus loin, nous rencontrâmes un groupe venant
du pays au-delà de Kedron, avec de larges cages sur leurs mules, remplies des
tourterelles et de jeunes pigeons, qu'ils apportaient au Temple pour être
vendus pour le sacrifice. Mon cœur eut pitié de ces choses innocentes dont les
têtes bleues et jolies passaient par douzaine à travers les rudes barres de
leur prison-cage au moment où ils posèrent leurs doux yeux sur moi, comme s'ils
me demandaient de les délivrer de leur servitude. Et quand je pensai qu'ils
devaient offrir leur vie innocente pour les péchés des hommes et femmes
d'Israël, mes joues rougirent de honte du fait que nous étions si coupables
devant le Seigneur Dieu, que l'innocent devait mourir pour nous. Alors que
Marie trottait derrière moi, en vue de laisser passer les mules chargées de
leurs immenses cages, l'une des tourterelles, effrayée par le bruit des rues,
s'extirpa entre les barres et, déployant ses ailes, vola dans l'air et ensuite
prenant son envol pour le pays, s'éleva loin au-dessus des murs de la ville et
le haut sommet de l'octogonale tour de Psephinos et disparut au loin.
J'éprouvai de la joie à la fuite de l'innocent oiseau et envoyai mes meilleurs
vœux pour son retour en sécurité à sa loge dans le désert. Juste avant
d'atteindre la Porte de Brebis, par laquelle nous devions gagner la route de
Jéricho, nous rencontrâmes un pauvre aveugle conduisant un agneau, ou plutôt
conduit par un agneau apprivoisé. Il avait également deux pigeons en son sein.
Il lui fut demandé par Rabbi Amos, qui le connaissait, où il allait. Il
répondit qu'il allait au Temple pour les donner en sacrifice. "Non"
dit Amos avec surprise, "tu ne vas pas sacrifier ton agneau, Barthimée!"
"Je les ai promis à Dieu, Rabbi Amos, et je ne
pourrais briser ma promesse sans pécher."
"Mais ton agneau te conduit partout. Il te sert
des yeux. Tu ne peux rien sans lui."
"Dieu va me procurer un autre agneau"
répondit-il, sa face brillant d'espérance.
"Mais tes colombes? Tu gagnes grâce à elles
plusieurs sommes d'argent par jour. Elles sont bien enseignées dans la ruse et
de plaisantes astuces pour amuser les enfants. Si tu dois faire un sacrifice
selon ton vœu, épargne celles-ci qui te sont nécessaires et voici de l'argent
pour acheter des colombes et un autre agneau" répondit mon bienveillant
oncle.
"Ecoute ce que j'ai à dire" répondit
Barthimée. "Mon père tomba malade et fut sur le point de mourir et je fis
un vœu à Dieu que s'Il guérissait le vieil homme, mon père, j'allais lui
sacrifier l'une de mes colombes. Le jour suivant ma mère, qui m'a nourri
pendant mon enfance et m'a aimé de tout son cœur, quoique je sois né aveugle,
fut aussi frappée par la maladie. Alors je fis le vœu d'un pigeon pour ma mère.
La même nuit, ma petite fille aveugle dont je n'ai jamais vu la face et qui n'a
jamais vu la face de son père, fut malade près de la mort. C'est ainsi que je
fis le vœu de tout ce qui me restait, même de mon agneau intime, que j'aime
après mon enfant. Mon père, ma mère, mon enfant sont restaurés et dans ma joie,
je suis en chemin pour le Temple pour offrir à Dieu ces dons. Il sera
difficile, Monsieur, que je n'accomplisse pas mon vœu. Ce sera pénible de me
séparer d'eux, ils vont tant me manquer ; mais Dieu ne laissera pas l'aveugle
Barthimée souffrir, puisque Il verra qu'en offrant ses deux petites colombes et
son agneau, il offre tout ce qu'il a."
Par ces paroles, il s'en alla, l'agneau se
soumettant à la corde qu'il tenait doucement, marchant devant ; pendant que je
pouvais voir les yeux aveugles du vertueux fils et pieux père faire couler des
larmes alors qu'il embrassait et embrassait encore les précieuses colombes qui
étaient en son sein. Ce petit événement me rendit triste ; cependant, j'honorai
la piété résolue de ce pauvre homme dont les yeux, quoique ne voyant pas les
hommes, semblaient voir Dieu et sentir sa présence. Il y a encore une humble
piété dans le pays, mon cher père, et trouvée non parmi les fiers et splendides
prêtres, nous devons la chercher dans le cœur du pauvre et humble, comme
Barthimée.
Ayant atteint la porte nous ne fûmes pas retenus par
le capitaine romain qui garda les autres, examinant leurs passeports et faisant
payer ceux qui n'en avaient pas. Car si les voyageurs à pieds peuvent entrer et
sortir librement, cependant à ceux qui sont sur des chevaux ou des mules est
exigé de l'argent, à moins qu'ils n'aient des laissez-passer signés par le
Procurateur. Mais le capitaine de la porte, aussitôt qu'il nous vit, nous fit
passer, avec grande civilité, à travers la porte avant les autres qui étaient
prêts pour y passer, disant que le jeune Centurion, dont le nom, je pense ne
pas te l'avoir dit, est Aemilius, lui avait donné des ordres afin de ne pas
nous retenir. Les sévères soldats romains, couverts de fer, qui se tenaient
près de la porte, me frappèrent par leur aspect et leurs formes comme pouvant
conquérir le monde. Quand je pensai qu'il n'y avait aucune cité sur terre,
n'ayant à ses portes des hommes comme ceux armés, habillés et barbus comme eux,
je ne pus que respecter le pouvoir universel de l'empire romain pendant que je
le craignais.
Une fois hors des portes, l'air frais souffla des
monts des oliviers, chargé de senteur. Après avoir été longtemps confinée entre
les murs et dans les rues étroites, il me sembla que je venais de m'évader de
ma cage, comme la jolie tourterelle à la tête bleue, et je sentis comme si je
volais aussi vers le désert libre. Si les ailes d'une colombe si ardemment
désirées par le Roi David, pouvaient seulement m'être données!
A notre droite non loin de la porte, Rabbi Amos me
montra la piscine de Bethesda, et tournant mes yeux vers elle, je vis un très
touchant spectacle. Tous les cinq portiques étaient remplis des gens malades et
impotents, le boiteux, l'aveugle et le flétri, attendant, comme mon oncle nous
le dit, le mouvement des eaux ; car à certaines saisons, il dit que Dieu envoie
un ange qui descend dans la piscine pour agiter l'eau. Celui qui y descendait
le premier était guéri, quelle que fut sa maladie. Je ne pouvais que arrêter ma
mule pour considérer un aussi remarquable spectacle que cette congrégation des
gens misérables qui devaient être pas moins de quatre cents ; certains, pâles
et décharnés, appuyés contre les colonnes ; certains se traînant presque sans
aide, semblables à des bêtes, essayant de se rapprocher de la piscine, de
laquelle les plus forts les repoussaient ; certains allongés patiemment sur
leurs lits dans l'humble attente du temps de Dieu ; et d'autres portés sur les
épaules des hommes.
Soudain, alors que j'étais sur le point de m'en
aller, et me soustraire à cette vue douloureuse, l'une des plus extraordinaires
scènes que les yeux humains aient pu voir se déroula. La surface de la piscine,
qui était jusqu'ici parfaitement placide, devint agitée, comme si elle était en
train de bouillir et commença à s'élever, s'emballer ou plutôt se mouvoir d'un
côté à l'autre, d'une manière remarquable. Ceci était à peine vu qu'il s'éleva
de la multitude de malheureux invalides qui peuplaient ses marches, un cri de
quatre cents voix, soudain, cris de joie, cris d'étonnement, paroles
d'exclamation. Au même moment, il y eut un mouvement simultané de toute la
masse des corps humains, masse qui fut largement secouée, allant et venant,
comme l'étaient les eaux. Ceux qui étaient les plus proches plongèrent
follement dedans, pendant que ceux qui étaient derrière se précipitaient,
certains criant furieusement dans leur hâte agonisante, certains émettant la
plus effrayant des malédictions, leur chemin ayant été obstrué par
l'impénétrable masse des gens qui étaient devant eux. Le plus faible et plus
impotent, étant vif, et étant plus éloigné, fit un effort surhumain pour gagner
la piscine, hurlant et grimpant avec ses mains et ses pieds par-dessus les dos
des autres pour être projeté sur le lieu et y empiéter grâce à ceux qui étaient
derrière eux.
Certains hommes forts qui essayaient d'ouvrir le
chemin pour quelqu'un qu'ils portaient, tirèrent leurs couteaux et commencèrent
à se frayer un passage à travers les malheureux, effarés et grimaçant, qui
occupaient le chemin. Leur violence ayant été vue par les Romains, à partir de
la porte, une vingtaine d'entre ceux-ci descendit avec des épées dégainées pour
réprimer le tumulte. Car toute la piscine était dans le tumulte. Incapables de
supporter la terrible scène, nous nous en allâmes rapidement. Mais j'appris
plus tard que, avant que le calme ne soit restauré, plusieurs hommes furent
tués et que cinq de ceux qui étaient descendus dans la piscine furent noyés
sous les pieds des gens qui, avec insouciance, sautèrent dedans par-dessus les
têtes des autres.
"Est-ce possible" demandai-je à Rabbi
Amos, après que nous ayons atteint les limites de Kedron "que c'est
l'œuvre d'un ange qui peut produire toute cette confusion et déclencher la plus
mauvaise des passions humaines?"
"Il n'y a pas de doute que l'agitation des eaux
est un miracle" répondit-il. "L'acte de l'ange est bon. Son contact
donne un pouvoir guérissant à l'eau vis-à-vis des maladies ; et sa bienfaisance
doit-elle être responsable des conséquences épouvantables et écoeurantes que
nous venons de voir?"
Je restai silencieuse mais soupirais à cause de la
méchanceté de l'homme qui peut, en recevant les dons de Dieu, les changer en
mauvaises choses.
Nous tournâmes un peu à droite, hors de la
grand-route ,car le pont par lequel on gagne habituellement la route de Jéricho
étant solidement reconstruit par les Romains, nous devions longer le ruisseau
jusqu'à arriver près de la colonne d'Absalom, à la vue de laquelle l'histoire
entière de ce jeune prince peu judicieux vint devant moi. Combien étonnant
pouvait avoir été l'instrument de sa mort ; cette tête aux cheveux d'or dont il
fut vaniteux et dont les poètes de ces jours là parlèrent plus d'une fois! Comme
nous avançâmes plus loin, il y eut en vue d'anciens chênes que le Rabbi nous
dit être assez vieux pour être une partie de la vaste forêt dans laquelle
Absalom chevaucha fatalement. Ils l'étaient sans doute. Il me montra un instant
après, et à une certaine distance de Jérusalem, le trou dans lequel les dix
jeunes hommes qui tuèrent Absalom le jetèrent, le couvrant de grosses pierres.
Ce prince doit avoir été aussi brave qu'il fut beau et désobéissant au point
que, pendant par ses cheveux aux chênes et incapable de leur causer un dommage,
il aurait fallu "dix jeunes hommes pour l'assiéger et le frapper". Ou
c'est possible, comme le pense Rabbi Amos, que ces dix s'unirent pour recevoir
ensemble le reproche devant le roi David, qu'aucun d'eux ne voulut affronter
seul! Combien est intéressant pour moi chaque lieu relatif à Jérusalem! Il me
semble vivre dans les jours anciens quand je vois les lieux où se sont déroulés
les grands événements qui constituent l'histoire et la gloire de notre nation.
Nous avions à peine atteint l'endroit où les deux
routes se croisent quand nous entendîmes vers l'ouest le bruit de la galopade
d'un large corps des chevaux. L'instant suivant, le jeune Centurion romain vint
en vue par le chemin venant de la Porte du Cheval, à la tête d'une troupe de
chevaux dont l'apparence martiale, avec le tintement de leurs armes et la
mélodie de leurs clairons, me fit tressaillir et je suis sûre que si je pouvais
avoir vu mes yeux, j'aurais découvert en eux une lumière martiale. Aemilius
paraissait comme un prince et son arme polie étincelait au soleil comme une
arme de feu. A ses côtés était un jeune qui portait l'aigle de son groupe ;
mais le Centurion lui-même portait dans sa main uniquement le badge de son
rang, qui était une baguette de vigne limitée par des anneaux en or. Il nous
salua avec cette courtoisie qui distingue chacun de ses gestes et divisa sa
troupe en deux corps, la première moitié chevauchant en tête pour conduire la
caravane et l'autre moitié suivant derrière pour servir d'arrière garde.
Ensuite, il donna l'ordre d'avancer. Le Centurion lui-même chevauchait tantôt
aux côtés de Rabbi Amos, tantôt près de notre bride, mais il ne s'occupa pas
trop de nous pour ne pas oublier sa tâche de capitaine qu'il accomplit avec la
plus grande vigilance.
Adieu, cher père, jusqu'à ma prochaine où je vais
continuer mon récit des événements qui ont eu lieu depuis que j'ai quitté
Jérusalem. Puisse le Dieu de notre père Abraham être ta défense et ton
bouclier.
Ton affectueuse fille,
Adina
Lettre 8
Mon cher père,
La très gentille façon dont tu as reçu ma
communication concernant l'extraordinaire prophète qui, maintenant, attire
après lui tout Juda dans le désert et l'assurance que je peux obtenir de ta
sagesse, de ton savoir et de ta piété, une solution à toutes les difficultés et
un vrai guide à la vérité me poussent à continuer librement et en détail le
récit des événements qui se sont passés sous mon expérience. Je vais, en
racontant ces merveilleux événements que j'ai vus et vais voir, non seulement
t'exprimer les impressions qu'ils ont sur moi, mais sur les autres, parmi les
sages, les érudits et les grands qui ont également entendu et vu ces choses.
Ainsi tu auras le poids de plusieurs témoignages que, sans doute, tu tiendras
en respect proportionnellement à la dignité, à la sagesse et au rang des
personnes.
Ma dernière lettre se termina avec le récit sur
l'escorte romaine sous l'autorité du jeune Centurion romain qui, comme je te
l'ai écrit avant, accorda avec beaucoup de courtoisie sa protection à notre
petit groupe. Il faisait tôt, le soleil s'étant levé moins d'une heure et demie
au dessus des montagnes de Moab. L'air était de cette élasticité légère si
agréable à respirer et qui me frappa comme une de ces particulières
bénédictions de cette terre sainte de nos pères. En Egypte, il y a un manque de
vie dans l'air torride de cette saison que nous n'éprouvons pas ici. Et alors
que j'avançais, je sentis comme si je monterais joyeusement le Mont Arabe du
désert et volerais à travers les mers sablonneuses d'Edom avec l'agilité qui
m'étonne chaque fois que je vois les fils du désert galoper. Car un groupe de
trente vint audacieusement près de nous par une gorge au moment où nous
approchions de Béthanie. Et après nous avoir observés un petit instant, ils
s'enfuirent au loin, comme le vent, dans le recoin des collines, un détachement
de douze soldats de notre escorte romaine ayant reçu l'ordre d'aller vers eux.
Sur ce Rabbi Amos dit que nous étions chanceux d'avoir une telle forte
protection. Autrement, ce groupe des fils d'Esaü nous aurait attaqués et
pillés, comme ils ont l'habitude de le faire à chaque groupe des Israélites sur
lequel ils tombent. Et la récente affluence d'un si grand nombre des gens au
Jourdain les a attirés, avec une grande agilité près des murs de Jérusalem, en
grand nombre dit le Centurion romain, pour les attendre et leur voler. Ainsi
l'hostilité qui commença entre le patriarche Jacob et le patriarche Esaü, n'a
jamais été guéri mais reste dans les cœurs des descendants même jusqu'à ce jour
; et encore "Esaü hait Jacob à cause des bénédictions dont son père le
bénit." Les Romains admirèrent beaucoup le talent d'écuyers de ces fils
d'Esaü ; et sur leurs lourds chevaux, avec leurs armes en fer, il aurait été
vain de les suivre dans leur retraite.
Nous atteignîmes, aussitôt après, le sommet de la
montagne au dessus de Béthanie, éminence de laquelle, avant de descendre au
village, nous eûmes une splendide vue de la Sainte Cité de Dieu avec son Temple
élevé brillant sous les rayons du soleil comme une montagne d'argent
architectural. La tour d'Antonio contrastait sombrement avec sa splendeur et la
citadelle de David s'élevait par-dessus les murs avec une majesté guerrière qui
m'impressionna profondément. Ah! Comment pouvais-je fixer la scène sans émotion
d'admiration, d'étonnement, d'adoration et de gratitude! Je m'arrêtai et
suppliai Rabbi Amos de retarder quelques instants pendant que j'embrassais du
regard Jérusalem qui, comme elle doit lui être familier à partir de ce point
ainsi qu'à tout le reste de notre cavalcade, était nouvelle pour moi. Mais il
était trop loin en avant pour m'entendre car je m'étais déjà attardée pendant
quelques secondes. Et le Centurion, galopant jusqu'à mes côtés, s'arrêta
respectueusement avec une partie de sa troupe et dit qu'il attendrait mon
loisir. Je ne pouvais que le remercier pour sa courtoisie. Et puis tournant
vers la ville, je fus aussitôt perdue à toute autre chose sauf la contemplation
de cela. Irrésistiblement, alors que je regardais, en mémoire je retournai en
arrière au temps où notre père Abraham rencontra devant ses portes
Melchisédech, son Roi et reçut de lui un hommage royal. Je vis aussi David
venant de ses hauts portails à la tête des armées, pour conquérir les nations
voisines. Je vis les splendides cortèges des monarques orientaux, des rois du
sud, et des rois du nord, et de Saba, la reine de la joyeuse Arabie, se
déplaçant à travers ses plaisantes vallées, et entrant pour se prosterner
devant Salomon, le prince de sagesse, gloire et puissance, la célébrité dont la
sagesse et la grandeur remplissaient toute la terre.
Hélas! toute la terre est maintenant remplie de
l'histoire de la honte et de l'esclavage d'Israël. Mais le jour vient, cher
père, où elle relèvera sa face de la poussière et mettra les vêtements royaux,
et Dieu placera une couronne sur sa tête, et sa gloire et son autorité seront
sans fin. Cette certitude sécha les larmes qui me montaient aux yeux alors que
je faisais contraster le présent avec le passé. En mémoire, alors que je
continuais à regarder, je vis les armées des Assyriens, et les armées des
Chaldéens, les armées d'Egypte, et de Perse, et de Grèce, toutes, chacune à son
tour, assaillant la ville sainte, et même la conquérant quoique Dieu y demeura,
dans le mystérieux feu de la Shekinah. Mais la présence de Jéhovah dans une
ville ou dans un cœur, ne pourra pas le protéger contre ses ennemis, si la
ville ou le cœur ne sont pas avec Dieu ; et nous savons par les prophètes que
les cœurs de nos pères étaient loin de Dieu ; et par conséquent ils furent
livrés à leurs ennemis pour être flagellés. Oh, mon cher père, que notre peuple
d'aujourd'hui n'apprendrait-il la terrible leçon que lui enseigne le passé!
"Tu devrais voir Rome" dit le Centurion
qui avait noté mon émotion évidente avec surprise. "C'est une ville d'une
grandeur inégalée. Elle couvre six fois plus d'espace que cette ville, et
contient trois cent soixante cinq temples, pendant que Jérusalem n'en contient
qu'un!"
"Il n'y a qu'un seul Dieu" répondis-je de
façon impressionnante.
"Nous croyons qu'il y a un Dieu, qui est
l'auteur d'une grande multitude de petits dieux et à chacun nous érigeons un
temple" dit-il fermement, cependant avec respect. Sur ce, émue de
compassion du fait que quelqu'un de si noble en esprit et en personnalité soit
ignorant de la vérité, je commençai à lui montrer par les prophètes que Dieu
était unique et que toute chose était faite par Lui.
Mais, cueillant une fleur d'un arbre qui était à
portée de la main, il dit : "C'est en dessous de la dignité du Père des
dieux, le grand Jupiter, de descendre pour faire une fleur comme celle-ci ou
former un cristal, ou colorer le rubis, ou créer ce colibri à la teinture dorée
qui voltige parmi ces fleurs odoriférantes. Il fit le soleil, et la lune, et les
étoiles et la terre, mais laissa les bas travaux aux déités inférieures.
Parle-moi de ton Dieu unique, et prouve-moi, jeune fille, qu'Il fit toutes
choses, et qu'Il est unique, et ton Dieu sera mon Dieu."
Il n'y avait pas de temps pour essayer de combattre
cette erreur, mais je me suis réservé la première occasion favorable pour
l'instruire dans la vérité telle qu'elle est révélée du Ciel à notre estimé
peuple. Il a déjà manifesté un esprit curieux dans notre sainte foi, et Rabbi
Amos lui a enseigné plusieurs choses des livres de Moïse, suffisantes
uniquement pour l'amener à désirer connaître plus, mais pas pour éradiquer de
son cœur ses superstitions païennes. La douceur de sa nature, son jugement
sain, la franchise de son caractère, l'ingénieux tempérament de tout l'homme,
m'inspirent avec grande confiance que finalement il sera convaincu de ses
erreurs et qu'il embrassera la foi d'Israël.
Nous passâmes ensuite à travers les rues de Béthanie
et arrivâmes à la maison de ton ami d'autrefois, Rabbi Abel, qui mourut il y a
plusieurs années à Alexandrie, quand il alla avec des marchandises, et dont tu
me demandas de m'enquérir du bien-être des enfants. Comme tu le sais, ils ont
atteint l'âge adulte et demeurent encore à Béthanie. Etant amis de ma cousine Marie,
il fut décidé que nous nous arrêtions là pour nous reposer une demi-heure avant
de continuer notre chemin. Ce fut devant une demeure simple et humble que Rabbi
Amos m'aida à descendre ; et il y avait un air de propreté et de douce paix
domestique à son sujet qui apparut tout de suite à mon esprit et me fit aimer
l'endroit avant même que j'aie vu les occupants, lesquels sortirent pour
recevoir ma cousine Marie et rentrer avec elle; mais apprenant également mon
arrivée, il sortit une belle jeune fille de vingt deux ans, avec la plus
aimable expression d'une affectueuse bienvenue ; et approchant de moi avec à la
fois respect et amour elle m'embrassa, pendant que Rabbi Amos nous présentait
l'une à l'autre. Je sentis immédiatement comme si j'étais dans les bras d'une
sœur et que je l'aimerai toujours.
Ensuite vint un jeune homme d'environ trente ans,
avec la mine d'une expression extrêmement intéressante, plein d'intelligence et
de bonne volonté. Il était pâle et habituellement pensif, mais une fine lumière
amicale brilla dans ses yeux sombres et beaux au moment où il tendit sa main
pour m'accueillir. Tu as déjà eu une pleine description de lui et de son
caractère dans mes premières lettres et tu n'as donc pas besoin qu'on te dise
qu'il s'agissait de Lazare, le fils de ton ami. Marthe, la sœur aînée, me
rencontra à l'entrée mais avec plus de cérémonie et s'excusa de recevoir dans
une humble demeure la riche héritière d'Alexandrie, ainsi me désigna-t-elle,
mais je l'embrassai si affectueusement que ce sentiment d'en alla
instantanément. Je fus très touchée par cette famille entière. Chacun de ses
membres possédait une attraction d'un genre particulier. Et dans tous les trois
il me semblait avoir trouvé deux sœurs et un frère. Marthe s'occupa tout de
suite à nous préparer des rafraîchissements et posa aussitôt devant nous un
repas frugal mais agréable ; plus que nous n'en désirions car nous insistâmes
tous que nous n'avions besoin de rien, étant donné que nous n'avions pas été
longtemps en selle. En attendant, Marie et Lazare s'assirent chacun à mes côtés
et me posèrent beaucoup de questions sur Alexandrie, et particulièrement si
j'avais déjà vu la tombe de leur père. Et quand je leur dis qu'à la demande de
mon père, j'avais maintenu les fleurs en bon état autour d'elle, ils pressèrent
tous les deux mes mains et me remercièrent avec tellement de reconnaissance que
les larmes dans mes yeux répondirent à leur émotion.
Comment pourrai-je te décrire le charme de la
personne de Marie, et encore la perfection des traits comme de l'âme qui les
anime et leur confère un charme que je ne peux pas adéquatement t'exprimer. Les
yeux sont de cette remarquable couleur, si rarement vue parmi notre peuple, qui
est, quand c'est le cas, d'un ton bleu plus profond et plus riche que ce qui
est trouvé chez les natifs aux yeux azur du nord. Ils sont aussi bleus que les
cieux de Judée et cependant possèdent toute la splendeur, semblable aux
étoiles, et torride des yeux des jeunes filles hébreux. Ses cheveux, qui sont
doux, de couleur brune dorée, sont portés en masses onduleuses autour de son
cou superbement modelé. Son air est serein et confiant et elle si peu habile
qu'elle te laisse lire tous les secrets de son âme pure dans le ciel estival de
ses doux yeux dont j'ai parlé. Il y a une indescriptible considération à son
sujet qui est très touchante et en même temps plaisante.
Marthe, l'aînée, est d'une disposition plus vivante,
cependant plus autoritaire dans son aspect, étant grande et presque royale dans
ses manières. Ses yeux et ses cheveux sont d'un noir intense ; les premiers
sont doux et brillants d'intelligence comme ceux de son frère Lazare à qui elle
ressemble. Elle a une voix charmante et une manière qui te conduit à sentir une
grande confiance dans son amitié. Elle semblait prendre sur elle toute la
direction de notre réception, que la calme Marie lui laissa comme si ce fut un
fait normal, préférant plutôt parler avec moi concernant le pays d'Egypte, où
nos pères furent si longtemps en esclavage et au sujet duquel tous nos jeunes gens
en Judée ont de très mauvaises idées. Marie me demanda si je n'avais pas peur
d'y habiter ; si j'avais déjà vu les tombes des pharaons ; et si les soixante
dix pyramides du Nil furent le travail de nos pères ou si elles avaient résisté
au déluge comme les collines éternelles. Lazare conversa principalement avec
Rabbi Amos, qui le questionna avec beaucoup d'intérêt sur le prophète Jean du
désert à qui, tu te rappelleras que je t'écrivis, Lazare avait rendu visite.
Après notre repas, Marthe me montra trois rubans de
broderie qu'elle était en train de confectionner pour le nouveau voile du
Temple, à installer l'année prochaine ; car les sœurs vivent en faisant de la
couture pour le Temple, et Lazare fait des copies de la Loi et des Psaumes pour
les prêtres. Il me montra sa table de copie et les rouleaux de parchemin qui
étaient dessus, certains partiellement inscrits en beaux caractères, certains
tout à fait complets. Il me montra aussi une copie du Livre d'Esaïe, qu'il
avait finie et qui l'avait occupé pendant cent et sept jours. Elle était
délicatement exécutée. Une autre copie incomplète était jetée à côté et était
destinée à être brûlée, parce qu'il avait une erreur en formant une lettre. Car
si un iota de trop est ajouté, le travail est condamné par les prêtres et
brûlé. Ils sont si stricts qu'il ne doit exister que de parfaites et
impeccables copies de la loi, et rien d'autre.
Marie aussi me montra un tapis superbement brodé que
la femme de Pilate, quand elle avait été dernièrement en Césarée, commanda pour
elle.
"Je ne recevrai pas d'argent pour ça" dit
Marie "mais le lui offrirai car elle a déjà été gentille avec nous et
quand, l'année dernière, elle et le Procurateur Pilate, son seigneur,
arrivèrent de Césarée à Jérusalem, à la période de la Pâque, elle envoya son
propre médecin de famille afin de soigner Lazare qui était tombé malade pour
s'être confiné dans ses tâches. Elle nous connut uniquement en se renseignant
sur la personne qui avait fait la broderie des capes de l'autel, qu'elle avait
vues quelque part et beaucoup admirées avant qu'elles ne soient placées dans le
Temple."
Voyant sur la table une couverture de livre en soie
et velours richement travaillée, portant les initiales "I N" avec une
broderie de feuilles d'olive dessus, je demandai si, étant si élégante, elle
n'était pas pour le Souverain Sacrificateur.
"Non" répondit Marthe, avec des yeux
brillants, parlant avant que sa sœur n'ait répondu "c'est pour notre ami,
et ami et frère de Lazare."
"Quel est son nom?" demandai-je.
"Jésus de Nazareth."
"J'ai entendu Jean parler de cette
personne" dit ma cousine Marie avec animation, et m'appelant elle me
rappela comment Jean avait répété ce que Lazare lui avait dit sur son ami de
Nazareth, au sujet duquel je t'écrivis.
"Je serai contente" ajouta ma cousine
"de le connaître aussi."
"Et me référant à ce que j'ai entendu sur
lui" dis-je "ce serait vraiment un plaisir de le voir."
Les deux sœurs nous écoutèrent avec un intérêt
visible et Marthe dit :
"Si vous aviez été ici il y a quelques jours,
vous l'auriez vu. Il nous a quittés après avoir été avec nous pendant trois
semaines, pour retourner à Nazareth. Mais il a demandé à rencontrer Lazare à
Bethabara dans trois jours pour quelque raison importante. Et mon frère ira car
il l'aime tellement qu'il traverserait les mers pour le rencontrer."
"Alors" dit Rabbi Amos à Lazare "si
tu dois voyager bientôt vers le Jourdain pour rencontrer ton ami, tu ferais
mieux de te joindre à notre groupe et de partager notre escorte." A ceci
Lazare, après consultation de ses sœurs, consentit.
Quelle heureuse famille est-ce, pensai-je. Les sœurs
heureuses dans l'amour de l'une envers l'autre, le frère heureux dans le leur,
tous les trois unis comme un dans la plus pure affection, pendant qu'un
quatrième est ajouté au cercle, dont l'amour pour les trois est égal au leur
pour lui! De rang social humble, pauvres et dépendant du travail de leurs mains
pour leur pain quotidien, cependant leur famille est celle que les rois
devraient envier et que ni l'or ni les perles ne pourraient acheter.
Je quittai cette demeure bénie d'amitié fraternelle
avec regret et sentis que je serais parfaitement heureuse si je pouvais être
admise comme un cinquième maillon dans la couronne de leur amour mutuel. Même
le Centurion romain fut frappé par l'atmosphère de pacifique repos qui y
régnait et m'en parla avec enthousiasme, pendant que nous chevauchions
ailleurs.
Aux environs de midi, nous nous arrêtâmes à un
caravansérail, à mi-chemin entre Jéricho et Béthanie. Là, nous rejoignîmes un
ami de Rabbi Amos, le vénérable, érudit et homme de loi, Gamaliel. Lui aussi,
il le confessa, se rendait au Jourdain pour avoir un entretien avec le
prophète, étant poussé à le rechercher suite à un extraordinaire songe qu'il
eut et qu'il répéta à son ami Rabbi Amos, loin de nos oreilles. Mais l'effet
sur mon oncle excita une bonne part de ma curiosité pour savoir ce que c'était
mais il fut studieusement silencieux sur ce sujet. Accompagnant l'homme de la
loi, il y avait un jeune homme, qui était son disciple et qui allait avec lui
comme un compagnon de route. Son nom est Saul. Et je le remarquai
particulièrement car je surpris le vénérable homme de la loi dire qu'il était
le plus remarquable jeune homme qui se soit jamais assis à ses pieds pour
apprendre les mystères de la Loi. Ce jeune disciple de la Loi et Lazare
chevauchèrent ensemble et parlèrent longuement et sérieusement le long du
chemin, le premier pensant que rien, sinon le mal, ne viendrait de la
prédication du nouveau prophète, pendant que le dernier, chaleureusement, le
défendait ainsi que sa mission comme étant divins. Le Centurion romain suivait
leur conversation avec la plus particulière attention, car Saul était instruit
dans les Prophètes et puisait richement dans ses réserves pour prouver que le
vrai Messie ne pouvait pas être annoncé par un si médiocre messager comme ce
prédicateur de la repentance dans le désert. Saul dressa avec éloquence un
splendide tableau de la venue du Messie et de la splendeur de son règne. Il
ajouta que les anges et des signes célestes, et non un homme sauvage du désert
avec le baptême d'eau, devraient préparer le chemin devant Lui.
A la fin, comme le jour s'achevait, nous vînmes en
vue des murs et tours de Jéricho ; mais nous ne réussîmes à atteindre les
portes qu'après qu'elles aient été fermées. La présence du jeune Centurion les
fit rouvrir immédiatement et nous fûmes admis avec quelques centaines de
personnes qui, ayant atteint la porte après sa fermeture, supplièrent alors et
obtinrent la permission d'entrer en notre compagnie.
Le jour suivant nous continuâmes jusqu'à Guilgal
seuls, la route étant parfaitement sûre et le courtois Romain étant sorti en
hâte, tôt le même jour, pour poursuivre le fameux Barabbas qui avait, la nuit
d'avant, attaqué une caravane à moins de quatre lieues du Jourdain et pris un
grand butin et tué beaucoup de gens.
"Maintenant, je t'écris sous le toit de la
résidence de campagne de Rabbi Amos. Demain tôt" dit un passage que je
recopie de mon journal écrit là "nous irons à Bethabara, un petit village
au-delà du Jourdain mais situé sur ses rives, près duquel nous apprenons que
Jean baptise maintenant. Il n'est plus au gué du Jourdain où le fiancé de ma
cousine Marie, Jean, le trouva et fut baptisé par lui il y a quelques semaines.
Lazare est parti avec Saul et l'érudit Gamaliel, avec plusieurs hommes de la
Loi et docteurs, qui désirent voir et entendre ce prophète du désert."
Réellement, cher père, la venue d'un prophète est un
événement si rare parmi nous que seule l'idée que Jean le Baptiste peut être un
vrai prophète de Dieu, a ému le grand cœur d'Israël et excité la curiosité,
l'espérance et émerveillé au plus haut degré jamais connu dans le pays. Il
semble qu'il n'y ait qu'un sujet et une pensée. Chacun dit à son voisin ;
"as-tu vu ou entendu le nouveau prophète? Est-il le Messie, ou Elie?"
Ma prochaine lettre te donnera un récit, mon cher
père, de ce que j'ai vu à Bethabara et va, peut-être, plus profondément
t'intéresser que tout ce que je t'ai déjà écrit.
Que l'espérance d'Israël ne peut être longtemps
ajournée et que nous pouvons recevoir le Messie, quand Il vient, dans une foi
humble, dans l'honneur et dans l'amour est la prière de
Ton affectueuse fille,
Adina
Lettre 9
Mon cher père,
Dans ces lettres que je t'ai écrites, qui te donnent
un récit de mon voyage avec Rabbi Amos pour le Jourdain, j'espère que tu me
pardonneras les détails qui y sont, car mon désir sincère est que tu puisses
voir chaque chose avec mes yeux comme si tu avais été présent avec moi, afin
que tu puisses, quoique absent, être capable de juger, comme si tu avais été un
témoin oculaire des événements remarquables dont je me suis engagée à te
relater l'histoire complète. Je sais que ton esprit libéral et ton sens
d'équité et de justice te conduiront à lire tout ce que j'ai à t'écrire avant
de prendre la responsabilité de répondre aux faits que je présente, avec amour
filial et révérence à ta considération.
Après que Rabbi Amos eut atteint la maison dans les
champs de blé de Guilgal où il avait l'intention de séjourner pendant les
semaines de la moisson, qu'il eut donné des directives à ses serviteurs, il
nous dit gentiment qu'il était prêt pour nous accompagner, ma cousine Marie et
moi-même, au Jourdain afin d'écouter le prophète. Ce fut avec beaucoup de plaisir,
par conséquent, que ma cousine Marie et moi montâmes sur nos mules, et
avançâmes vers le lieu où nous avions appris que le prophète baptisait. Mais
nous n'avions pas parcouru un long chemin depuis la maison quand nous
rattrapâmes deux hommes à pied, avec des bâtons en mains et des sacs à dos sur
leurs épaules. Au moment où nous passions, l'un d'eux s'inclina avec respect
devant Rabbi Amos qui, par son rang de sacrificateur et par sa vénérable
apparence, mérite l'hommage de tous les hommes.
"Où vas-tu à cette allure, ami Matthieu"
dit Rabbi Amos, répondant à sa salutation, car il semblait le connaître.
"Peux-tu laisser la collecte d'impôts par ces temps chargés pour aller
dans le désert?"
La personne, qui était un homme d'une forte
personnalité, avec des cheveux noirs et une barbe et une expression
d'intelligence, mais dont le costume était simple et mal porté, sourit et
répondit :
"Si un homme voudrait trouver les payeurs de
tribut de nos jours, bon maître, il ne doit pas rester à la maison, en vérité,
mais aller dans le désert du Jourdain où tous les hommes sont allés. En vérité,
ce nouveau prophète vide nos villes et nous, publicains, devons demeurer
désœuvrés sur nos sièges de douane ou aller avec la marée."
"Tes paroles sont proches de la vérité, ami
Matthieu" répondit mon oncle "mais en faisant ce voyage depuis
Jéricho, n'as-tu pas dans ton cœur, d'autre raison que celle de chercher tes
sous romains?"
"Je suis curieux de voir un homme à qui des
multitudes ont recours de la Galilée et de Decapolis, et de Jérusalem, et de
toute la Judée, et de l'autre côté du Jourdain."
"Et penses-tu" continua mon oncle, alors
que les deux hommes marchaient aux côtés de sa mule "penses-tu que ce
prophète est un vrai fils des prophètes?"
"Il ne fait pas de miracle sauf que,
véritablement, la puissance de sa prédication est un miracle" répondit
Matthieu.
"Cet homme est un imposteur. Il ne peut y avoir
un prophète à moins qu'il ne prouve sa mission par des miracles" dit
soudain le compagnon de Matthieu, parlant brusquement, très fort, d'une voix
tranchante et déplaisante. Or ni Marie, ni moi n'apprécions la face de cet
homme pour commencer. Il était petit de taille, mal distingué, et ses vêtements
étaient simples mais il avait un air suspicieux mêlé de respect dérobé pour
Rabbi Amos, qui me fit penser qu'il était un hypocrite. Il sourit, par sa
bouche et ses dents, mais en même temps il parut sinistre par ses yeux. Il me
sembla qu'un air d'humilité fut ajouté pour dissimuler l'orgueil et la
méchanceté de son caractère. Il paraissait comme un homme qui pourrait, avec
ruse, tromper pour arriver à ses fins égoïstes et qui pourrait se prosterner
devant toi pour te détruire. Le son de sa voix confirma la première impression
que j'eus de lui. A ses dires, Rabbi Amos fixa ses yeux sur lui comme s'il
n'avait pas apprécié sa façon d'entrer dans la conversation.
"Quel est le nom de ton compagnon, ami
Matthieu?" demanda-t-il à part au moment où l'autre alla en avant.
"Son nom est Judas, appelé Iscariote. Il a été
engagé par moi pour porter l'argent que je collecte dans les villages. Et comme
nous devons collecter les taxes à Guilgal et à Bethabara, il vient avec
moi."
Nous vînmes alors en vue du Jourdain mais ne pûmes
trouver de foule sur ses rives. Pendant que nous nous posions des questions sur
le fait de ne trouver aucun signe de multitude, nous rencontrâmes un étranger
qui était à cheval et venait de la direction du nord. Et nous voyant dans la
perplexité apparente, il demanda avec courtoisie si nous ne cherchions pas Jean
le prophète. Sur la réponse affirmative de Rabbi Amos, le cavalier nous informa
qu'il avait remonté la rivière, à deux heures de cheval, et était en train de
baptiser près du petit village de Bethabara, sur la rive Est du Jourdain. Et il
ajouta que pas moins de huit mille personnes devaient occuper les rives.
"Connais-tu cet étranger?" demanda Rabbi
Amos à Matthieu, qui le remercia avec reconnaissance pour son renseignement,
regardant après lui alors qu'il s'en allait "je t'ai vu le saluer."
"C'est un officier de la maison de Hérode le
tétrarque" fut la réponse "un Hébreu d'une grande richesse, et il
paye plus de tribut sur ses terres à l'empereur que n'importe quel Israélite
entre Jéricho et Jérusalem."
A la fin, cher père, après avoir hâté l'allure de
nos mules et voyagé agréablement pendant deux heures le long des rives
verdoyantes du Jourdain, nous vînmes en vue d'une tour carrée de pierres,
apparaissant par-dessus les arbres qui marquaient le site du village de
Bethabara. "Cette tour" dit Rabbi Amos "se tient par-dessus la
cave dans laquelle Elie demeura longtemps et dans laquelle Esaïe se cacha une
fois de ses ennemis. Elle est maintenant appelée la 'tour d'Elie'. Du sommet de
la colline, à une certaine distance à gauche, le prophète fut enlevé et monta au
ciel sur le chariot de feu. Et à proximité, là où vous voyez le rocher unique,
Elisée fendit le Jourdain avec le manteau qu'avait laissé tombé le prophète de
Dieu enlevé."
Tous ces endroits, avec beaucoup d'autres que
l'informé Rabbi nous montra, étaient très intéressants pour moi, car rien ne
méritait mon attention comme l'allusion aux scènes des jours anciens des
prophètes et rois d'Israël. Pendant que mes yeux étaient fixés sur la colline
et mon imagination me présentait Elie debout sur le chariot du ciel,
disparaissant au milieu des nuages, il y eut une ouverture dans le bois devant
nous. Soudain, nous vîmes une scène qui fit cesser mon cœur de battre. Elle
était nouvelle et extraordinaire. Près de cet endroit, la rivière sinueuse
formait une large courbe et le village de Bethabara, à l'opposé, se trouvait
dans un creux formant le centre de la moitié d'un cercle. Ce large rivage
incurvé était rendu vivant par les têtes humaines qui le remplissaient. On ne
pouvait pas voir une place inoccupée. Et de cette vaste multitude, chaque œil
était concentré sur le prophète, comme des rangées en arc de cercle de
l'Amphithéâtre à Alexandrie, où tous à la fois, fixent les scènes qui se
déroulent dans l'arène. Il était près du rivage opposé (le Jourdain ici est
très étroit et peut être traversé à gué), dans l'eau, s'adressant à
l'innombrable assemblée qui se tenait à l'opposé et l'encerclait à moitié. Près
de lui, derrière et sur l'autre côté sur la rive, étaient assis ses disciples,
au moins une centaine en nombre, principalement des hommes jeunes. Derrière
s'élevait la tour d'Elie, et plus loin du rivage se trouvait le joli village de
Bethabara, avec ses jardins verts et ses murs blancs comme neige.
La voix claire du jeune prophète du désert tomba
distinctement à nos oreilles, si grand étant le silence de la vaste audience.
Nous ne pouvions pas approcher très près sur nos mules. Descendant de celles-ci
aux approches de la foule, nous les laissâmes avec les deux serviteurs et, à
pied, nous nous approchâmes aussi près que possible de l'endroit où se tenait
le prophète. Beaucoup de gens, voyant et reconnaissant Rabbi Amos, lui firent
un passage avec respect ; si bien qu'à la fin, nous fûmes en face de l'orateur,
avec pleine vue sur lui de sorte que nous pouvions entendre chaque mot. A ma
surprise, je vis Jean, le cousin de Marie, debout près du prophète, écoutant
avec la plus profonde et la plus révérende attention chaque syllabe qu'il
émettait. Le sujet du prophète était, comme avant et comme toujours, la venue
du Messie. Oh, qu'est-ce que je puis te donner, mon cher père, la moindre idée
de la puissance et de l'éloquence de son langage!
"Il n'y a pas de rémission de péché s'il n'y a
pas de sang répandu" continua-t-il, grave. "Le baptême d'eau par
lequel je vous baptise est pour la repentance ; mais avant il doit y avoir de
sang versé pour que le péché soit ôté! Vous me demandez si le sang des taureaux
et des boucs n'ôte pas le péché. Je réponds et vous dis que le Seigneur a dit
qu'Il ne prend pas plaisir dans ces rivières de sang."
"Pourquoi alors, grand prophète" demanda
l'un des principaux Lévites qui se tenait près de lui, "pour quoi alors
sont les sacrifices ordonnés par la loi de Moïse -- pour quoi alors l'autel
dans le Temple et le sacrifice journalier de l'agneau?"
"Pour quoi?" répéta le prophète, avec ses
yeux brillant de l'ardente lumière de l'inspiration "c'est seulement comme
types et ombres du réel et vrai sacrifice choisi par Dieu depuis la fondation
du monde. Pensez-vous qu'un homme peut tuer l'agneau de son troupeau pour le
péché de son âme? Si Dieu demande votre vie, va-t-Il accepter la vie d'une
bête? Non, hommes d'Israël, le jour est venu où vos yeux vont être ouverts.
L'heure est proche où la vraie signification du sacrifice journalier va être
comprise. Voici! Le Messie vient et vous allez voir et croire!"
Il vint vers lui plusieurs personnes qui désiraient
le baptême. Pendant qu'il baptisait ces personnes, hommes et femmes, je vis
apparaître sur la petite butte près de la tour où Rabbi Amos avait dit qu'Elie
fut enlevé, Lazare, le frère de Marthe, accompagné d'un homme d'environ son
âge, d'une indescriptible dignité et grâce d'aspect, mêlé d'un air de
compassion et de paix et qui, tout de suite, m'attira.
"Ca doit être l'ami de Lazare" me dit
Marie ; car elle l'avait découvert au même moment. "Regarde avec quelle
sérénité il fixe la multitude, cependant il est réservé dans ses manières comme
s'il se dérobait à l'œil ordinaire." Il était enveloppé d'un vêtement bleu
sombre qui était replié autour de sa forme. Sa tête était nue et ses cheveux
tombaient sur ses épaules comme un Nazaréen. Il semblait si différent de tous
les autres hommes, dans une certaine majesté unie à la douceur qui marquait
tout son air, que je ne pouvais retirer mon regard de Lui.
Au même moment, le prophète fixa ses yeux sur lui et
quand il le fit, je vis un changement survenir sur sa face comme s'il avait vu
un ange. Ses yeux brillèrent d'une brillance surnaturelle, ses lèvres
s'entrouvrirent comme s'il voulait parler, cependant en avait perdu le pouvoir.
Et alors, avec sa main droite tendue vers le noble étranger, il resta un moment
comme une statue. Tous les yeux suivirent les siens et la direction de son bras
tendu. Soudain, il s'exclama et, oh combien semblable à la trompette d'Horeb,
sa voix retentit :
"Voici!"
Il n'y eut aucune face, dans cette vaste multitude,
qui ne fut tournée vers la petite éminence où Lazare, évidemment étonné de
l'attitude et des paroles du prophète et du regard de tous dans cette
direction, se tenait à côté de son ami.
"Vous avez demandé pourquoi est tué l'agneau
journalier" continua le prophète. "Le jour est venu où l'agneau du
sacrifice, qui ne peut ôter le péché, doit cesser. Voici!" Et à ce moment
là, il étendit ses deux bras vers le digne étranger : "voici celui qui ôte
les transgressions des hommes! C'est lui qui, venant après moi, m'a précédé.
C'est de lui que je rends témoignage comme étant le Messie, le Fils du
Très-Haut! Là se tient le Christ de Dieu! L'unique véritable Agneau dont le
sang peut ôter les iniquités de nous tous! Il a habité parmi vous -- Il a
marché dans vos rues -- Il s'est assis dans vos maisons et je ne Le connaissais
pas jusqu'à maintenant où je vois sur Lui le signe du Messie. Par conséquent,
je sais qu'Il est celui qui va racheter Israël."1
Quand le prophète eut ainsi parlé d'une voix qui fit
tressaillir chaque âme, nous vîmes l'auguste étranger s'avancer vers le
prophète. Il marcha seul, Lazare étant tombé, prostré sur sa face, quand il eut
entendu annoncer que celui avec lequel il avait été ami était le Messie. Alors
qu'Il continuait à avancer, tout n'était que attente dans l'immense multitude.
La masse des têtes se tourna dans cette direction pour avoir une vue de sa face
qui, je pouvais voir, était sereine mais pâle et grave. Jean, le cousin de
Marie, Le voyant approcher, lentement s'agenouilla et courba sa tête dans un
respect révérenciel et dans l'amour. Ceux qui se tenaient entre Lui et le
prophète se mirent involontairement de côté et laissèrent un passage ouvert
pour Lui jusqu'à côté de l'eau. Il marcha à pas lents et réguliers, avec un air
d'humilité, voilant la dignité native de son allure royale.
Le prophète, en Le voyant s'approcher, Le regarda,
me sembla-t-il, avec beaucoup de respect mêlé de crainte que tous les autres.
"Que veux-tu de ton serviteur, o Messie,
prophète de Dieu, puissant pour sauver?" dit-il d'une voix tremblante au
moment où l'étranger vint vers lui, faisant même quelques pas dans l'eau.
"Etre baptisé par toi" répondit le Christ
d'une voix paisible qui fut entendue jusqu'aux hommes les plus éloignés de la
foule. Jamais, oh jamais je n'oublierai le son de sa voix, au moment où elle
tomba dans mes oreilles!
"J'ai besoin d'être baptisé par Toi et Tu viens
à moi"2 répondit le prophète avec humilité et respect et avec un regard
exprimant son étonnement.
"Il nous est convenable d'accomplir toute
justice"3 répondit doucement le Messie.
Et quand Il eut dit ceci, le prophète, quoique d'une
manière hésitante et avec la plus sainte révérence, Lui administra, en présence
de tout le peuple, le même baptême qu'il avait donné à ses disciples.
Et maintenant, mon cher père, vient le moment de
relater la plus extraordinaire chose qui se soit jamais produite en Israël
depuis la Loi donnée de Sinaï et qui, ça doit être clair à toi, constitue un
incontestable témoignage ; que Jésus de Nazareth, le noble étranger baptisé
dans le Jourdain et à qui Jean rendit témoignage, est vraiment le Messie, le
Fils de Dieu.
L'étranger baptisé était aussitôt sorti de l'eau que
fut entendu au dessus de toutes nos têtes un bruit comme celui d'un tonnerre
grondant, malgré que le ciel fut sans nuages. Et quand, dans une grande
crainte, nous regardâmes en haut, nous vîmes une gloire éblouissante de loin
plus brillante que le soleil ; et du milieu de cette splendeur céleste
s'élança, avec la vélocité d'une flèche, un rayon de lumière qui descendit et
illumina la tête du Christ. Certaines personnes dirent qu'il tonna! Et d'autres
qu'il éclaira! Mais, juge de l'étonnement et de l'admiration de tous, et de la
terreur qui secoua chaque âme quand, au milieu de la gloire au dessus de Sa
tête, fut vue la forme d'une colombe de feu, avec des ailes déployées comme si
elle Le recouvrait de son ombre ; et des cieux, ce qui était supposé être le
tonnerre se forma en une voix qui émit ces paroles entendues par chaque oreille
:
"CELUI-CI EST MON FILS BIEN EN QUI JE ME PLAIS
BEAUCOUP."4
A l'écoute de ces paroles venant des cieux, une
grande partie de la foule tomba sur sa face. Chaque joue était pâle et chaque
personne regardait son voisin dans l'étonnement et la crainte. Quand la
majestueuse, cependant terrible voix eut émis ces paroles, la lumière disparut,
la colombe remonta vers les cieux et fut perdue de vue, laissant un halo de
gloire divine reposer sur la tête de ce "Fils de Dieu". Lui seul
semblait calme au milieu de cette terrible scène. Et, remontant le bord de la
rivière, Il disparut mystérieusement et soudainement de mon regard attentif. A
la fin, quand les hommes revinrent un peu à eux-mêmes et voulurent regarder
Celui que tous connurent alors être le Christ, personne ne put Le trouver. Il
s'était, en effet, soustrait à leur hommage.
Ton affectueuse fille,
Adina.
Lettre 10
Mon cher père,
Je vais commencer cette lettre par te demander
l'examen impartial de ma précédente épître et te supplier de ne pas laisser un
quelconque préjudice, indigne de la sagesse et la libéralité par lesquelles tu
es distingué parmi les hommes, te conduire à rejeter, sans examen, la croyance
des événements qui ont constitué le sujet de mes récentes lettres à ta
destination et à fermer ton esprit aux convictions qu'ils peuvent susciter.
Qu'il te plaise mon honoré et bien-aimé père, qu'il te plaise de considérer
impartialement les choses au sujet desquelles j'ai écrit ; la prédication de
Jean et son baptême à Jésus que, devant dix mille personnes, il déclara être le
Messie, à qui il rendit témoignage et comment la voix de Dieu, aussi audible à
toutes les oreilles que celle qui secoua Horeb et Sinaï, proclama du ciel qu'Il
était "Son Fils bien-aimé" pense à tout ceci et demande-toi
sérieusement "n'est-ce pas le Christ?"
Cette question ne nécessite pas d'aller loin pour
trouver une réponse de mes lèvres et de mon cœur : "oui, Il est le Christ
et je vais croire en Lui!"
Je peux voir ta face, mon cher père, changer son
expression de douce affabilité alors que tu lis cette confession de ma plume.
Je peux te voir paraître à la fois mécontent et peiné. Mais tu n'as pas de
raison de craindre que je fasse ou croie quelque chose qui va apporter la honte
sur tes cheveux gris ou sur ton nom. Si tu es un Juif, et fier de descendre de
la lignée des Patriarches qui marchèrent avec le Seigneur, je suis aussi fière
de ma nation et de ma foi. En croyant que Jésus de Nazareth est le Messie de
Dieu, je ne fais pas de moi moins qu'une juive ; mais en ne le croyant pas, mon
cher père, je ne pourrais pas être complètement une juive. Le Messie de notre
nation n'a-t-Il pas été le fardeau des prières de Juda et de l'espérance
d'Israël pendant longtemps? La croyance selon laquelle le Messie vient ne
constitue-t-elle pas l'une de grandes caractéristiques de la race juive? Si
non, et si nous seulement Le cherchons et chaque mère en Israël espère en
tremblant, avec joie et doute, qu'Il peut être trouvé dans son premier né ,
est-ce que je suis moins qu'une juive, ou plutôt suis-je seulement une
véritable juive, quand je crois que Jésus est le Messie, voyant en Lui tout ce
qu'un Messie pourrait apporter, même la voix de Dieu en témoignage de Sa
mission? Mais sincèrement je crois, mon cher père, que je défends ma croyance
inutilement et que, quand tu viendras à lire et comparer, et bien examiner, tu
te réjouiras avec moi du fait que Dieu se soit souvenu d'Israël et soit sur le
point d'ôter sa réprobation parmi les nations.
J'attendrai ton prochain paquet des lettres avec la
plus profonde sollicitude afin que je puisse savoir quelle est ta décision à
l'égard des choses extraordinaires qui viennent de se dérouler. Tu ne les
apprendras pas seulement par mes lettres, cher père, car le récit de ces
merveilles est répandu partout dans le pays et les hommes qui ont vu le baptême
de Jésus vont, sans doute, raconter en Egypte ce qui s'est passé. Spécialement
la voix de Dieu grondant comme un tonnerre clair le long du ciel sans nuage et
la descente de la colombe de feu sur la tête du nouveau Prophète. Des marchands
de Damas et du Caire étaient présents, ayant laissé leurs cortèges de chameaux
un peu de côté et un cavalier arabe assis sur leurs selles en dehors de la
foule, pendant que des soldats romains, des étrangers venus de Perse et d'Edom
et mêmes des marchands venus de Médie, avec d'innombrables personnes, gentils
comme juifs, étaient vus mélangés dans la multitude. Cette chose, par
conséquent, ne fut pas faite dans un coin. La voix, je l'entendis clairement et
compris chaque mot! Elle me sembla venir des lointaines profondeurs du ciel, à
une distance qu'on ne peut mesurer, mais avec la clarté d'une trompette et la
majesté sonore du tonnerre. Mais la lumière qui descendit fut la plus
éblouissante que les yeux humains n'aient jamais rencontrée. Et quoique en
descendant avec la vitesse de l'éclair, elle ressemblait à une lance de feu,
cependant en atteignant la tête sacrée de Jésus, au moment où ce dernier
sortait de l'eau, elle prit, comme je l'ai déclaré avant, la forme d'une
colombe. Et se posant sur Lui, elle Le couvrit d'ombre avec ses ailes de
lumière et projeta par-dessus toute Sa personne une splendeur brillante,
semblable au soleil. Ceci dura une minute entière, si bien que tous les yeux la
virent et tous suivirent ensuite la voix venant des cieux! L'éclat de la
lumière venant de la colombe céleste était tellement resplendissante que je ne
pus la voir. Et quand je regardai de nouveau, elle avait disparu ; mais un
nuage d'un éclat doux brillait encore autour de la tête de Jésus et sa face,
comme celle de Moïse, émettait des rayons de gloire. Pendant que des milliers
étaient soit debout stupéfaits, soit tombés sur leur face dans l'adoration et
la crainte, Il se retira de la multitude et personne ne sut comment, sauf deux
hommes dont les yeux ne Le quittèrent jamais. Il s'agit du cousin de Marie,
Jean, et de Lazare, le frère de Marie et de Marthe.
Le peuple, après être un peu revenu de son
étonnement et de sa crainte, Le chercha et se demanda où Il était allé,
certains fixant l'eau, certains regardant vers le désert, certains même
regardant en haut dans le ciel -- j'étais de ce dernier groupe -- comme s'ils
s'attendaient à Le voir s'élevant sur un chariot de nuages brillants vers le
trône de Son Dieu et Père, qui L'avait annoncé comme étant Son Fils.
L'impression générale fut qu'Il avait été transporté au ciel ; et certains
pleuraient du fait qu'un prophète fut envoyé pour être pris aussitôt ; pendant
que d'autres se réjouissaient du fait que le Seigneur n'avait pas oublié d'être
gracieux envers Israël. Certains doutèrent et l'appelèrent de la magie et de la
sorcellerie ; et d'autres, qui étaient sans doute remplis de leur propre
méchanceté, se moquèrent et dirent que la voix fut un tonnerre et la lumière,
l'éclair. Mais ici, ils furent contestés car, dirent des centaines, "il
n'y a aucun nuage dans le ciel, alors d'où pouvait venir le tonnerre et
l'éclair?"
Mais la majorité crut et se réjouit beaucoup de ce
qu'ils avaient vu et entendu. Le prophète Jean du Jourdain m'apparut être plus
surpris que tous les autres par ce qui s'était passé. Il cherchait constamment
Jésus de tous côtés. Et ensuite, avec ses mains croisées et levées, il fixa le
ciel comme s'il fut satisfait, avec des milliers autour de lui, qu'Il ait été
reçu au ciel.
L'excitation que la soudaine disparition de Jésus
avait produite, conduisit à une séparation générale de la foule qui se dispersa
dans toutes les directions, certains pour Le chercher, certains pour répandre
les nouvelles de ce qu'ils avaient vu et tous oubliant Jean le Baptiste, qu'ils
avaient suivi jusqu'ici, dans la plus grande splendeur du nouveau prophète,
dont la venue avait été si remarquablement accompagnée par la descente du feu
et une voix venant du ciel.
Rabbi Amos et notre groupe restèrent debout près de
l'eau car il ne souhaitait pas que nous nous perdions dans la foule qui se
retirait. Il désirait également parler avec Jean qui se tenait seul au milieu
de l'eau, précisément là où il avait baptisé Jésus. Aucun de ses disciples ne
resta avec lui. Rabbi Amos s'approcha et lui dit :
"Saint prophète, connais-tu quel homme, s'il
peut être appelé homme, venait d'être baptisé par toi?"
Le prophète, dont les yeux avaient été constamment
levés pendant tout ce temps, baissa son regard avec une tendresse déchirante
sur Rabbi Amos et dit de façon plaintive et touchante :
"C'est Celui dont je parlais -- après moi vient
un homme qui m'a précédé, car Il était avant moi. Et je ne Le connaissais pas ;
mais Celui qui m'a envoyé baptiser d'eau, Celui-là m'a dit ; Celui sur qui tu
verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est Celui qui baptise du Saint Esprit.
Et j'ai vu l'Esprit descendre comme une colombe, et j'ai vu et j'ai rendu
témoignage qu'Il est le Fils de Dieu."1
"Et où, oh saint prophète du Jourdain"
demanda Rabbi Amos avec un intérêt profond et sacré "où est-il
parti?"
"Cela, je ne sais pas! Il doit croître et je
dois diminuer, qu'Il demeure sur terre ou qu'Il ait été pris au ciel. Ma
mission arrive maintenant à sa fin car Celui à qui j'ai rendu témoignage est
venu."
"Et,est-Il venu pour partir aussitôt pour
toujours?" demandai-je avec un intérêt profond "ne Le verrons-nous
plus?"
"Les choses cachées sont à Dieu. Je ne sais pas
d'où Il est venu et où Il est allé! Car je ne Le connaissais pas dans toute Sa
gloire, mais seulement comme prophète et fils de l'homme jusqu'à ce que
l'Esprit descende et demeure sur Lui. Vous avez entendu mon témoignage que
c'est le vrai Messie, le Christ, le Fils de Dieu!"
Ayant ainsi parlé, il se retourna et sortit de l'eau
sur le côté qui est vers Bethabara et disparut parmi les arbres qui bordaient
la rive. Je regardai immédiatement dans la face de Rabbi Amos, sur les bras
duquel Marie était appuyée, en larmes, encore sous l'influence de la terreur
que les scènes, dont elle avait été témoin, avaient produite dans son âme. Sa
face était grave et pensive.
Je dis "oncle, crois-tu tout ce que tu as vu et
entendu?"
"Je ne sais quoi dire" répondit-il
"seulement, les choses que j'ai vues aujourd'hui sont l'évidence que Dieu
n'a pas oublié Son peuple d'Israël! Il ne dit rien de plus.
Nous quittâmes les rives du Jourdain dans le silence
et le regret. Et, remontant sur nos mules, que les deux esclaves gibeonites
tenaient pour nous, attendant sous un palmier non loin de là, nous retournâmes
à la maison de mon oncle à Guilgal. Sur le chemin nous dépassions constamment
des groupes de gens, chevauchant ou marchant ; et tous étaient dans une intense
conversation au sujet d'extraordinaires événements qui s'étaient produits à la
rivière. L'impression générale semblait être que Jésus était monté au ciel
après avoir été baptisé.
Mais mon cher père, c'est avec une profonde joie que
je suis en mesure de te dire que cette merveilleuse personne est encore sur la
terre et que, sans doute, il lui est permis d'y rester pour un but important.
J'ai déclaré que mon cousin Jean et Lazare, le secrétaire des scribes, avaient
gardé leurs yeux sur Lui depuis le début et qu'ils L'avaient vu descendre la
rivière, où certains arbres en surplomb Le cachèrent de la vue. Quoique ils Le
perdirent souvent de vue, ils Le suivirent cependant par les empreintes de ses
sandales dans le sable humide du rivage et, à la fin, apparurent devant Lui, au
moment où Il quittait le bord de la rivière et se dirigeait vers le désert,
entre deux petites collines qui Le cachèrent d'eux. Mais l'un de jeunes hommes
dit à l'autre, pendant que les deux brûlaient d'émerveillement et d'amour :
"Ne manquons pas de Le rejoindre et de Le
suivre partout où Il ira ; car avec Lui doit être la source de la vie étant
donné qu'Il est le plus approuvé de Dieu.
Alors ils allèrent ; mais quoique ils se déplaçaient
vite, ils Le virent ensuite à une grande distance, traversant la plaine aride
qui s'étend au sud vers Jéricho et le désert. Ils coururent très vite et, à la
fin, étant proches de Lui, ils appelèrent :
"Maître, bon Maître, reste pour nous car nous
voudrions Te suivre et apprendre de Toi!"
Il s'arrêta et tourna vers eux un visage si pâle et
si marqué par la tristesse et l'angoisse qu'ils se tinrent silencieux et Le
fixèrent, étonnés de voir un tel changement. La gloire de Sa beauté était
partie et la rayonnante splendeur qui brillait de Sa face était entièrement
partie. L'expression d'un inexprimable chagrin qui restait, les perça au plus
profond d'eux. Lazare, qui avait été si longtemps son ami intime, pleura tout
haut.
"Ne pleurez pas! Vous me verrez un autre jour
mes amis" dit-Il "je vais maintenant au désert, en obéissance à
l'Esprit qui me guide. Après un temps, vous me verrez de nouveau. Il est
avantageux pour vous que j'aille où je vais."
"Non, mais nous irons avec toi" dit Lazare
sérieusement "si tu dois endurer le mal, nous serons avec toi."
"Il ne doit y avoir personne pour aider. Il ne
doit y avoir personne pour soutenir." dit-Il fermement mais avec
tristesse. "Je dois fouler seul la cuve de la tentation."
Ensuite, Il les quitta, agitant Sa main pour leur
dire de rentrer. Ils obéirent avec chagrin, se demandant ce que Ses paroles
signifiaient et pourquoi il était nécessaire pour Lui d'aller dans le désert,
où certaines mystérieuses épreuves semblaient L'attendre. Et ils s'étonnèrent
surtout du changement de Sa face laquelle, de l'état de rayonnement par une
lumière céleste, fut alors, dit Lazare, "défigurée plus que celle des fils
des hommes."2
De temps en temps, les deux jeunes hommes
regardaient en arrière pour voir la figure de plus en plus lointaine du Christ,
jusqu'au point où ils ne purent plus la distinguer suite à la distance du désert,
vers la solitude duquel Il garda constamment Sa face.
La même nuit, les deux amis vinrent à la maison de
Rabbi Amos à Guilgal et là, Lazare nous fit connaître ce que je viens de
relater. Cela nous affecta tous profondément et nous nous assîmes tard la nuit
sur la véranda sous les figuiers, à parler de Jésus et des choses Le concernant
qui s'étaient produites ce jour. Quoique nous nous réjouissions beaucoup qu'Il
fut encore sur terre, nous pleurions à la pensée qu'Il fut conduit par un
certain destin inconnu et insondable par nous, à demeurer seul dans le désert.
Alors, mon cher père, combien merveilleux est tout
ceci! Qu'un grand prophète est parmi nous ne peut être nié. L'étoile de la
renommée de Jean le Baptiste se réduit à un ver luisant devant la gloire de ce
Fils de Dieu. Qu'Il attirera à Lui tous les hommes, même au désert, s'Il
installe Sa demeure là-bas, ne peut être mis en doute. Mais tout jusqu'ici est
mystère, respect mêlé de crainte, curiosité, étonnement et excitation. Personne
n'a émis une quelconque opinion de ce que va être la fin de ces choses. Rabbi
Amos avise chaque personne d'attendre patiemment l'issue, car si Dieu a envoyé
un Prophète, Il doit avoir une mission qu'Il viendra du désert exécuter au
temps convenable.
Dans ma prochaine lettre je pourrais t'écrire
davantage concernant le développement de ce qui demeure tellement enveloppé
dans un mystère. Puisse le Dieu de la maison de nos pères venir réellement des
cieux pour le salut de Son peuple.
Ta dévouée et affectueuse,
Adina.
Lettre 11
Mon cher père,
Dans ma dernière lettre pour toi, j'ai parlé de
notre retour du Jourdain pour Guilgal à la maison de campagne dans les champs
de blé de Peniel, où Rabbi Amos séjourne pendant les deux semaines de la
moisson. A la maison étaient assemblés, non seulement Jean, le cousin de Marie,
et le noble Lazare, mais aussi Gamaliel et Saul, son disciple, dont j'ai parlé
auparavant, tous ceux qui étaient invités pour partager l'hospitalité de mon
oncle pour la nuit. En outre, la cour de la demeure était remplie d'étrangers
et de gens ordinaires qui, étant loin de leurs maisons et sans nourriture,
avaient été librement invités à se loger et se nourrir par l'hospitalier
prêtre.
Alors que nous étions restés tard, conversant avec
un profond intérêt sur les remarquables événements du jour, une observation
faite par Jean quand, parlant du changement dans la face de Jésus, il dit
"son visage était défiguré plus que celui des fils des hommes"1
conduisit le vénérable Gamaliel à nous dire :
"Ce sont les paroles du prophète Esaïe et elles
sont dites véritablement par lui à propos du Messie quand Il viendra."
"Consultons alors Esaïe et voyons ce qu'il
avait dit davantage" s'écria Rabbi Amos "Marie, apporte ici le
rouleau des prophètes."
Ma cousine Marie revint et plaça le livre sur un
petit support devant lui car, comme je l'ai dit dans ma dernière lettre, nous
étions tous assis sur la véranda où la brise du soir était fraîche. Une lampe
étant ensuite apportée, je la tins par-dessus les rouleaux de parchemin,
pendant que mon oncle trouvait la portion du prophète à qui appartiennent ces
paroles.
"Lis à haute voix, digne Rabbi" dit le
philosophe Gamaliel "nous allons tous écouter car quoique je ne croie pas
que ce jeune homme qui fut baptisé aujourd'hui soit le Messie et le Christ qui
va nous restaurer toutes choses, je me suis cependant préparé pour le révérer
comme un grand prophète."
"Et" répondit Rabbi Amos "si nous
trouvons des prophéties sur lui qui concernent le Messie quand il vient, vas-tu
croire, vénérable père?"
"Je vais croire et, avec révérence,
adorer" répondit le sage, inclinant sa tête jusqu'à ce que sa barbe
blanche pendante touche presque ses genoux.
"Lis Adina, car tes yeux sont jeunes" dit
mon oncle. Et obéissant, quoique embarrassée devant une telle audience, je lis
ce qui suit :
"Voici mon serviteur agira sagement ; Il sera
exalté et élevé, et placé très haut. Comme beaucoup ont été stupéfaits en te
voyant, tant ton visage était défait plus que celui d'aucun homme, et sa forme,
plus que celle des fils des hommes."2
"Combien parfaitement" dit Jean "ces
paroles décrivent son apparence au bord du désert ; et cependant, je les ai
utilisées inconsciemment."
"Mais" dit Saul, le disciple de Gamaliel,
"si ceci est prophétisé du Christ, alors nous devons avoir un Christ
d'humiliation et non d'honneur et de gloire. Lis une partie que tu as omise,
jeune fille, et nous verrons qu'il y a des paroles qui indiquent une condition
plus élevée que celle de cette personne inconnue, que Jean le Baptiste lui-même
confessa ne pas avoir connu ni vu auparavant."
Je lis ce qui suit : "voici mon serviteur agira
sagement ; Il sera exalté et élevé, et placé très haut, Il purifiera plusieurs
nations ; les rois fermeront leur bouche devant Lui. Il élèvera sa main sur les
gentils et élèvera son étendard sur le peuple. Les rois se prosterneront face
contre terre devant Lui et lécheront la poussière de ses pieds!"3
"Voilà! Tel est notre Messie." S'exclama
Saul.
"Oui, c'est un Christ de puissance et
d'autorité qui doit racheter Israël" ajouta Gamaliel ; "pas un jeune
homme inconnu, d'à peine trente ans, qui vint d'où personne ne connaît et qui
est parti comme il est venu. Quant au Christ, nous saurons d'où Il vient!"
En entendant ce grand et aimable homme parler ainsi,
cher père, mon cœur fut abattu au-dedans de moi ; car je ne pouvais pas ne pas
confesser que ces prophéties d'honneur et de puissance ne pouvaient s'appliquer
à l'humble personne que Jean avait baptisée. Car Lazare nous avait déjà dit que
son ami Jésus était de naissance humble, un fils de charpentier et sa mère une
veuve ; qu'il l'avait connu depuis son enfance, mais connu uniquement pour
l'aimer. Je regardai immédiatement vers lui, mais je repris courage quand je
vis que les paroles de Gamaliel n'avaient pas faibli la lumière de sa foi et sa
confiance, lumière qui étincela vivement dans ses yeux, que son ami Jésus était
vraiment le Messie de Dieu. Mais mes yeux tombèrent sur ce qui suivait et au
moment où je le lis, j'eus plus confiance : "Il n'avait ni forme, ni éclat
; et quand nous Le verrons il n'y a aucune beauté qui nous Le fasse
désirer."4
"Si la première partie de cette prophétie"
dit Lazare, ses beaux yeux brillant alors qu'il regardait Saul "concerne
le Christ comme tu viens de le confesser maintenant, alors cette dernière Le
concerne ; et le fait que tu rejettes n'est que l'accomplissement de cette
partie de la prophétie."
Sur ce, une vive discussion s'éleva entre d'un côté
Gamaliel et Saul et de l'autre Rabbi Amos, Jean et Lazare, les premiers
soutenant que les prophéties se référaient à deux Christs distincts, l'un
humble et un homme de souffrance, et l'autre honorable et conquérant ; pendant
que les derniers maintenaient que les prédictions apparemment opposées ne se
référaient qu'à un Christ à deux périodes et circonstances de Sa vie.
"Mais que ceci soit comme il se doit" dit
Jean après que les arguments de deux côtés aient été, pour la plupart, épuisés.
"Comment expliqueras-tu, o Gamaliel, et toi Saul, l'extraordinaire voix et
l'apparition de feu qui ont distingué le baptême?"
"Cela doit avoir été un phénomène de la nature
ou fait par l'art des célèbres sorciers babyloniens, que j'ai remarqués dans la
multitude" répondit le philosophe.
"As-tu entendu les paroles?" demanda Rabbi
Amos.
"Oui Rabbi ; néanmoins, elles peuvent avoir été
lancées dans l'air à partir des poumons de ces sorciers ; car ils font des
choses étonnantes."
"Voudrais-tu supposer qu'un sorcier serait
disposé à appliquer les paroles sacrées du Seigneur?" demanda Jean sérieusement.
"En aucune manière" répondit-il avec
révérence.
"Si Rabbi Amos veut me le permettre, je vous
montrerai les paroles mêmes dans les prophéties du Roi David sur le
Messie."
Tous regardèrent Jean avec intérêt, au moment où il
prit de son manteau un rouleau de Psaumes. Il l'ouvrit et lit ce qui suit,
regardant Gamaliel :
"Pourquoi les dirigeants prennent-ils conseil
ensemble contre l'Eternel et contre son Oint? Je publierai le décret ;
l'Eternel m'a dit : tu es mon fils."5
Ayant entendu cette lecture, Gamaliel fut pensif.
Rabbi Amos dit : "en vérité, nous Juifs croyons que ces paroles furent
dites à propos de notre Christ par le Seigneur Jéhovah. N'avons-nous pas
entendu cette prophétie s'accomplir aujourd'hui même dans nos oreilles?"
"C'est extraordinaire" répondit Gamaliel
"je sonderai les Ecritures quand je regagnerai Jérusalem pour voir si ces
choses sont ainsi."
"Et la lumière en forme d'une colombe,
trouves-tu une explication à cela?" demanda Rabbi Amos.
"Non" répondit-il "et je refuserai toute
autre opinion pour le moment."
"Il te convient, o Gamaliel" dit Rabbi
Amos "toi qui es un père et docteur en Israël, de connaître si ces choses
sont ainsi afin que tu puisses enseigner tes disciples."
"Mais" dit Saul avec une certaine
véhémence "écoutez pendant que je lis certaines prophéties." Et il
déroula le livre des Prophètes et lit ces paroles : "Et toi, Bethlehem
Ephrata, quoique petite parmi les milliers de Juda, cependant de toi sortira
pour moi celui qui sera le Souverain en Israël, dont l'origine a été aux temps
anciens, à l'éternité."6
"Maintenant, tu confesseras, Rabbi Amos"
ajouta-t-il avec un regard de triomphe, "que cette parole se réfère à
notre Messie attendu."
"Sans doute" répondit mon oncle
"mais"
"Attends, je te supplie, savant Rabbi "
dit Saul, "jusqu' à ce que je t'aie lu une autre prophétie" et il
lit, "'j'ai fait alliance avec David, j'établirai ta postérité pour
toujours et j'édifierai ton trône à toutes les générations. Sa postérité durera
pour toujours et son trône comme le soleil devant moi. Voici les jours
viennent, dit l'Eternel, où je susciterai à David un germe juste.'7 Maintenant
vous admettrez tous, frères, que ces prophéties se réfèrent au Messie. Il doit
par conséquent venir de la lignée de David et doit naître à Bethlehem.
Montrez-moi que ce Jésus, le Nazaréen, accomplit ces deux conditions dans sa
personne, et je me préparerai à croire en lui."
Ceci fut dit avec arrogance et l'air de quelqu'un à
qui on ne peut répondre. Mais Lazare se leva immédiatement et dit :
"quoique je ne me souvienne pas de cette prophétie, que Christ devait
naître à Bethlehem, je suis cependant ravi de voir que le fait en question,
Jésus l'accomplit. Il est né à Bethlehem de Juda. Ceci je l'ai su il y a
quelques années ; et -- "
Ici , pendant que mon cœur jubilait, Gamaliel dit
sévèrement "je pensais que cet homme était né à Nazareth."
"Il a vécu" répondit Lazare "à
Nazareth depuis son enfance seulement. Durant les jours où César Auguste publia
un décret que tout le monde devrait être recensé, sa mère et Joseph, son mari,
allèrent à la cité de David, qui est Bethlehem, pour être recensés. Et là,
Jésus est né, comme je l'ai souvent entendu de ses lèvres. Mais c'est sur les
registres dans le bureau même du Temple et on peut s'y référer."
"Admettant alors qu'il soit né à
Bethlehem" dit Saul qui, par son instruction à l'école, paraissait
beaucoup adonné à la discussion "tu dois prouver son appartenance à la
lignée de David."
"Pourquoi ses parents allèrent-ils à Bethlehem,
la cité de David, sinon qu'ils étaient de la lignée royale?" demanda Rabbi
Amos ; "car personne ne se rendit dans une autre cité pour être recensé
que celle de sa propre famille. Le fait qu'ils allèrent là est la solide
évidence qu'ils étaient de la maison de David."
"Tout celui qui est né dans la cité de
David" remarqua Gamaliel "n'est pas nécessairement de la maison de
David ; mais c'est surprenant si ce Jésus est réellement né à Bethlehem."
"Mais sa lignée ne peut-elle pas être vérifiée
sans un seul doute dans les registres des tribus et de leurs familles,
conservés par le commandement de la Loi du Temple?" demandai-je à mon
oncle.
"Sans doute. Ces registres des générations de
notre peuple sont à compter dessus." Répondit-il.
"En fait" dit Gamaliel "ils sont
conservés avec la plus grande précision et c'est aussi ordonné par Dieu, pour
la raison même que quand le Messie vient, nous puissions connaître si celui qui
revendique l'être est de la maison de David ou non. J'examinerai le livre des
générations et verrai si sa mère et son père viennent de la souche et de la
semence de David."
"Et si tu trouves qu'ils le sont" demanda
Jean avec émotion "peux-tu douter davantage que Jésus est le Christ? Le
fait de sa naissance à Bethlehem et de son appartenance à la lignée de David, pour
ne pas parler du témoignage de la propre voix audible de Dieu, entendue par nos
oreilles aujourd'hui, ces faits ne vous conduiront-ils pas à croire qu'il est
le Christ?"
"Ils m'empêcheront réellement de le
rejeter" répondit le froid philosophe. "Mais tous les enfants né à
Bethlehem, et de la maison de David, et il y en a beaucoup en Juda qui
remplissent les conditions de ces deux prophéties ; ils ne sont pas par
conséquent des messies!"
"Que peux-tu demander de plus?" demanda
Marie avec émotion car elle croyait fermement aussi bien que moi que Jésus
était le Christ, et était profondément peinée par tant de doute et par une
telle subtilité d'objection de la part de ceux qui étaient si bien instruits
dans les Prophètes. Mais les hommes raisonnent et raisonnent pendant que les
femmes croient simplement.
"Miracles" répondit le disciple de
Gamaliel en jetant un coup d'œil sur la face de son maître pour l'approbation.
"Oui, miracles" répondit également le
sage. "Le Messie doit guérir le malade par une parole, restaurer la vue de
l'aveugle, chasser les démons et ressusciter même le mort." Et ici, il
souhaita que Saul lise la prophétie particulière donnant au Christ le pouvoir
d'opérer des miracles.
"S'il restaure l'aveugle et ressuscite le mort,
je ne douterai plus." Répondit Saul.
A ce moment, il y eut une interruption causée par
une bruyante altercation dans la cour parmi quelques disciples de Jean le
Baptiste ; certains étaient disposés à reconnaître pleinement la supériorité de
Jésus, pendant que d'autres, se laissant encore aller à la pleine faveur de
leur première conversion, soutenaient bravement la transcendente grandeur de
celui qu'ils considéraient comme leur propre prophète. Rabbi Amos, en sa
qualité d'hôte, sortit pour mettre fin à ces disputes, pendant que Gamaliel se
retirait dans sa chambre. Et la conversation ne fut pas renouvelée.
Ainsi tu vois, mon cher père, que le jour même de
ces merveilleux événements, parmi les témoins oculaires eux-mêmes, il y a
beaucoup de différence d'opinion concernant ce que Jésus est. Par conséquent,
je ne m'attends pas à ce que toi, qui est éloigné de la scène et qui ne les
connaît que par le récit, tu croies tout de suite, comme je l'ai fait. Veux-tu
m'écrire et me dire quel point de vue tu prends de tout ce sujet et qu'est-ce
qui peut être tiré des Ecritures pour prouver que dans cette merveilleuse
personne le Messie n'est pas venu?
Le matin suivant, très tôt, les gens quittèrent la
cour où ils furent logés et environ une heure après que le soleil fut levé, nous
prîmes aussi nos selles et chevauchâmes vers Jéricho où nous passâmes le jour
avec Miriam, la fille de Joël, qui fut cousin à ma mère.
Lazare est retourné à Béthanie où son occupation
demande sa présence. Mais Jean, le fils d'Eliasaph, est resté avec nous,
s'étant entendu avec Lazare qu'il irait de nouveau seul dans le désert et
n'arrêterait ses recherches pour le Divin Prophète, Jésus, que quand il
L'aurait trouvé. Car les deux jeunes hommes paraissent tristes comme s'ils
avaient perdu un bien-aimé et honoré frère.
Ta fille Adina
Lettre 12
Mon cher père,
Comment puis-je te remercier pour ta patience envers
moi et pour tes gentilles réponses à toutes mes lettres, remplies comme elles
sont de questions et opinions qui doivent te surprendre et peut-être te
déplaire. Tu dis que tu as lu tout ce que j’ai écrit, avec impartialité et que
tu n’es pas étonné que “celle que tu as le plaisir de dire si imaginative et
pleine de sensibilité comme moi-même, soit affectée par ce qui s’est passé sous
mon observation en Judée.” Néanmoins, tu refuses de ta part, mon cher père,
d’écouter, avec la moindre approche vers la croyance, l’extraordinaire récit
que je t’ai donné. Tu te contentes de douter de la réalité de la voix du
Jourdain, et de la présence de la colombe de feu, et de les attribuer, comme
beaucoup d’autres qui en ont été réellement témoins, à une illusion des sens.
Tu es disposé à admettre que Jésus peut être né à Bethlélem car beaucoup que tu
connais “qui ne sont ni prophètes, ni fils de prophètes, sont nés là.” Tu es
prêt à admettre que il “peut être de la lignée de David, car les descendants de
David sont aussi nombreux qu’ils sont pauvres et obscures, cependant ils ne
sont pas des Messies ni ne prétendent êtres des Christs.” Tu as des doutes sur
la précision de la mémoire de la mère de Lazare, à propos de la scène du
Temple, il y a environ trente ans, que te décrivit ma cousine Marie dans sa
lettre, quoique tu admettes que tu as souvent vu Siméon et Anne dans le Temple,
à peu près à la période dont elle a parlé.
Mais ta principale objection pour recevoir
l’évidence de Jean que c’est le Christ est “qu’il est pauvre, de rang humble,
sans influence, ayant reçu le baptême d’un homme, alors que le Messie devait
être l’oint de Dieu.” “Qui” demandes-tu “des sages, des vénérés, des instruits,
des vieux en âge et en expérience ; qui des docteurs et hommes de la loi, et
sacrificateurs ; qui des Scribes et qui des Pharisiens, et des grands hommes
d’Israël, sera d’accord d’admettre comme Celui de qui Moïse et les Prophètes
ont écrit ; comme le soleil central autour duquel tournent toutes les
merveilleuses prophéties d’Esaïe ; comme la fin et l’accomplissement de la loi
; comme le Lion de la tribu de Juda ; comme le Schilo des nations ; comme le
Merveilleux, le Conseiller, le Dieu Puissant et le Prince de Paix ; comme la
gloire d’Israël et la Joie de toute la terre – un obscur jeune homme de trente
ans, non instruit, le fils d’un charpentier, un citoyen de Nazareth (cité
particulièrement médiocre), une personne sans nom, sans caractère, sans
puissance, sans rang, sans richesse ou influence, et dont la dernière chose
apprise de lui fut qu’il s’était enfui dans le désert ?” Tu ajoutes, cher père,
que cette simple énumération de ce que le vrai Christ doit être, avec l’énumération
de ce qui manque dans cet homme, devraient être suffisantes pour me convaincre
que j’ai donné ma sympathie et ma foi à quelqu’un qui n’y a pas droit. Tu dis
plus loin “que tu n’appelles pas mon Messie un imposteur car aussi loin que tu
peux l’apprendre, il n’a rien professé, rien proclamé, rien déclaré le
concernant lui-même. En silence, il apparut et en silence il disparut, personne
ne sachant quand et où” et tu termines la critique de mon histoire en disant
“que tu attendras davantage de développement avant que tu ne donnes au sujet ta
sérieuse considération.”
Dans ta lettre suivante, dans laquelle tu fais
également allusion au thème, tu dis “que si ce prophète réapparaît et de ses
lèvres déclare qu’il est envoyé de Dieu et, faisant appel à des miracles
indiscutables, donne la preuve de sa mission divine, se déclarant lui-même de
ce fait être le Christ, alors tu croiras en lui, à condition que la totalité
des prophéties pouvant être désignées s’accomplissent dans sa personne.”
Sur ce terrain, mon vœu est que le résultat soit
atteint, cher père, et tu ajoutes, avec ton habituelle bonne foi “que tu
n’hésiteras pas à admettre comme le Christ un homme qui accomplit toute
prophétie dans sa personne, quoique il vienne dans un état et une condition
contraires à tes notions préconçues du caractère du Messie ; car il serait plus
sûr pour toi de mettre en doute la correction de ta propre interprétation des
prophéties messianiques jusqu’ici que l’identité de celui en qui, sans doute,
se trouvent tous les fils d’or des prédictions relatives au Christ.” Ici je
suis contente, mon cher père, de laisser la question demeurer, étant cependant
entièrement persuadée dans mon propre esprit que, quoique cet humble jeune
homme, Jésus, soit venu humblement et de manière obscure dans le monde, il
prouvera cependant lui même à ce monde qu’Il est le véritable Messie, le Christ
de Dieu.
Maintenant, mon cher père, laisse-moi poursuivre
l’intéressant sujet dont mes lettres ont été remplies ; et en outre, comme tu
as désiré que je continue à t’informer de tout ce qui transpire à propos de
Jésus de Nazareth, et comme aucun thème sur lequel je peux écrire n’est si
plaisant pour moi, je vais ici te raconter tout ce que j’ai entendu depuis la
dernière fois que je t’ai écrit.
Ca fait maintenant huit semaines depuis notre retour
de Guilgal. Pendant cinq semaines après notre arrivée à Jérusalem, nous
n’entendîmes rien sur Jésus jusqu’au moment où Jean, le fils d’Eliasaph,
réapparut. Lui et Lazare vinrent à la ville ensemble puis à la maison de Rabbi
Amos. Notre première question fut : “L’avez-vous vu ? Avez-vous appris quelque
chose de Lui ?”
“Jean l’a vu” répondit Lazare avec sérieux ;
“demandez-lui et il vous dira tout.”
Nous regardâmes à Jean qui s’assit triste et pensif,
comme s’il demeurait, dans sa pensée, sur une certaine douloureuse mais tendre
tristesse. Les yeux de ma cousine Marie qui, toujours, captent leur brillance
des siens, furent obscurcis par un regard interrogateur de sympathie et de
sollicitude.
“Tu n’es pas bien, je crains” dit-elle, plaçant sa
belle main sur le front blanc et remettant en place les cheveux rabattus sur
ses tempes. “Tu as été longtemps ailleurs et tu es épuisé et malade.”
“Epuisé, Marie ? Je ne me plaindrai jamais de ma
fatigue encore, après ce que j’ai vu.”
“Qu’as-tu vu ?” demandai-je.
“Jésus dans le désert ; et quand je me Le rappelle
là-bas, j’oublierai de sourire encore.”
“L’as-tu trouvé, alors ? " demandai-je
vivement.
“Oui, après des jours de pénibles recherches. Je
L’ai trouvé au centre même du désert des Cendres, où jamais pied d’homme ne
s’était posé auparavant. Je Le vis sur ses genoux, et entendis sa voix en
prière. Je posai mon sac de pain et poissons ainsi que l’outre d’eau que
j’avais apportés avec moi pour Le ravitailler et, avec un respect craintif, je
m’approchai de l’endroit où Il se tenait.”
“Comment Le trouvas-tu là ?” demandai-je avec ce
douloureux intérêt qui réclame tous les détails.
“Par les traces de ses pas dans le sable et les
cendres. Je vis où Il s’asseyait pour se reposer et où, pendant deux nuits, Il
se reposa par terre. Je m’attendais à Le trouver ayant péri, mais chaque jour
je découvris ses pas progressifs et les suivis. Alors, comme je m’approchai de
Lui, je l’entendis gémir en esprit et Il paraissait vaincu à terre par une certaine
agonie mortelle. Il était, pour ainsi dire, en train de parler à certains
méchants êtres invisibles qui l’assaillaient.
“ 'Rabbi, bon Maître,' dis-je,' je t’ai apporté de
la nourriture et de l’eau. Pardonne-moi si j’ai dérangé ton effroyable solitude,
qui est sacrée à une certaine peine profonde ; mais je pleure avec toi pour tes
malheurs et dans toutes tes afflictions, je suis affligé. Mange afin que tu
aies la force d’endurer tes mystérieuses souffrances.'
“Il tourna sa face pâle pleinement sur moi et
étendit vers moi ses mains émaciées pendant qu’Il me souriait faiblement, et me
bénit et me dit :
“ ‘Fils, tu m’es très cher. Tu sera un jour affligé
pour moi, mais pas maintenant. Et alors comprends pourquoi je suis maintenant
un homme de souffrance dans le désert.’
“ 'Laisse-moi demeurer avec toi, Divin Messie,'
dis-je.
“ ‘Tu crois alors que je le suis ?’ répondit-Il, me
regardant avec amour.
“Je répondis en me jetant à ses pieds desséchés par
le désert et les baignai avec mes larmes. Il me fit lever et dit ‘va maintenant
ton chemin. Quand le temps de mon jeûne et tentation sera passé, je te verrai
de nouveau.’
“ 'Non, je ne te quitterai pas' affirmai-je
“ ‘Si tu m’aimes, bien-aimé, tu m’obéiras’
répondit-Il sur un ton de gentille réprobation.
“ 'Mais tu mangeras d’abord du pain que j’ai apporté
et boiras de l’eau' suppliai-je.
“ ‘Tu ne sais pas quelle tentation tu m’offres’
répondit-Il tristement ‘tu n’as pas assez pour tes propres besoins. Va et
laisse-moi gagner la victoire sur Satan, le prince de ce monde, pour laquelle
j’étais conduit par l’Esprit jusqu’ici !’
“Je me jetai une fois encore à ses pieds et Il me
mit debout, m’embrassa et me renvoya. Oh, vous ne voudriez pas L’avoir connu !
Usé et émacié par une longue abstinence, faible à travers la souffrance, Il
n’était que l’ombre de Lui-même. Il ne pouvait avoir vécu ainsi s’il n’y avait
pas eu une puissance divine en Lui pour le soutenir ! Sa si longue subsistance,
car Il avait été dans le désert pendant cinq semaines sans nourriture quand je
l’ai trouvé, était un miracle en soi, prouvant que la puissance de Dieu est en
Lui !”
“Pour quelle puissante œuvre parmi les hommes, Dieu
le prépare-t-Il ?” dit Rabbi Amos avec émotion. “Sûrement, Il est un prophète
venu de Dieu.”
“Penses-tu qu’Il vit encore ?” demandai-je avec
anxiété, réduisant à peine ma voix à un chuchotement.
“Oui” répondit Jean “je puis vous dire qu’Il fut
divinement soutenu à travers tout. Et après quarante jours, Il vint du désert
et se présenta soudainement sur les rives du Jourdain parmi les disciples de
Jean. Je me tenais à côté du Baptiste parlant du Christ et nous demandant quand
son exil du désert prendrait fin, quand le prophète, levant ses yeux, cria avec
une forte voix pleine de joie :
“ ‘Voici de nouveau l’Agneau de Dieu sur lequel
l’Esprit de Dieu est descendu. Il est venu de la fournaise, semblable à l’or
éprouvé sept fois au feu ! Il est le seul qui ôte le péché du monde.’
“Je me tournai et vis Jésus avançant. Il était pâle
et avait une expression de souffrance douce et résignée sur son visage aimable
et spiritualisé. Son aspect calme, soumis et plein de dignité, la sérénité et
la paix de son regard m’inspirèrent du respect, en même temps me Le firent
aimer. Je me dépêchai pour Le rencontrer et m’agenouillai avec joie à ses pieds.
Il m’embrassa comme un frère et dit : ‘fidèle et plein d’amour, veux-tu me
suivre ?’
“ 'Je ne te quitterai jamais' répondis-je.
“ ‘Où demeures-tu, Divin Maître !’ demanda alors un
des disciples de Jean du nom de André, qui était avec moi.
“ ‘Venez mes amis et voyez’ répondit-Il et nous le
suivîmes avec une joie inexprimable.1
“Que se passa-t-Il entre Lui et le Baptiste” demanda
Rabbi Amos “sur le bord de la rivière au moment de cette rencontre ?”
“Pas un mot. Ils se rencontrèrent et se séparèrent
comme des étrangers, Jean s’en allant, à travers le Jourdain, dans le désert au
moment où Jésus entra dans le village de Bethabara. Et approchant de la maison
d’une veuve, où Il demeurait Il y entra et nous Le suivîmes et, à sa demande,
nous y demeurâmes avec Lui. Oh, comment serai-je en mesure de faire connaître
par des mots” ajouta Jean “la douce expression de son discours ? En un jour en
sa présence, je grandis en sagesse ; ses paroles remplirent l’âme comme du
nouveau vin et rendirent le cœur joyeux. Le jour suivant, Il comptait aller en
Galilée, et ainsi à Nazareth où sa mère habite. Et comme j’ai décidé de Le
suivre désormais comme disciple, je suis venu ici uniquement pour faire
connaître mon dessein à Marie et arranger mes affaires dans la ville. Demain,
je quitte de nouveau pour rejoindre mon Seigneur à Cana de Galilée.”
“Oh, heureux et être envié, ami et frère” dit Lazare
“combien je serai content d’aller aussi et de devenir un de ses disciples !
Mais la responsabilité de ma mère et mes sœurs vient sur moi et je dois me
priver de la joie d’être à côté de ce divin homme et d’écouter la sagesse
céleste qui coule de ses lèvres. Combien j’ai été aveugle de ne pas avoir
découvert sous son doux et aimable caractère et sa discrète sagesse, le Messie.
Vraiment, Il était parmi nous et nous ne Le reconnûmes pas.”
“Peux-tu présager tout son dessein” demanda Rabbi
Amos à Jean “ou a-t-Il l’intention de fonder une école de sagesse, de prêcher
comme les prophètes, de régner comme David ou de conquérir comme son homonyme
guerrier, Josué !”
“Je ne sais pas, sauf qu’Il a dit qu’Il est venu
racheter ce qui était perdu et établir un royaume qui n’aura pas de fin !”
Ayant entendu ceci, tous nos cœurs bondirent
d’espérance et de confiance en Lui et nous éclatâmes ensemble en une voix de
remerciement et chantâmes cet hymne de louange :
“ Chantez à l'Éternel un cantique nouveau! Car il a
fait des prodiges. Sa droite et son bras saint lui sont venus en aide.
L'Éternel a manifesté son salut, Il a révélé sa justice aux yeux des nations.
Il s'est souvenu de sa bonté et de sa fidélité envers la maison d'Israël,
Toutes les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu. Poussez vers
l'Éternel des cris de joie, Vous tous, habitants de la terre! Faites éclater
votre allégresse, et chantez! Chantez à l'Éternel avec la harpe; Avec la harpe
chantez des cantiques! Avec les trompettes et au son du cor, Poussez des cris
de joie devant le roi, l'Éternel! Que la mer retentisse avec tout ce qu'elle
contient, Que le monde et ceux qui l'habitent éclatent d'allégresse, Que les
fleuves battent des mains, Que toutes les montagnes poussent des cris de joie,
Devant l'Éternel! Car il vient pour juger la terre; Il jugera le monde avec
justice, Et les peuples avec équité.2
Il y avait ce matin, cher père, une grande
excitation parmi les principaux sacrificateurs suite à une requête formelle
envoyée par Pilate à Caïphe, le Souverain Sacrificateur, lui demandant si ce
nouveau prophète devrait être reconnu par eux comme leur Messie “car s’il doit
L’être, ce sera mon devoir” dit le gouverneur “de l’arrêter car nous comprenons
que le Messie juif doit se déclarer roi !” Sur ce, il y eut une tumultueuse
assemblée des sacrificateurs dans le porche du Temple, et avec beaucoup
d’invectives, ils se mirent d’accord pour envoyer une réponse à Pilate disant
qu’ils ne reconnaissaient pas Jésus de Nazareth comme étant le Christ. Ils
furent conduits à ceci d’urgence, vu qu’ils craignaient que l’arrestation de
Jésus ne donne l’occasion aux Romains d’arrêter d’autres Juifs et d’apporter
ainsi de grands troubles à la nation ; juste comme il y a quelques années quand
un certain imposteur se leva et s’appela lui-même Christ, les Romains n’étant
pas satisfaits de le prendre et le détruire, punirent par des amendes chaque
ville en Juda. Par conséquent, les prêtres renièrent au Procurateur toute
reconnaissance de Jésus et le supplièrent de ne pas faire attention à Lui,
jusqu’à ce que, réellement, il trouverait qu’Il a ouvertement pris la conduite
des hommes armés. Ce que Pilate décida de faire, je ne le sais pas. Rabbi Amos
nous informa que le Procurateur avait eu certaines nouvelles par un messager ce
matin là que Jésus, en route pour Cana, avait été suivi par un millier de gens
qui, L’ayant reconnu comme étant celui qui avait été baptisé par Jean au
Jourdain, L’acclamèrent comme le Christ.
Ainsi tu vois, mon cher père, que cette divine
personne a déjà les cœurs des gens et suscite la jalousie de nos ennemis. Sois
assuré que le jour viendra où Il élèvera son étendard aux Gentils et attirera
tous les hommes à Lui. Le développement de son pouvoir se met en place chaque
jour ; et quoique qu’Il n’ait pas encore opéré un miracle qui pourrait être
estimé, par toi, comme un test de sa mission divine, je n’ai cependant aucun
doute qu’au temps convenable, Il donnera cette preuve et toutes les autres
manifestations nécessaires, prouvant qu’Il est le Christ de Dieu.
Ton affectueuse,
Adina
1 Jean 1 :39-40 Note du traducteur
21 Psaume 98 Note du traducteur
Lettre 13
Mon cher père,
J’ai reçu ta dernière lettre par un marchand du
Caire, Héber, le fils de Malchial, et l’ayant lue à Rabbi Amos, ce dernier a
dit, après une soigneuse réflexion là-dessus, qu’il n’est pas d’accord avec toi
sur ton opinion concernant la grande gloire du Messie, notamment “qu' Il doit
venir comme un Roi, et Puissant Conducteur des multitudes, et régner, prospérer
et diriger la terre.” Il désire que je te demande ce que signifie “le Messie,
un homme de douleur et habitué à la souffrance” tel que prophétisé à son sujet,
et comment tu interprètes, cher père, si ce n’est par une fin violente, les
paroles du sage Daniel : “après les soixante deux semaines, le Messie sera
retranché mais pas pour Lui-même." 1 L’oncle désire aussi que je te
demande d’examiner, dans le temps cité par Daniel, quand le Messie le Prince
doit venir et de noter que nous vivons dans le jour de la fin des soixante deux
semaines, au sujet desquelles le prophète écrit et dit : “et sache, et
comprends : Depuis la sortie de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem,
jusqu’au Messie, le Prince, il y a sept semaines et soixante deux semaines.”2
Rabbi Amos dit que le temps pour l’apparition du
Christ est vraiment venu, comme peuvent le confesser tous ceux qui lisent les
prophètes ; et l’unique raison pour laquelle Jésus n’est pas cru qu’Il l’est,
est qu’Il vient dans la pauvreté et l’humilité, jeûnant et souffrant. Mais, mon
cher père, n’est-il pas décrété que le Christ viendra dans l’humilité et finira
en puissance ? Oh, si tu pouvais avoir la foi, que j’ai, en Jésus de Nazareth
qu’Il est le Messie, très cher et honoré père ! Depuis ma dernière lettre, ma
foi a été confirmée par le témoignage que tu as demandé dans l’une de tes
lettres. Tu as dis : “laisse-moi apprendre qu’il a fait un authentique miracle
en confirmation de la divinité de sa mission – comme guérir le malade par une
parole, restaurer la vue de l’aveugle et ressusciter le mort et je vais me
préparer à croire en lui.”
Il a fait un miracle, cher père, et un authentique
qui n’est contesté par personne. Je ne peux mieux te donner les détails qu’en
les relevant d’une lettre écrite par Jean à Marie, quelques jours après son
départ pour rejoindre Jésus à Nazareth car Jean s’est joint à Lui et est devenu
son disciple.
“Ayant atteint Nazareth” dit la lettre “je fus guidé
vers une humble demeure, occupée par la mère de Jésus, par une immense foule de
gens rassemblés autour d’elle et sur le renseignement de laquelle j’appris que
c’était pour voir le nouveau prophète qu’ils étaient ainsi rassemblés. ‘Quel
nouveau prophète ?’ demandai-je, souhaitant connaître ce que la multitude
pensait de Jésus.
“ ‘Celui que Jean du désert annonça’ répondit l’un.
“ ‘Ils disent qu’Il est le Messie’ répondit un
autre.
“ ‘Il est le Christ’ affirma hardiment un troisième.
“Là dessus, un Lévite se tenant là dit avec dédain
‘le Christ vient-Il de la contrée de Galilée ? Lisez les prophètes à propos, si
vous voyez là un quelconque Christ prophétisé venir de Nazareth de Galilée.’
“Là dessus, voyant la foi de beaucoup chanceler, je
dis ‘frères, Christ doit vraiment être de Bethléhem, et véritablement Jésus,
quoique Il demeure maintenant en cet endroit, est né à Bethléhem.’
“ ‘Tu ne peux pas le prouver, homme’ dit le Lévite
avec colère.
“ ‘L’étranger dit vrai’ dirent à la fois un vieil
homme et une femme aux cheveux gris, parmi la foule ‘nous savons qu’Il n’est
pas né ici et, quand ses parents voyagèrent ici, alors qu’Il était un enfant,
ils dirent qu’Il était né à Bethléhem. Nous nous rappelons tous bien ceci.’
“Là dessus, le Lévite, voyant qu’il n’avait pas le
peuple avec lui, passa son chemin, pendant que j’allais à la porte de la maison
où Jésus habitait avec sa mère. Il y avait deux portes dont l’une conduisait à
un atelier où je remarquai un banc et des outils dont Il se sert pour son
soutien et celui de sa mère. Cette vue me fit partiellement me demander si Lui,
qui était un humble artisan dont je voyais les outils et l’atelier devant moi,
pouvait en vérité être le Christ de Dieu, le Prince Messie que les patriarches
et les prophètes attendaient avec l’œil de la foi, désirant voir son jour. Et
cela nécessita le rappel de merveilleuses scènes de son baptême, la sainte
colombe et la voix de Dieu et sa miraculeuse préservation dans le désert pour
ranimer mon assurance. Mais quand, au moment où j’entrais dans la demeure, je
Le vis debout enseignant à ceux qui, suspendus à ses lèvres, écoutaient sa voix
calme, et j’entendis la sagesse sublime de ses instructions, je vis la dignité
de son aspect et sentis la céleste affabilité de ses manières, j’oubliai le
charpentier, j’oubliai l’homme et ne semblai voir en Lui que le Messie le
Prince, le Fils de Dieu.
“M’ayant vu, Il étendit ses mains et me reçut
gracieusement et dit, désignant cinq hommes qui se tenaient près de Lui et Le
regardaient avec amour et révérence, ‘ceux-ci sont tes frères, qui sont aussi
sortis du monde pour me suivre.’
“Parmi eux était André, qui avait été aussi bien que
moi, disciple de Jean, et tous les deux parlions avec lui quand Jésus vint du
désert. Un autre était le frère d’André, dont le nom est Simon ; ayant entendu
son frère parler de Jésus comme étant le Christ, il était allé avec lui pour Le
voir. Mais il L’avait à peine vu qu’il se joignit à Lui. Et Jésus à partir de
la fermeté et du zèle inébranlable de son caractère qu’Il sembla comprendre,
l’appela également Pierre ou caillou. Le quatrième disciple était de Bethsaïda,
la ville d’André et Pierre. Son nom était Philippe et il suivit Jésus pour
avoir été préparé par Jean le Baptiste de Le recevoir. Il fut si ravi de
trouver le Christ qu’il courut à la maison de son parent Nathanaël et, l’ayant
trouvé en prière dans son jardin sous un figuier, il s’exclama :
“ ‘Nous avons trouvé Celui de qui Moïse, dans la
loi, et les prophètes ont écrit, le Messie de Dieu.’3
“ ‘Où est-Il, que je puisse Le voir ?’ demanda son
parent en se levant.
“ ‘C’est Jésus de Nazareth, le fils de Joseph’
répondit Philippe.4
“Ayant entendu cette réponse, la contenance de
Nathanaël tomba et il répondit :
“ ‘Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth
?’5
“ ‘Viens et vois de toi-même’ répondit Philippe.6
“Nathanaël alla alors avec lui où était Jésus. Quand
Jésus le vit s’approcher, Il dit à ceux qui étaient autour de Lui :
“ ‘Voici un Israélite en qui il n’y a point de
fraude !7
“ ‘D’où me connais-tu ?’ demanda Nathanaël avec
surprise, car il avait entendu les paroles qui furent prononcées.8
“Jésus répondit et dit : ‘avant que Philippe ne
t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’avais vu’.9
“Ayant entendu ceci, Nathanaël, qui savait qu’il
était tout seul en prière dans le jardin et n’était vu de personne, quand son
frère vint, regarda fermement la face sereine de Jésus et alors, comme s’il
avait vu en elle une expression d’omniprésence, il s’écria devant tous les gens
:
“ ‘Rabbi, tu es le Fils de Dieu ! Tu es le Roi
d’Israël !’10
“Jésus le regarda comme s’Il était satisfait de
cette confession et dit : 'Parce que je t’ai dit que je t'ai vu sous le
figuier, tu crois ; tu verras de plus grandes choses que celles-ci. Et Il lui
dit : En vérité, en vérité, je te le dis, vous verrez désormais le ciel ouvert
et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme.'11
“Ces quatre, André et Pierre, Philippe et Nathanaël,
étaient ainsi présents dans la maison avec Lui ; et à ma surprise et joie se
tenait avec eux mon propre frère Jacques, que Jésus avait vu sur le lac dans sa
barque et avait appelé. Et Jacques avait tout laissé et L’avait suivi. Ainsi
nous étions six disciples en tout, attachés à Lui par les liens de confiance et
d’amour. La mère de Jésus, une femme noble et pleine de dignité, encore belle
et avec une face d’une sainte sérénité, était présente et fixait avec fierté et
tendresse son fils, écoutant ses paroles comme si elle aussi voulait apprendre
de Lui cette sagesse qui est descendue sur Lui d’en haut. Le jour suivant,
Jacques et moi allâmes à la mer Tibériade, à moins de deux heures de distance
pour voir notre père Zébedée et lui transférer nos intérêts ; et dans
l’après-midi, Jésus passa à côté du rivage sur son chemin pour Cana et, nous
appelant, nous quittâmes pour toujours nos barques et notre père et nous nous
joignîmes à Lui. Sa mère et beaucoup de parents de celle-ci étaient de la
compagnie, tous allant au mariage du cousin de la famille.
“A notre arrivée à Cana, nous fûmes introduits dans
la chambre des hôtes et Jésus, en particulier, fut reçu avec un respect
manifeste par le maître hébreu de la maison, quoique il fut un officier au
service des Romains. Ici, nous rencontrâmes Elisabeth, la mère de Jean le Baptiste,
qui est une parente de Marie, la mère de Jésus. La rencontre entre les deux
femmes bénies fut très touchante.
“ ‘Ah’ dit la mère de Jean le prophète, pendant
qu’elle regardait Jésus qui parlait avec le gouverneur de la fête ‘combien
bénie es-tu, o Marie, d’avoir ton fils toujours avec toi ! Pendant que je suis
une mère, et cependant pas une mère. Le fils que Dieu m’a donné, Il me l’a pris
pour être son prophète. Et il est comme mort pour moi ! Depuis ses douze ans,
il a été un habitant du désert, ne connaissant aucun homme, jusqu’à il y a six
mois quand il vint pour proclamer, selon la parole du Seigneur, la venue de ton
saint Fils !’
“Enfin, le mariage commença. Le vin qui devait être
venu de Damas n’était pas arrivé, la caravane ayant été retardée par une
insurrection près de Césarée. Les hôtes n’avaient que peu de vin et le
principal dirigeant de la ville, qui présidait la fête, voyant que le vin avait
été épuisé, ordonna aux serviteurs d’en mettre plus sur la table. La mère de
Jésus, qui savait que le vin était épuisé, se tourna vers Lui et dit ‘ils n’ont
plus de vin’. Car il semble qu’elle connaissait le puissant pouvoir qui était
en Lui, quoique Il ne L’avait pas encore manifesté ouvertement. J’étais assis
près de Lui et l’entendis quand elle chuchota à Jésus. Le saint prophète de
Dieu parut grave et dit avec un léger ton de respectueuse réprobation en lui
appliquant ce titre que nous, en Judée, croyons être plus honorable que tous
les autres ‘femme’, il dit à cette intention ‘qu’ai-je à faire avec tes
requêtes privées pour l’exercice de mon pouvoir ? Tu me désires faire un
miracle devant cette noble compagnie afin qu’ils puissent le voir et croire en
moi. Mon heure pour manifester ma gloire au monde n’est pas encore venue ;
néanmoins, affectueuse, en obéissance à ton désir, mon honorable mère, je ferai
ce que je sens que tu me désires faire.’
“Elle Le remercia alors avec une profonde et
reconnaissante émotion et, se tournant vers les serviteurs, elle leur fit signe
pendant que ses joues empruntaient une riche couleur de sa joie cachée et que
ses yeux s’enflammaient avec les sentiments d’une mère sur le point de voir son
fils démontrer cette puissance comme venue uniquement par le don de Dieu et qui
devait Le sceller comme un puissant Prophète devant les yeux des Juifs et des
Gentils. Pour moi, n’anticipant pas ou ne suspectant pas ce qui devait se
produire, je considérai la nerveuse émotion de la joyeuse mère avec
émerveillement. Quand deux ou trois des serviteurs s’approchèrent, elle leur
dit :
“ ‘Tout ce qu’Il vous dira, faites-le.’12
“ Ils fixèrent alors leurs yeux sur le Prophète,
attendant ses ordres, suspectant peu, autant que moi, ce qu’ils allaient être.
La face de Jésus, toujours calme et pleine de dignité, sembla alors prendre un
aspect de majesté inexprimable et ses yeux exprimer une certaine conscience du
pouvoir à l’intérieur qui m’inspirèrent du respect. Jetant son regard sur
plusieurs vases en pierres qui étaient vides à côté de la porte ; Il dit aux
serviteurs :
“ ‘Remplissez les vases avec de l’eau’. 13
“Dans la cour, en pleine vue de la table, était un
puit, où les serviteurs allèrent tout de suite avec des vases que je les vis
remplir avec de l’eau. Je les vis la porter sur leurs têtes et la verser dans
les vases jusqu’à ce qu’ils les aient tous remplis, six en nombre, jusqu’au
bord. Pendant que ceci se passait, le gouverneur de la fête, pour attirer
l’attention des hôtes aussi bien que la sienne, leur relatait comment Hérode et
Ponce Pilate étaient récemment devenus ennemis. Ce dernier, allant son chemin
de Césarée de Philippe à Jérusalem, dans le but d’être présent avec ses forces
pendant les semaines de Pâque et étant arrivé la nuit à un caravansérail qui
était occupé par Hérode et ses gardes du corps, il mit Hérode à la porte afin d’avoir
de la place pour sa propre suite, disant qu’un Procurateur Romain était plus
honorable qu’un Tétrarque Juif de Galilée. ‘Il faudra longtemps’ ajouta le
gouverneur, au moment où le dernier vase fut rempli ‘avant que cette brouille
ne s’apaise entre eux. Mais nous parlons, mes amis, et oublions notre vin’.
“ ‘Prenez maintenant et portez-les au gouverneur de
la fête’ dit Jésus aux serviteurs. 14
“Ils obéirent et, versant un vin riche, rouge sang,
des vases que les autres et moi avions vus remplis avec simplement de l’eau du
puit, les serviteurs étonnés le portèrent au chef de la fête. Il avait à peine
rempli son gobelet et goûté qu’il appela l’époux, assis au milieu de la table,
et dit :
“ ‘tout homme sert d’abord le bon vin et quand tous
les hommes ont bien bu, ensuite celui qui est mauvais, mais tu as gardé le bon
vin jusqu’à maintenant’.15
“ ‘Qui a apporté ce vin ?’ demanda l’époux, buvant
de l’eau changée en vin. ‘D’où il vient, monsieur, je ne sais pas’.
“Alors les serviteurs et les autres dirent qu’ils
avaient rempli les six vases avec de l’eau jusqu’au bord, sur ordre de Jésus,
le Prophète, et que, quand ils les prirent, voici il coulait du vin au lieu de
l’eau ! Sur ce, il y eut une exclamation générale de surprise et le gouverneur
de la fête, criant : ‘un grand prophète a réellement été parmi nous et nous ne
le savions pas’, se leva pour s’approcher et honorer Jésus ; mais Il était déjà
parti ailleurs, s’étant levé et étant sorti par la porte pour chercher la
solitude des jardins. Je Le suivis là et, L’adorant, m’assis à ses pieds et
écoutai pendant qu’Il me dévoilait de merveilleuses choses Le concernant,
montrant qu’Il est véritablement le Fils de Dieu et le vrai Christ. Mais ces
choses, je ne peux pas t’en parler maintenant car je ne comprends pas
clairement tout ce qu’Il doit être, sauf que je sais qu’Il est destiné à
souffrir et à être exalté. Ne doute pas” conclut la lettre à Marie “ne doute
pas que Jésus est le Christ. Son miracle à Cana, de changer l’eau en vin, est
une démonstration publique de sa puissance divine. Tous les hommes, à la fête,
ont cru en Lui et sa renommée se répand de tous côtés à travers la Galilée et
la Samarie. Il m’a dit en privé qu’Il doit bientôt visiter Jérusalem et y
proclamer ouvertement sa mission comme le Christ de Dieu.”
C’est de cette manière, mon cher père, qu’à écrit le
fiancé de ma cousine Marie et je t’ai donné ci-dessus l’extrait de sa lettre,
afin que tu puisses voir que Jésus attire déjà une grande attention, qu’Il a
des disciples et qu’Il n’est en aucune manière, pauvre, Lui qui a le pouvoir de
changer des puits d’eau en vin ! De cette lettre, tu dois t’apercevoir que
Jésus est au moins un prophète égal à Elie, qui conserva pleine la cruche de la
veuve de Sarepta. Si, par conséquent, tu admets ceci, tu dois confesser qu’Il
est un homme bon. Or, un homme bon ne trompera pas. Cependant, Jésus a
clairement dit à Jean ‘qu’Il est le Christ.’ Comment alors, mon cher père,
quelqu’un qui croit que Jésus est un prophète, peut-il nier qu'Il est même plus
qu’un prophète, même le Messie ? Pardonne à ta fille qui se permet ainsi de
raisonner avec toi ; mais je suis si sérieuse que tu croirais que j’oublie la
fille pour le disciple de Jésus. Comme pour mon oncle, le bon et savant Rabbi
Amos, il est plus que son disciple. Et je n’ai pas de doute que quand Jésus se
présentera à Jérusalem et qu’Il pourra Le voir et entendre ses enseignements
divins, il va rejeter tout préjugé et devenir son suiveur déclaré.
La rumeur du miracle de Cana a atteint Jérusalem
depuis que j’ai commencé cette lettre et j’apprends que cela a produit une
grande excitation dans les places du marché et les cours du Temple. Rabbi Amos,
à son retour du sacrifice, il y a quelques minutes, dit qu’il a vu, dans la
cour du Temple, plus de trente sacrificateurs avec les rouleaux des Prophètes
dans leurs mains, occupés à ressortir les prophéties du Christ. Ainsi, mon cher
père, tu vois que le jeune homme “qui vint” comme tu le remarquas “personne ne
sait d’où et partit, personne ne sait où” retient déjà l’attention d’Israël et
incite les esprits de tous les hommes à examiner ses revendications d’être le
Christ.
Ton affectueuse,
Adina.
1 Daniel 9 :26 Note du traducteur
2 Daniel 9 :25 Note du traducteur
3 Jean 1 :45 Note du traducteur
4 Jean 1 :45 Note du traducteur
5 Jean 1 :46 Note du traducteur
6 Jean 1 :46 Note du traducteur
7 Jean 1 :47 Note du traducteur
8 Jean 1 :48 Note du traducteur
9 Jean 1 :48 Note du traducteur
10 Jean 1 :49 Note du traducteur
11 Jean 1 :50-51 Note du traducteur
12 Jean 2 :5 Note du traducteur
13 Jean 2 :7 Note du traducteur
14 Jean 2 :8 Note du traducteur
15 Jean 2 :10 Note du traducteur
Lettre 14
Mon cher père,
Tu n’auras pas besoin du témoignage de mes lettres
pour être en mesure d’apprécier la renommée du merveilleux jeune homme de
Nazareth, Jésus, qui chaque jour prouve qu’Il est réellement un vrai prophète
et puissant devant Dieu, montrant à tout le peuple que Dieu est avec Lui. Pas
un seul étranger ne vient à Jérusalem sans apporter le récit d’un nouveau
miracle qu’Il a fait, de quelque merveilleuse manifestation de sa puissance. Il
retarde encore sa venue à Jérusalem mais est occupé à prêcher la venue du
royaume de David et de Dieu sur la terre, enseignant dans les synagogues et
montrant dans les prophètes qu’Il est véritablement le Messie. Sa célébrité
pour la sagesse, la connaissance des Ecritures, la puissance d’enseigner et
pour les miracles est allé à l’étranger, à travers toute la Syrie, si bien
qu’on Lui apporte des personnes malades, aussi bien le riche que le pauvre, même
en provenance de Damas, pour être guéries par Lui. Et Il guérit tous ceux qui
Lui sont amenés, que ce soit les possédés des démons, les lunatiques ou les
paralytiques. Ses pas sont accompagnés par des milliers partout où Il va. Même
le gouverneur de Philippes, descendant de son chariot au bord de la route,
s’est mêlé à la foule et, s’agenouillant à ses pieds, a demandé la guérison de
son fils paralysé ; et son fils a été guéri par Lui par une parole, quoique se
trouvant à plusieurs lieues de distance.
Au moment où je t’écris, un groupe passe la fenêtre
ouverte, portant sur des lits deux hommes riches de Jérusalem, abandonnés par
leurs médecins, pour aller à Lui afin d’être guéris. Car tout Jérusalem ne
parle de rien d’autre que de merveilleux miracles de Jésus. Il y avait un homme
qui tissait des paniers et qui a occupé le box en face de notre maison
plusieurs années. Il avait entièrement perdu l’usage de ses jambes pendant
douze ans et devait être emmené et ramené. Ayant entendu la renommée de Jésus,
il fut saisi d’un fort désir de Le voir opérer un miracle sur lui. Dans ce but,
il demanda l’argent aux prêtres, au moment où ces derniers passaient à côté
pour aller au Temple. Mais, bien que certains donnèrent, tous rirent, disant
qu’Il ne pouvait pas être guéri, vu que l’un de ses membres avait flétri. Mais
l’homme avait la foi et, ayant demandé du bienveillant, assez d’argent pour son
voyage, il loua deux hommes pour le porter pendant cinq jours de voyage en
Galilée. Voici ! au bout de trois semaines, il retourna, marchant droit et bien
dans son corps et ses membres. Toute la ville afflua pour le voir. Et il relata
comment !
Quand il avait atteint Capernaüm, où Jésus était, la
foule était si immense que ses porteurs ne pouvaient pas, pendant quelques temps,
arriver près de Lui. Jésus se déplaça, guérissant des files des malades, alors
qu’Il passait parmi eux, par une parole. “M’ayant vu” raconta l’homme, “Il fixa
ses yeux sur moi et dit en m’appelant par mon nom :
“ ‘Grande est ta foi. Qu’Il te soit fait selon ta
foi’
“Immédiatement, mes jambes et mes os de cheville
reçurent la force ; je sautai du lit à terre et trouvai que j’étais entièrement
libre de toute souffrance et de toute maladie, et que mon membre rétréci était
restauré en aussi bon état que l’autre. Je serais tombé à ses pieds absolument
ravi mais la foule qui Le pressait me sépara de sa vue. Mais, je remplis l’air
avec des cris de joie et des Alléluias au Fils de David !
Cet homme, mon cher père, je le vois maintenant
chaque jour se déplaçant sain dans sa jambe et en bonne santé ; mais, cet
exemple n’est qu’un parmi un millier. Jean, qui suit Jésus partout où Il va et
est témoin de tout ce qu’Il fait et enseigne, écrit à Marie que “le malade et
l’affligé de toutes parts du pays de Galilée, de Décapolis, de Jérusalem,
d’au-delà du Jourdain, même d’Asie mineure, vont à Lui. Quand mon bien-aimé
Maître” écrit-il “est revenu d’une synagogue où Il avait été lire les Prophètes
au peuple, qui L’écouta avec joie, j’ai vu deux cent personnes, le boiteux, le
paralytique, le faible, le possédé par les démons et des personnes affligées de
toute sorte de maladies, couchés en rangées devant la porte de la synagogue,
attendant sa venue. Ceux qui les portaient ou les tenaient étaient debout dans
des groupes, attendant vivement près d’eux. C’était un spectacle douloureux,
cependant sublime, de voir les yeux creux de ces malheureux tournés vers la
porte au moment où les gens venaient en courant et criant ‘Il vient ! Il vient
!’. Les tourments des possédés des démons cessèrent à l’instant et les
gémissements laissèrent la place à un silence d’attente. A la fin, Jésus
apparut et, en voyant sa face, qui toujours exprime une sainte bienfaisance et
un pouvoir inné, tous poussèrent des cris touchants du plus émouvant appel pour
son aide. Et de tels appels ne sont jamais émis en vain. Allant à travers les
rangées des lits et brancards, Il imposait sa main sur certains et disait une
parole à d’autres, touchait les yeux de l’aveugle et les oreilles du sourd,
plaçait doucement sa main sur la tête du lunatique et commandait dans un ton
d’autorité aux démons de quitter les corps des possédés. Et ce qui est
extraordinaire," continue Jean : “les démons se conduisent toujours avec
plus de violence terrifiante au moment où Il s’approche, et au moment où ils
quittent le possédé en jurant, ils confessent que Jésus est le ‘Fils de David –
Fils de Dieu !’ et L’implorent de manière abjecte, de ne pas les détruire
complètement.”
“Si grande est la multitude qui Le suit partout,
qu’Il est souvent contraint de se retirer d’eux par dérobade pour trouver
certain endroit calme où Il peut récupérer la force dépensée pour quelque
jours. A de tels moments, nous, qui sommes ses suiveurs immédiats, avons le
bénéfice de son enseignement et de ses instructions privées. Mais, Il ne peut
pas demeurer longtemps loin des gens. Ils pénètrent aussitôt sa retraite et Il
ne peut jamais refuser leurs appels à sa miraculeuse puissance pour leur faire
du bien. Combien merveilleux est Celui qui tient ainsi dans ses mains la divine
puissance ! L’autorité des rois n’est rien devant celle qu’Il possède dans sa
voix ; cependant Il est serein, humble, oh combien humble ! à notre honte ; et
toujours calme et doux. Il passe beaucoup de temps en prière privée à Dieu à
qui Il s’adresse comme son Père. Il n’y a jamais eu un tel homme sur la terre.
Nous, qui Le connaissons plus intimement, nous tenons avec plus de respect pour
Lui. Cependant, à notre profonde révérence pour son saint caractère, est mêlée
la plus pure affection. D’un seul et même souffle, je sens que je L’adore comme
mon Seigneur et L’aime comme mon frère. C’est ce que nous ressentons tous pour
Lui. Ses manières attrayantes, sa patience pour notre ignorance et notre
grossièreté, son pardon prêt pour nous quand nous sommes en faute, avant que
nous ayons eu le temps de nous disculper, tout nous a attachés à Lui par des
liens qui ne peuvent jamais être rompus. Quand je t’écrirai prochainement”
continue Jean “je te relaterai, aussi loin qu’elles sont comprises par moi et
mes compagnons disciples, les choses qu’Il révèle Le concernant et l’objet de
sa mission sur terre. Beaucoup de choses cependant, ne sont pas comprises par
nous, mais Il promet que nous comprendrons ce qui, maintenant, paraît obscur
pour nous.”
Tel est, mon cher père, le contenu des lettres que
ma cousine Marie reçoit de Jean, le disciple de Jésus. Elles sont pleines de
récits de ses miracles, de ses enseignements, et de ses déplacements. Quand
nous verrons Jésus à Jérusalem, je serai en mesure, à partir de mon observation
personnelle, de t’écrire plus particulièrement concernant ses doctrines et
miracles. Qu’Il est le Christ, des milliers le croient maintenant ; car ils
demandent très naturellement comment Il pouvait faire ces choses si Dieu
n’était pas avec Lui. Ce qui est aussi d’importance, il a été prouvé par les
résultats de l’investigation faite par quelques uns des Scribes du Temple,
qu’Il est réellement né à Bethléem, et que sa mère Marie et Joseph son époux,
sont de la lignée de la maison de David. En outre, Phinée, le vénérable prêtre
que tu connais, a apporté le témoignage à ce fait ; quand Jésus était enfant,
durant le règne de l’ancien Hérode, il arriva à Jérusalem trois éminents
princes, hommes sages et savants. L’un d’eux vint de Perse ; l’un de la
province grecque de Médie et l’un d’Arabie. Ils apportèrent avec eux des dons
d’or et d’épices et étaient accompagnés par des suites. Ces trois princes
atteignirent Jérusalem le même jour par trois chemins différents et entrèrent
par trois différentes portes, chacun n’étant pas au courant de la présence des
autres, ni du but, jusqu’au moment où ils se rencontrèrent dans la ville devant
le palais d’Hérode. Un se représenta comme descendant de Sem, l’autre de
Japhet, le troisième de Cham ! Et mystérieusement, il est dit, ils
représentaient toutes les races sur la terre qui, par eux, reconnurent et
adorèrent le Sauveur des hommes en l’enfant Jésus. Le roi, ayant appris que ces
trois étrangers étaient arrivés à Jérusalem, les fit venir pour connaître pourquoi
ils avaient honoré son royaume par une visite. “Ils répondirent” dit Phinée
quand il le relata, hier, en présence de Caïphe et de plusieurs des dirigeants
et des Pharisiens “qu’ils étaient venus pour rendre hommage au jeune Prince qui
était né roi des Juifs. Et quand Hérode demanda de quel prince ils parlaient,
ils répondirent ‘nous avons vu son étoile à l’Est et nous sommes venus pour
l’adorer !’1
“ ‘Comment savez-vous que l’étoile que vous avez vue
indique la naissance d’un Prince de Juda ?’ demanda le roi Hérode très troublé
par ce qu’il entendit.
“ ‘Elle était en mouvement vers cette ville’
répondirent-ils ‘ et voici ! elle nous a conduits à Jérusalem au dessus de
laquelle, alors qu’il fait nuit maintenant, tu pourrais la voir suspendue,
brillant de la gloire d’une planète ; et il nous a été révélé que c’est
l’étoile de la naissance de Celui qui doit régner comme Roi de Juda ! Dis-nous,
par conséquent, oh roi, où cet auguste prince doit être alors trouvé, afin que
nous puissions L’adorer !’
“Sur ce” dit Phinée “le roi publia un édit pour que
tous les principaux sacrificateurs et scribes du peuple se rassemblent dans la
chambre du conseil de son palais. 2
“Il s’adressa alors à eux : ‘vous à qui est confié
le soin des Livres de la loi et des Prophètes, qui étudient ce qu’ils sont, et
en qui réside l’aptitude d’interpréter les prophéties, cherchez dedans et dites
moi réellement où le Christ doit naître. Voici ici présents, ces augustes et
sages hommes qui sont venus de loin pour lui rendre hommage voire, comme ils
l’affirment, pour l’adorer comme Dieu. Ayons la courtoisie de leur donner la
réponse qu’ils cherchent et ne soyons pas trouvés plus ignorants de ces choses
que ceux qui habitent d’autres pays !’
"Plusieurs de principaux sacrificateurs se
levèrent alors et dirent : ‘c’est connu, oh roi, de tous ceux qui sont Juifs et
qui lisent les Prophètes que le Messie vient de la maison de David, de la cité
de Bethléhem ; car ainsi est écrit par le prophète : ‘Et toi Bethléhem, dans le
pays de Juda, tu n’es pas le moindre parmi les princes de Juda, car de toi
viendra un Gouverneur qui conduira mon peuple, Israël.
“Cette question étant ainsi tranchée” continua
Phinée “Hérode congédia le conseil et, se retirant dans sa chambre privée, fit
appeler secrètement les trois princes d’orient pour se renseigner auprès d’eux
quand l’étoile était apparue. Et quand ils eurent désigné le vrai jour et
l’heure où ils l’avaient vue pour la première fois, il fut, de cette façon, en
mesure d’arriver à l’âge probable de l’enfant. 3
“Il leur dit alors : ‘Vous avez ma permission,
nobles étrangers, d’aller à Bethléhem et de chercher le jeune enfant ; et quand
vous l’aurez trouvé, apportez-moi une parole de nouveau afin que je puisse
aussi venir et l’adorer. Car il est convenable que nous rendions tous les
honneurs possibles à un Prince de notre royaume, dont la naissance est annoncée
d’une manière si inhabituelle, et que nous adorions celui pour lequel même
l’orient envoie ses hommes sages.’
“Alors, ils quittèrent la présence d’Hérode. Comme
il faisait sombre quand ils quittèrent le palais, ils furent ravis de voir
l’étoile, qu’ils virent en orient, allant devant eux. Ils la suivirent jusqu’à
quitter Jérusalem par la porte de Bethléhem, et elle les conduisit à la cité de
Bethléhem et s’arrêta au dessus d’une humble demeure. Quand ils entrèrent dans
la maison, ils virent les rayons de l’étoile reposant sur la tête d’un enfant
dans les bras de sa mère Marie, épouse de Joseph. Tout de suite, ils Le
reconnurent et L’acclamèrent comme Prince et Roi d’Israël et, tombant à terre,
ils L’adorèrent. Et, ouvrant leurs trésors, ils Lui présentèrent de l’or, de
l’encens et de la myrrhe, dons qui sont offerts sur l’autel à Dieu seul !”
Quand Caïphe demanda à Phinée comment il connut ce
fait, il répondit que lui-même, poussé par la curiosité de voir le Prince
qu’ils étaient venus voir, les avait suivis hors du palais d’Hérode, hors de la
porte et même dans Bethléhem et avait vu leur prostration et leur offrande à
l’enfant de Marie “et” ajouta-t-Il “si ceci est mis en doute, il y a plusieurs
Juifs vivant maintenant à Jérusalem et un certain capitaine hébreu, affaibli
par l’âge, qui peuvent témoigner du massacre, ordonné par Hérode, des enfants
de Bethléhem ; car ce capitaine Jérémie dirigea les soldats.”
“Et pourquoi ce massacre ?” demanda Caïphe “ça ne se
trouve pas dans le registre.”
“Les rois ne marquent pas leurs actes de violence”
répondit Phinée “Hérode l’étouffa quand il découvrit qu’il ne gagna rien par
cela, sinon la haine. Ils les tua dans le but que l’enfant Jésus puisse être
détruit parmi eux. Car les trois mages, en route pour leur propre pays, au lieu
de retourner à Jérusalem et l’informer où ils avaient trouvé l’enfant,
partirent par un autre chemin. Et quand Hérode se rendit compte qu’ils étaient
partis, il devint si enragé qu’il envoya un groupe de gardes de sa maison, sous
la conduite de Jérémie, leur capitaine, qui vit maintenant pour témoigner, leur
ordonnant de tuer tout enfant en dessous de deux ans à Bethléhem. Il espérait,
comme je l’ai dit, tuer l’enfant Jésus parmi le nombre. Mais l’enfant échappa,
sans doute par la puissance protectrice de Dieu ; et sa renommée à l’âge adulte
remplit ce jour les oreilles de tout Israël. L’adoration de ces trois hommes,
qui étaient fils de Sem, Cham et Japhet, représente clairement l’hommage de
toute la race humaine qui doit Lui être rendu, s’Il est le Christ Messie.”
“Crois-tu en lui aussi ?” demanda Caïphe avec
colère, regardant sévèrement Phinée.
“Je verrai d’abord et l’écouterai parler ; et s’il
m’est prouvé qu’il est le Messie, je l’adorerai avec joie.”
“Sur ce” dit Rabbi Amos, qui me donna les détails de
l’interview ci-dessus entre Caïphe et Phinée “il s’éleva un tumulte, certains
criant que Jésus était le Christ, et d’autres que Phinée devrait être lapidé à
mort !”
Ainsi, tu vois, mon cher père, comment l’évidence
monte en valeur et en importance, prouvant que Jésus est le Messie. Voici ! Son
berceau même porte le témoignage à son caractère divin. Et sûrement ses
miracles confirment maintenant le témoignage donné par les remarquables
évènements accompagnant son enfance. Le capitaine Jérémie, maintenant un vieux
soldat aux cheveux gris, ayant été appelé à ce sujet, témoigna qu’il obéit à un
ordre de Hérode, donné trois jours après que les trois princes d’orient aient
quitté Jérusalem pour Bethléhem. Alors, mon cher père, laisse-moi résumer les
évidences qui montrent que Jésus est le Messie. Premièrement, sa présentation
au Temple, quand Siméon et Anne L’adorèrent et prophétisèrent de Lui ! Deuxièmement,
l’étoile surnaturelle qui conduisit les mages à Bethléhem. Troisièmement, son
adoration dans son berceau. Quatrièmement, le témoignage de Jean le Baptiste.
Cinquièmement, la voix de Dieu à son baptême ! Sixièmement, la descente du
Saint-Esprit sur Lui dans la forme d’une colombe de feu ! Septièmement, son
miracle à Cana de Galilée. Et enfin, la scintillante couronne des miracles qui,
maintenant, encerclent son front, répandant une lumière et la gloire sur son
chemin qu’elle éblouit constamment l’œil pour regarder. Dis-moi, cher père,
n’est-ce pas le Christ ?
Ton affectueuse,
Adina.
Lettre 15
Mon cher père,
A la demande que tu fis dans ta dernière lettre,
"qu’est devenu le Prophète du Jourdain depuis que la renommée de Jésus a
éclipsé la sienne ?", je peux répondre mais avec tristesse. Ta question
semble conclure qu’il serait envieux de la puissance et des miracles qui
distinguent son successeur. Mais, au contraire, Jean a toujours déclaré dans sa
prédication que : "il n’était pas digne de délier les lacets des sandales
de Celui qui devait venir après lui"1 et plusieurs fois que "Celui à
qui je rends témoignage doit croître mais moi je dois diminuer !"2 La
mission pour laquelle Jean était venu s’acheva quand Jésus vint. Aussitôt après,
il quitta le désert et entra à Jéricho, où par hasard, Hérode fut en visite.
Ici, Il prêchait dans des places publiques et dans le marché, et sur les
marches même du palais du gouverneur, que les jugements de Dieu venaient sur la
terre et que les hommes devaient, par la repentance, apaiser sa colère ; et que
Christ serait le juge des hommes ! Alors, pendant qu’il parlait ainsi au
peuple, aux officiers et soldats de la garde du Tétrarque, Hérode lui-même vint
sur le balcon pour écouter, car il avait beaucoup entendu sur Jean en Galilée
et avait ardemment désiré l’entendre. Le prophète l’avait à peine vu qu’il
s’adressa hardiment à lui et le réprimanda sévèrement pour le péché d’avoir
pris en mariage la femme de son frère, Philippe, contrairement à la loi. Alors,
Hérode, est-il dit, ne montra aucun ressentiment à ce traitement mais, invitant
le prophète dans son hall, il parla beaucoup avec lui et, en partant, lui
offrit des cadeaux que Jean refusa de toucher. Le jour suivant, il le fit
appeler de nouveau pour lui poser certaines questions concernant le Messie
qu’il prêchait. Alors Hérodias, quand il lui fut rapporté, après le retour
d’Hérode de Jéricho dans sa Tétrarchie, comment le prophète avait parlé
publiquement contre son mariage avec Hérode, fut très irritée ; et quand elle
s’aperçut que Jean était encore approuvé par son mari, elle fit appeler Hérode
et dit “que s’il voudrait lui plaire, il doit mettre le prophète du Jourdain en
prison”. Hérode l’aurait excusé disant que c’est un homme de Dieu ; seulement
Hérodias insista le plus véhémentement qu’il devrait être mis en prison. A la
fin, Hérode céda, contre sa propre volonté, et donna des ordres pour arrêter le
prophète qui, la même nuit, fut placé dans la prison du château. Quand la
nouvelle atteignit les disciples de Jean, elle causa une grande peine ; et
plusieurs allèrent le voir et parlèrent avec lui. Mais il leur dit qu’ils ne
devaient plus penser à lui ; que sa brève vie tirait à sa fin ; mais qu’ils
devaient tourner leurs yeux vers Christ, le soleil de justice dont le lever
était jusqu’à un jour éternel. “Ne vous ai-je pas dit” leur demanda t-il : “Il
doit croître et moi, je dois diminuer ?” Pendant quelques semaines, ce saint
homme, dont l’unique offense fut d’avoir eu le courage de réprimander le péché
dans les hauts lieux, demeura en prison, pendant que Hérode cherchait, chaque
jour, un prétexte pour le relâcher sans déplaire à Hérodias, dont la colère le
tenait dans une grande crainte, étant un abject esclave de son amour pour elle.
A la fin, le jour anniversaire de la naissance de
Hérode arriva ; il envoya un mot à Jean, qu’en l’honneur du jour, il le ferait
sortir de prison, aussitôt qu’il obtiendrait le consentement de sa femme. Il
croyait qu’elle allait le lui accorder à l’occasion d’un tel anniversaire.
Or, après la fête, Philippa, la fille de Hérodias
avec son premier mari, Philippe, vint et dansa devant le prince Hérode ; et
étant belle dans sa personne et pleine de grâce dans chaque mouvement, elle
plut tellement à son beau-père qu’il fit un grand serment, ayant bu beaucoup de
vin avec ses hôtes, qu’il lui donnerait tout ce qu’elle demanderait, serait-ce
la moitié de son royaume. Sa mère l’appela alors et lui chuchota de façon
autoritaire à l’oreille.3
“Donne moi” dit la jeune fille, se tournant vers Hérode
avec la demande que de sa mère lui avait commandé de faire “maintenant, la tête
de Jean Baptiste sur un plat.”4
Le tétrarque, aussitôt cette requête entendue,
devint pâle et dis violemment : “ta mère a tripoté avec tes oreilles, fille.”
Hérodias, cependant, ne trahit aucune confusion, mais elle s’assit non
concernée. Hérode, est-il dit par ceux qui furent présent, hésita pendant
longtemps et, finalement, dit : “demande la moitié de mon royaume et je te la
donnerai ; mais ne me laisse pas répandre le sang le jour de mon anniversaire.”
“Vas-tu falsifier ton serment ?” demanda sa femme
avec dédain.
“A cause de mon serment et pour ceux qui l’ont
entendu, je vais accéder à ton désir” répondit-il à la fin, avec un soupir de
regret et de reproche de soi. Il se tourna alors vers le capitaine de la garde
et lui ordonna de tuer Jean le Baptiste en prison et d’apporter aussitôt sa
tête sur un plat.
Au bout d’un quart d’heure, passé par Hérode dans
une grande excitation, allant et venant sur le parquet, et par ses hôtes dans
une attente silencieuse, la porte s’ouvrit et le capitaine de la garde entra,
suivi par l’exécuteur qui apporta un plateau d’airain sur lequel était posée la
tête couverte de sang de l’éloquent précurseur de Christ.
“Donne-la lui !” cria Hérode sévèrement, le
dirigeant vers la belle mais cruelle jeune fille sans cœur qui se tenait près
de la porte intérieure. L’exécuteur plaça le plateau dans ses mains. Et, sans
pâlir, mais avec un sourire de triomphe, la jeune fille le porta à sa mère qui
s’était retirée dans la chambre intérieure. Il est dit qu’aussitôt que celle-ci
le vit, elle cracha sur la face et le tenant devant elle, elle se mit à
l’injurier. Les disciples de Jean, ayant appris sa mort, vinrent à Hérode et
demandèrent le corps et l’emportèrent pour l’enterrer. Mais quand ils auraient
demandé aussi la tête à Hérodias, elle aurait répondu : “qu’elle l’avait donnée
à ses chiens pour la dévorer !” Combien terrible peut être la revanche d’une
femme qui ne craint pas Dieu !
Tous les disciples du prophète assassiné allèrent
alors où Jésus prêchait et guérissait et Lui dirent ce qui avait été fait à
Jean. “Quand Jésus apprit la mort de Jean, il fut très triste” écrit Jean, son
disciple, à Marie “et se retira à part, dans un endroit désert pour déplorer le
sort de son intrépide et saint précurseur.”5
Dans l’entre-temps, les disciples de Jean Baptiste,
croyant que l’assassinat de leur prophète n’était que le premier coup d’un
massacre général, s’enfuirent, certains dans le désert, pendant que d’autres
cherchèrent Jésus pour qu’il les protège et les conseille. A la fin, Il se
trouva entouré par une grande multitude qui avait fui des cités, principalement
parmi les disciples de Jean, à côté de plusieurs qui étaient venus L’écouter
prêcher et pour être guéris par Lui. L’endroit était un désert et très éloigné
de toute ville. Négligeant tout autre chose, sauf suivre Jésus, ils étaient
sans nourriture “au point que “dit Jean, écrivant à Rabbi Amos “nous qui sommes
ses disciples, voyant cela, suggérâmes que Jésus les envoie ailleurs dans des
villages pour acheter eux-mêmes leurs victuailles. Mais, Jésus nous répondit et
dit calmement :
“Ils n’ont pas besoin d’aller ailleurs – donnez-leur
à manger.”6
“Et Simon dit 'Maître, où pouvons-nous trouver du
pain pour des gens si nombreux ? Il y a ici une armée à nourrir et nous n’avons
parmi nous que cinq pains et deux petits poissons.' Ayant entendu ceci, Jésus
dit : 'c’est assez, apportez-les moi ici.7
“Nous rassemblâmes le pain et les poissons et, moi
même, je les posai sur une pierre devant Jésus. Il nous dit ensuite 'ordonnez à
la foule de s’asseoir sur l’herbe.' Et quand ils furent tous assis, Il prit les
cinq pains et, posant ses mains dessus et sur les deux poissons, Il leva son
regard vers le ciel et les bénit ; et ensuite les brisant en fragments, il les
donna à nous ses disciples et nous dit de les distribuer au peuple. Aussi
souvent que nous retournions pour davantage, nous trouvions du pain et des
poissons qui ne diminuaient pas. Je vis, avec étonnement, comment ; quand ce
Prophète de Dieu coupait une partie d’un des poissons ou de pain, la même
partie apparaissait immédiatement comme si elle n’avait pas été séparée ; et de
cette façon, Il continua à couper et à nous distribuer pendant presque une heure
jusqu’à ce que tous aient mangé autant qu’ils voulaient et soient rassasiés. Et
quand personne n’en demanda plus, Il cessa de couper et nous ordonna de
rassembler les fragments qui traînaient à ses côtés, fragments qu’il avaient
entassés autour de lui aussi rapidement qu’Il coupait et il y eut, par dessus
ce qui avait été nécessaire, douze paniers pleins. Le nombre qui avait été
ainsi miraculeusement nourri, fut d’environ cinq mille hommes, en plus de
presque un nombre égal de femmes et d’enfants. Et ce puissant Prophète, qui put
ainsi nourrir une armée, souffrit volontairement l’angoisse de la faim dans le
désert pendant quarante jours et quarante nuits ! Il semble être un homme en
souffrant, un Dieu en créant !8
Ce merveilleux miracle, mon cher père, en est un qui
a tellement de témoins pour être renié. Lui qui put miraculeusement nourrir
cinq mille, pouvait nourrir tous les hommes ! Lui qui, alors, pouvait nourrir
toute l’humanité, ne doit-il pas être divin ? Assurément, ce doit être le Fils
de Dieu ! Si je devrais te mentionner tous les miracles qui ont été faits par
Lui, je remplirais plusieurs lettres. Pas un jour ne passe sans que nous
n’apprenions certaine plus extraordinaire exhibition de sa puissance que la
précédente. Chaque jour, quand les gens se rencontrent dans les places du
marché ou dans les corridors du Temple, la première question est “quelle
nouvelle merveille a t-Il accomplie ? Avez-vous appris un autre miracle de ce
puissant prophète ?” Réellement, l’intérêt ressenti ici pour voir Jésus et être
témoin de ses miracles est si grand que là où un allait pour écouter Jean
prêcher dans le désert du Jourdain, dix vont voir Christ en Galilée. Seuls les
prêtres sont offensés et parlent en mal de Lui par jalousie. Ils se plaignent
du fait qu’Il attire le peuple loin des sacrifices, qu’Il prêche une autre loi
que celle de Moïse ; qu’il mange avec les pécheurs, qu’Il entre dans les
maisons des Samaritains et qu’Il aime la Galilée plutôt que Jérusalem. Ce qui,
soutiennent-ils, est une évidence qu’Il n’est pas le Christ qui devait “venir
au Temple et envoyer sa loi depuis Jérusalem”
Ils sont même allés très loin en affirmant qu’il
accomplit ses miracles par la magie ou par l’aide de Beelzebub, le prince des
démons. “Si nous acceptons qu’il capture l’esprit des hommes comme il le
fait" dit Caïphe à Rabbi Amos, hier, quand il apprit que Jésus avait
marché sur la mer pour rejoindre ses disciples dans leur barque et calmé la
tempête avec une parole “l’adoration dans le Temple finira et le sacrifice cessera.
Il attire tous les hommes à Lui.”
Hérode ayant, comme je l’ai dit, tué Jean et appris
directement après, la renommée de Jésus, dit à Hérodias : “c’est Jean Baptiste
ressuscité des morts et, par conséquent, faisant de puissantes œuvres qui se
montrent en Lui.”9
“S’il ressuscite des morts soixante dix fois,
j’aurai autant de fois sa tête” répondit Hérodias ; sur ce, Hérode envoya en
privé dire à Jésus, supposant qu’il était Jean Baptiste, de demeurer dans la
partie de la Galilée où Il était. Les Lévites et les Scribes soutiennent qu’Il
est Elie qui, il est prophétisé, doit venir et rétablir toutes choses avant que
le Schilo ne vienne. D’autres croient qu’il est Esaïe, ou Jérémie, ressuscité
des morts ; et certains disent une chose, et d’autres une autre. Ils sont
disposés à croire que Jésus est tout sauf ce qu‘Il est, notamment : le vrai
Christ et le Fils du Très Haut.
Tu as demandé, cher père, dans la lettre : “où est
Elie qui doit précéder le Messie, selon le prophète Malachie ?” A cette
question, Jésus Lui-même a répondu, dit Jean, quand un Rabbi la Lui a posée. Il
a répondu ainsi :
“Elie est déjà venu et vous l’avez traité comme vous
l’avez voulu.”10
“Parles-tu de Jean Baptiste ?” demandèrent ceux qui
étaient autour de Lui, quand ils entendirent ceci.
“Jean vint dans l’Esprit et la puissance d’Elie, et
par conséquent, il fut celui appelé ainsi par le prophète” fut la réponse de
Jésus.
Je t’ai écrit principalement des miracles de Jésus,
cher père, comme étant sans l’ombre d’un doute l’évidence concluante de sa
divine puissance et de son autorité pour enseigner et restaurer Israël. Je t’ai
peu parlé de son enseignement, étant donné que je ne L’ai pas encore écouté ;
mais j’ai entendu ceux qui L’ont écouté répéter beaucoup de choses qu’Il leur a
enseignées. De telles paroles de sagesse, une telle pureté d’enseignement, de
tels saints préceptes et divine instruction, jamais sortis auparavant des
lèvres d’un homme. Oh, quand serai-je si bénie que d’entendre sa voix et d’être
suspendue à l’éloquence de ses lèvres ? J’envie tous ceux qui L’ont entendu
parler.
Je ne t’ai pas dit que, outre les six disciples que
je t’ai nommés, Il a choisi six autres, les douze qu’Il garde près de sa
personne comme ses suiveurs les plus favoris et qu’Il instruit chaque jour dans
les doctrines qu’Il descendit du ciel pour enseigner. Des milliers qui ne
s’étaient jamais lassés d’aller de place en place à sa suite, Il a aussi choisi
soixante dix hommes qu’Il a envoyés par deux dans chaque ville et chaque
village de Judée, leur ayant ordonné de proclamer que le royaume de Dieu est
proche et que le temps où les hommes, partout, se repentiraient et se
tourneraient vers Dieu, est venu.
Ainsi, tu vois, mon cher père, que le solitaire et
inconnu jeune homme, qui fut baptisé il y a à peine une année dans le Jourdain,
exerce maintenant plus d’influence dans le pays que le Procurateur Romain
Pilate ou Hérode. Et même, peu de jours depuis, après qu’il eut nourri une
autre foule par un miracle, le peuple a voulu faire de Lui un roi par la force
; mais Il se soutira à leur pression et se retira à la montagne seul pour
échapper à cet honneur. Par conséquent, cher père, Il n’est pas un leader
ambitieux. Son royaume, s’Il doit être Roi, ne doit pas être reçu comme un don
des hommes. Cependant, qu’Il sera un roi est aussi certain qu’Il est Christ ;
car la prophétie dit que le Messie : “s’assiéra sur le trône de son père
David.” Qui peut regarder dans le futur et voir la limite de sa gloire ? Déjà,
par la foi, je Le vois couronné par le même Dieu puissant qui proclama du ciel
qu’Il était son Fils bien-aimé, Roi des rois et Seigneur des seigneurs ; avec
son trône sur le Mont Sion et les nations de la terre tributaire de son sceptre
de justice et soumises à son autorité illimitée. Il est la Pierre détachée de
la montagne sans le secours d’aucune main, qui remplira toute la terre.
Tu pourras m’accuser d’être enthousiaste, mon cher
père, mais si Jésus est le Christ, la terre n’a pas de langage pour exprimer la
splendeur de son règne.
Il est maintenant notoirement rapporté qu’Il sera
ici à Pâque. Je pourrai alors Le voir et, comme les mages, je L’adorerai avec,
à la fois, respect et amour. Je t’écrirai de nouveau, cher père, après L’avoir
vu et écouté.
D’ici là, crois-moi ton affectueuse fille,
Adina.
1 Luc 3 :16 – Jean 1 :27 Note du traducteur
2 Jean 3 :30 Note du traducteur
3 Matthieu 14 :6,7 Note du traducteur
4 Matthieu 14 :8 Note du traducteur
5 Matthieu 14 :12,13 Note du traducteur
6 Matthieu 14 :15,16 Note du traducteur
7 Matthieu 14 :17,18 Note du traducteur
8 Matthieu 14 :19-21 ; Luc 9 :14-17 Note du
traducteur
9 Matthieu 14 :1,2 ; Marc 6 :14 Note du traducteur
10 Matthieu 17 :12 ; Marc 9 :13 Note du traducteur
Lettre 16
Mon cher père,
Pendant que je t’écris, la ville est agitée comme
une mer tumultueuse. Les bruyants murmures des foules dans les rues et même sur
la lointaine place du marché atteignent mes oreilles effrayées. Un escadron de
cavalerie romaine est passée avec un bruit de tonnerre en direction du Temple,
où le tumulte est le plus grand ; car la rumeur d’une insurrection commencée
parmi le peuple, est parvenue à Pilate le Procurateur. Mais, ce n’est pas une
insurrection contre l’autorité romaine, cher père ; ah ! notre peuple, qui fut
autrefois le peuple de Dieu et les maîtres de l’Est, est maintenant si
servile et si soumis à ses maîtres
païens, les Romains, pour oser lever un doigt contre son joug dégradant. Y
aurait-il un mouvement pour la liberté de la Judée ! La cause de ce tumulte, qui
semble augmenter chaque instant, est un extraordinaire acte de puissance de la
part du nouveau prophète, Jésus. Ce nom devient, par le moyen de ma plume, si
familier à toi – un nom devant lequel, je peux dire sans extravagance, tout
genou fléchira, celui du Juif comme du Gentil ! Je te relaterai les
circonstances ; car cette manifestation de puissance de sa part est une autre
preuve de sa mission divine.
Dans ma dernière lettre, cher père, j’ai déclaré
qu’il était notoirement rapporté que ce merveilleux homme serait là à Pâque et
que tous les hommes parlaient de l’événement qui approchait et, réellement,
pensaient plus à sa présence ici qu’à
la fête elle-même. Voire, était-il dit, beaucoup qui n’étaient pas de
Jérusalem, viendraient ici en vue de Le voir et d’être témoins de quelque
nouveau miracle. Et aujourd’hui, Rabbi Amos dit que le nombre d’étrangers dans
la ville est jusqu’ici sans précédent.
Hier, le cousin de Marie, Jean, de retour, vint de
façon inattendue dans le hall de la fontaine, à l’arrière de la maison où nous
étions tous assis dans la fraîcheur des vignes, avec lesquelles le goût de
Marie a ouvert un mur de treillis.
Oncle Amos était en train de nous lire dans le
Prophète Jérémie, une prophétie relative au Messie qui doit venir (même, qui
est venu, cher père) quand Jean apparut. La rougeur de Marie l’accueillit et
montra combien il lui était cher. Oncle Amos l’embrassa et le fit asseoir à
côté de nous. Il appela un serviteur pour lui laver les pieds car il était
couvert de poussière et portait les habits de voyage. De lui, nous apprîmes que
le Maître bien-aimé, Jésus, avait atteint Béthanie et se reposait de sa fatigue
à l’hospitalière, quoique humble, maison de Lazare, Marie et Marthe. Quand nous
l’apprîmes, nous fûmes très contents et oncle Amos, particulièrement, sembla éprouver
la plus profonde satisfaction.
“S’il vient à Jérusalem” dit-il chaleureusement, “Il
sera mon hôte. Recommande-Lui mon toit, o Jean, afin que ma maisonnée soit
bénie d’avoir un Prophète de Dieu franchir son seuil.”
“Oh, par tous les moyens, n’oublie pas de Lui
demander de rester avec nous pendant la Pâque !” s’exclama Marie regardant avec
sérieux la face du jeune disciple, sa main posée avec confiance sur son
poignet.
“Je ferai connaître ton désir à mon bien-aimé
Maître, Rabbi Amos” répondit Jean “sans doute, comme Il n’a ni maison, ni amis
dans la ville, Il demeurera sous ton toit.”
“Ne dis pas ni d’amis !” m’exclamai-je “nous sommes
tous ses amis ici et serions ses disciples avec joie.”
“Quoi ! Rabbi Amos aussi ? ” s’écria Jean avec un
regard de plaisir et de surprise au vénérable prêtre de Dieu.
“Oui, je suis prêt après tout ce que j’ai appris et
vu, je suis prêt à Le confesser comme un Prophète envoyé de Dieu.”
“Il est de loin plus qu’un prophète, o Rabbi Amos”
répondit Jean “jamais un prophète n’a fait les œuvres que Jésus fait. Il semble
que tout pouvoir est à ses ordres. Si tu vois ce que je vois chaque jour, au moment
où il traverse la Judée, tu dirais qu’Il est Jéhovah descendu sur la terre sous
la forme humaine.”
“Non, ne blasphème pas, jeune homme” dit Rabbi Amos
avec une certaine sévérité de reproche.
Jean inclina sa tête en révérence à la réprimande du
Rabbi, mais néanmoins répondit avec respect et fermeté “jamais un homme n’a agi
comme Lui. S’Il n’est pas Dieu dans la chair, Il est un ange dans la chair
investi de puissance divine !”
“S’Il est le Messie” dis-je “Il ne peut pas être un
ange ; car la prophétie n’est-elle pas claire que le Messie sera un homme de
douleur ? Ne doit-il pas être la semence de la femme , un homme et non un ange
?”
“Oui” répondit Jean “tu te rappelles bien la
prophétie. Je crois fermement que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu.
Cependant, qu’Il est plus qu’un homme, qu’Il est moins que Dieu est
incompréhensible à moi et à mes compagnons disciples. Nous nous émerveillons,
aimons et adorons ! A un moment, nous sentons comme si nous L’embrasserions
comme un frère chèrement bien-aimé ; à un autre, nous sommes prêts à tomber à
ses pieds et à L’adorer ! Je L’ai vu pleurer en voyant la misère des malheureux
malades qui étaient amenés dans sa présence et, ensuite par le toucher – avec
une parole, les guérir ; et ils se tenaient devant Lui dans la pureté et la
beauté de la santé et de la force humaine ! Je L’ai vu, avec une voix de
commandement comme jamais un homme n’a parlé, chasser les démons de ceux qui en
étaient possédés ; et j’ai entendu les démons, avec soumission, implorer de ne
pas être envoyés à leur lieu, mais autorisés par Lui de continuer à errer dans
l’air et sur la terre, jusqu’à ce que l’heure de leur sentence finale sorte de
la bouche de Dieu. Même les démons Lui sont ainsi assujettis, si puissant est
son pouvoir ; et toutes les maladies disparaissent devant ses yeux comme l’air
impur des marais devant les rayons du soleil du matin !”
"Et cependant” dit Nicodème, un riche
Pharisien, qui entra au moment où Jean parla la première fois, et écouta sans
interrompre – car c’est son habitude de venir et partir, étant un ami de mon
oncle – “et cependant, jeune homme, je t’ai entendu dire que Jésus, au sujet
duquel toi et tous les hommes relatent de telles puissances œuvres, est resté à
Béthanie pour récupérer de sa fatigue. Comment un homme qui tient toute maladie
en son pouvoir peut-il être sujet à une simple fatigue de corps ? Je lui
dirais, médecin, guéris-toi toi-même.”
Ceci fut dit avec un ton d’incrédulité par ce savant
dirigeant des Juifs ; et caressant sa barbe blanche, il attendait de Jean une
réponse. Car, comme beaucoup de chefs, voire la plupart d’entre d’eux, il était
lent à croire tout ce qu’il entendait sur Jésus. Car, il ne L’avait pas encore
vu, ni, probablement, ne Le visiterait pour Le voir là où Il sera dans la
ville, de peur que sa popularité parmi les Juifs ne diminue. Car, c’est un
homme d’une remarquable ambition et vise d’être le principal dirigeant du
peuple un jour ; par conséquent, quoique il pourrait être réellement convaincu
que Jésus est le Messie, je crains qu’il n’ait assez de bonne foi, par crainte
des Juifs, pour le confesser. Telle est mon opinion sur l’ami de mon oncle, le
riche et puissant Pharisien.
Jean lui
répondit et dit :
“Aussi loin que je puisse saisir le caractère de
Jésus, son pouvoir de guérison sur les maladies n’est pas pour son propre bien,
mais pour le bénéfice de la multitude. Il utilise son pouvoir d’opérer des
miracles pour le bénéfice des autres à
travers l’amour et la compassion et pour montrer la divine puissance en
Lui. Ses miracles sont utilisés uniquement comme preuve qu’Il est le Messie.
Etant un homme avec cette puissance divine demeurant en Lui pour nous, Il est
sujet aux infirmités comme un homme ; Il a faim, soif, est fatigué, souffre
comme un homme. Je L’ai vu guérir le fils d’un homme noble et le restaurer à la
force et à l’activité par une parole,
et le moment suivant, s’asseoir Lui-même, tenant sa tête malade dans ses mains,
paraissant pâle, languissant et sans force. Car ses labeurs d’amour sont grands
et Il est souvent vaincu par eux, ceux qui Le suivent pour être guéris ne Lui
laissant pas le temps de se reposer la nuit. Une fois, Simon Pierre Le voyant
sur le point de s’effondrer suite à une grande fatigue, après la guérison
pendant toute la journée, Lui demanda et dit : 'Maître, tu donnes la force aux
autres, pourquoi souffres-tu toi-même d’être fatigué, pendant que toute la
santé et la force sont en toi comme dans un puit de vie ?'
“ 'Ce n’est pas à moi d’échapper aux infirmités
humaines par un quelconque pouvoir que mon Père m’a donné pour le bien des
hommes. Il est nécessaire que je souffre toutes choses. A travers la souffrance
uniquement, je peux entraîner tous les hommes après moi !' ”
Jean dit ceci si mélancoliquement, comme s’il
répétait le ton même dans lequel Jésus l’avait dit, que nous restâmes tous
silencieux pendant quelques instants. Je sentis les larmes me monter aux yeux
et fut contente de voir que le hautain Pharisien, Nicodème, paraissait ému.
Après une minute d’une sérieuse pause, il dit :
“Cet homme n’est sans doute pas un prophète
ordinaire. Quand Il viendra dans la ville, je serai content d’entendre, de ses
propres lèvres, ses doctrines et de voir quelque puissant miracle.”
“Sûrement” dit Amos “s’il est en vérité un prophète,
nous ne devons pas Le rejeter. Nous devons examiner honnêtement ses
revendications d’être envoyé de Dieu au peuple.”
“Certainement” répondit Nicodème “nous Pharisiens,
sommes prêts pour Lui accorder une audition loyale. Il semblerait que en venant
à Jérusalem, en provenance des provinces, où jusqu’ici Il a prêché et fait des
miracles, Il a l’intention de défier tout le peuple de l’admettre comme un
prophète.”
“Prophète, Il l’est sans doute” répondit Amos “ce
n’est pas la question, maintenant, qu’Il est prophète ou non ; car les
centaines qu’il a guéries sont les témoignages vivants qu’Il a l’esprit et la
puissance des prophètes anciens et qu’Il est réellement un prophète. La
question qui demeure est s’Il est le Messie ou non ?”
Nicodème, lentement et négativement, hocha la tête,
et ensuite répondit :
“Le Messie ne vient pas de Galilée.”
“Il prouvera Lui-même avec puissance qu’Il est le
Messie” répondit mon cousin Jean avec zèle. “Quand tu L’entendras parler, Rabbi
Nicodème, la grâce de ses lèvres et la profondeur de sa sagesse t’amèneront à
croire et, sans miracles, tu admettras qu’Il est le Christ.”
A ce moment, un cri soudain, incontrôlé et joyeux de
Marie, fit tressaillir nos nerfs et, regardant vers la porte, nous la vîmes
enlacée dans les bras d’un jeune homme que je n’avais jamais vu auparavant. Ma
surprise n’avait pas eu le temps de se former en une quelconque explication
définitive de ce que je voyais, que je vis le jeune homme, qui était
excessivement beau et l’image de la santé, laisser, après l’avoir embrassée sur
ses joues, Marie, restée accrochée à Lui, pour se jeter dans les bras de Rabbi
Amos en criant :
“Mon père, mon cher père !”
Mon oncle, qui se tenait étonné et le regardait avec
surprise, comme s’il ne pouvait pas croire ce que ses yeux voyaient, éclata
alors en une profonde expression de joie reconnaissante et, au moment où il
étreignit le jeune étranger sur son cœur, il s’affala sur son cou et pleura,
avec à peine la force d’articuler ces mots :
“Mon fils ! mon fils ! perdu, mais retrouvé ! c’est
l’œuvre de Dieu et Il est merveilleux à nos yeux.
Jean aussi, embrassa le nouveau venu, pendant que le
dirigeant se tenait silencieux, étonné. Qui était ce jeune homme dont l’arrivée
produisit une telle émotion et pourquoi avait-il été salué comme un fils par
mon oncle Amos, je n’avais aucune idée. Et, pendant que je regardais,
abasourdie, la scène, Marie courut et me dit avec des larmes de joie brillant
dans ses beaux yeux sombres :
“C’est Benjamin, mon frère perdu, bien-aimée Adina
!”
“Je ne savais pas que tu avais un frère”
répondis-je, surprise.
“Nous l’avons longtemps considéré comme mort”
répondit-elle, avec émotion, “il y a sept ans, il devint lunatique et il fuyait
vers les tombes hors de la ville où il a longtemps demeuré avec beaucoup
d’autres qui étaient possédés des démons. Pendant plusieurs années, il a été
fou et ne nous a jamais parlé ou connu. Et, nous avons essayé d’oublier qu’il
vivait, puisque le rappeler nous rendait misérables et sans espoir pour son
rétablissement. Mais, oh, maintenant – maintenant, le voici ! Ca semble être
une vision ! Regarde combien viril, noble comme lui-même, il est, avec les
mêmes yeux intelligents et souriants.”
Alors, elle courut le prendre par la main et le
conduisit vers moi, tous les yeux étant fixés sur lui comme s’il avait été un
esprit.
Quand il vit leur regard d’étonnement, il dit :
“C’est moi, à la fois fils et frère à ces très chers
à moi. J’ai toute ma raison et je suis bien.”
“Qui a si extraordinairement opéré ce changement, oh,
mon fils ?” demanda Rabbi Amos, les lèvres tremblantes et gardant sa main sur
l’épaule de Benjamin comme s’il craignait qu’il ne se volatilise.
“C'est Jésus, le Prophète du Très Haut” répondit-il
avec une gratitude solennelle.
“Jésus !” nous nous exclamâmes tous en une voix.
“Je pouvais l’avoir dit” répondit Jean, calmement.
“Je n’avais pas besoin de demander qui avait opéré ce grand travail sur lui.
Rabbi Nicodème, tu connais bien ce jeune homme ! Tu l’as connu pendant son
enfance et tu l’as vu pendant la folie de son état lunatique, parmi les tombes.
Doutes-tu maintenant si Jésus est véritablement le Christ ?”
Nicodème ne répondit pas ; mais je vis dans
l’expression de sa face qu’il croyait.
“Comment cette chose fut-elle faite sur toi, jeune
homme ?" demanda t-il avec une
profonde et visible émotion.
“J’errais près de Béthanie ce matin” répondit le
perdu et restauré, avec modestie et émotion “quand je vis une foule que je
suivis furieusement. Au moment où je m’approchais, je vis, au milieu d’elle, un
homme ; et, à peine avais-je jeté mon regard sur lui, je me sentis saisi par
une incontrôlable propension pour le détruire. La même furie prit sept autres,
mes camarades dans la folie, et, ensemble, avec un même esprit et une même volonté,
nous nous ruâmes sur lui avec de grosses pierres et des couteaux dans nos
mains. La foule laissa un passage et se replia, effrayée. Elle l’appela pour
qu’il se sauve. Il ne bougea pas, mais resté seul dans un large espace, il se
tint calmement, nous attendant. Nous étions à quelques pas de lui et j’étais le
plus proche, prêt à le jeter par terre, quand, calmement, il leva un doigt et
dit 'Paix'. Nous restâmes immobiles, sans force pour bouger un pied, pendant
que notre rage et notre haine augmentaient suite à notre incapacité de lui
faire du mal. Nous hurlâmes et écumâmes devant lui car nous sûmes alors qu’Il
était le Fils de Dieu, venu pour nous détruire.
“ 'Sortez de ces hommes et partez vite !' dit-il
dans un ton de commandement comme si c’était à nous mais, en réalité, aux
démons qui étaient en nous. A cette parole, je tombai à ses pieds dans une
épouvantable convulsion et tout mon corps se tordit comme s’il avait été en
lutte avec un démon invisible. Alors, Jésus se pencha et posa sa main sur mon
visage et dit :
'Fils, lève-toi. Tu es restauré !'
“A ces paroles un nuage noir sembla s’élever de mon
esprit et disparaître ; la gloire d’une nouvelle existence apparut pour
descendre dans mon âme pendant que sa voix attendrissait mon cœur au dedans de
moi. Fondant en larmes, les premières que j’ai répandues en sept ans, je tombai
à ses pieds et les embrassai, entièrement gagné par un nouveau sens de paix, de
joie intérieure inexprimable.
“ 'Va ton chemin et crains Dieu, afin que tu ne
tombes pas une deuxième fois dans cette captivité de Satan' dit-il, me
remettant sur mes pieds. Je le suivis alors, me réjouissant et bénissant Dieu,
jusqu’à ce qu’il entra dans la maison d’un centurion, près de Béthanie, et me
hâtai ici pour réjouir vos cœurs en me voyant redevenu sain d’esprit.”
Quand Benjamin eut fini de parler, nous donnâmes
tous gloire à Dieu, qui nous l’avait redonné et qui avait envoyé un si grand
prophète parmi nous. Au moment où le maître en Israël pris congé, je le
surpris, en congratulant l’heureux père, dire qu’il saisirait la première
occasion pour avoir un entretien avec Jésus. Et quand mon oncle lui dit qu’il
espérait recevoir le puissant prophète comme son hôte, le dirigeant désira
avoir la permission de Le visiter ici à son arrivée ; “mais secrètement”
l’entendis-je ajouter à l’oreille de Rabbi Amos, alors qu’il prenait congé.
J’ai commencé cette lettre, cher père, par une
allusion à un grand tumulte qui agite toute la ville et qui fut causé par un
acte de puissance de la part du Prophète Jésus qui, il y a deux heures, ce
matin, entra dans la ville et se dirigea vers le Temple, suivi à travers les
rues par une innombrable multitude, telle qu’il n’avait jamais été connu à
Jérusalem auparavant. Mais comme j’ai pris trop de cette lettre pour te relater
ce qui se passa hier dans le hall de la Fontaine, je vais laisser le récit du
tumulte, dont les voix sont encore entendues, pour ma prochaine lettre que
j’écrirai ce soir. Car, maintenant que tous les évènements liés au grand
Prophète, Christ, sont si intéressants, je t’écrirai presque chaque jour afin
de t’informer de toutes les choses qui se passent conformément à ton désir.
Cette requête de ta part, cher père, me remplit de joie. Ce fut une assurance
pour moi que tu as commencé à avoir un intérêt dans ces merveilleuses choses
concernant le Messie et ça me conduit secrètement à espérer que tu puisses déjà
croire en Lui et L’accepter comme l’Oint de Dieu ; ce que, sans doute, Il est
comme le témoignent, à la fois, ses paroles et ses puissantes œuvres.
Quand j’aurai fait le paquet des lettres, je
l’enverrai par Israël Ben Juda avec la caravane qui quitte huit jours après la
Pâque.
Puisse le Dieu de nos Pères être avec toi et te
bénir ainsi que le peuple saint de la promesse.
Ton affectueuse fille,
Adina.
Lettre 17
Mon cher père,
La dernière lettre que je t’ai envoyée, fut écrite
pendant un extraordinaire tumulte qui prévalut dans la ville, tumulte dont j’ai
promis de te donner le récit dans la présente lettre. Je vais le faire maintenant.
Quand le matin de Pâque, le bruit se répandit partout que le Prophète de
Galilée entrait dans la ville par la porte de Jéricho, toute la ville fut
agitée et, des maisons et des boutiques, sortirent des gens qui tournèrent
leurs pas dans cette direction. Marie et moi montâmes au sommet de la maison,
espérant voir quelque chose ; mais partout n’était visible qu’une mer de têtes,
de laquelle s’élevait un profond murmure, semblable à l’incessant bruit de
l’océan frottant contre un rivage rocailleux. Le haut de la porte était visible
de l’endroit où nous nous tenions ; mais il était noir des gens qui s’étaient
entassés dessus pour regarder en bas. Finalement ,Il fut entendu un bruit,
comme d’une seule voix, qui fut suivi par une pression de la foule agitée qui
avançait.
“Le Prophète doit avoir franchi la porte” dit ma
cousine, Marie, sans souffle. “Combien ils Lui rendent honneur. C’est la
réception d’un roi !”
Nous espérions qu’Il passerait à côté de notre
maison, étant donné que nous étions sur l’une des artères principales, mais
nous fûmes désappointées au moment où Il prit le chemin qui contourne le pied
du Mont Sion et gravit la colline de Moriah pour le Temple. Une partie de la
pente qui mène à la maison du Seigneur est visible de notre toit et nous eûmes
la satisfaction de voir le Prophète à distance. Nous Le reconnûmes seulement
parce qu’Il était en avance ; et les gens, pendant qu’ils marchaient à côté de
Lui, Lui laissaient un petit espace. Le plus proche de Lui, dit Marie, était
son cousin Jean, quoique à cette distance je ne pouvais pas l’avoir reconnu.
Mais les yeux de l’affection d’une jeune fille, quoique doux comme ceux d’une
colombe, sont aussi perçants que ceux de l’aigle. La tête de la foule disparut
sous l’arc du Temple et des milliers et des milliers suivirent derrière. A
l’arrière chevauchait, le jeune Centurion Romain, dont j’avais parlé
auparavant, à la tête de quatre cents chevaux, pour faire régner l’ordre parmi
cette grande masse. Marie ne put pas le reconnaître, disant que c’était trop
loin pour dire de qui il s’agissait. Mais, je le reconnus, non seulement par
son air et son allure, mais par son fanion écarlate qui flottait de sa lance de
fer, fanion que je lui avais donné ; car il m’avait dit qu’il avait perdu celui
que sa jolie sœur romaine, Tullia, lui avait donné. Et, comme il regrettait
beaucoup sa perte, je le remplaçai par un autre, fait de mes propres mains.
Comme ce fut un acte de gentillesse seulement envers un étranger, cher père, je
sais que tu ne le désapprouves pas – quoique le fait de l’avoir fait pour un
idolâtre ne peut te plaire. Mais je suis pleine d’espérance, cher père, que ce
noble et excellent jeune puisse encore devenir Juif ; car il aime écouter mes
enseignements des Prophètes et, la semaine dernière, il m’a dit qu’il ne
pouvait pas se lasser de m’écouter lui lire des livres de Moïse et de sublimes
psaumes du Roi David ; lesquels, a-t-il dit, surpassent tous les poèmes aussi
bien dans sa langue qu’en grec. Ainsi par l’attention et la patience, je crois
avec assurance qu’il peut être conduit à renoncer à sa foi idolâtre et à
devenir un adorateur du dieu des armées.
La foule, aussi nombreuse que possible, ayant gagné
le Temple par la grande entrée, il y eut pendant quelques minutes un profond
silence. Marie dit :
“Il est en train d’adorer ou d’offrir un sacrifice
maintenant.”
“Peut-être"
dis-je " s’adresse t-il au peuple et ils écoutent ses paroles.”
Pendant que je parlais, il s’éleva du sein du Temple
une bruyante, anormale et étrange protestation d’un millier de voix qui se
transforma en une grande agitation. Les gens qui étaient dehors répondirent par
un cri généralisé. Nous vîmes alors ceux qui étaient près des murs battre en
retraite en descendant le flanc de la colline dans une terrifiante confusion,
pendant que, pour augmenter la confusion, les chevaux romains chargeaient en
montant la colline, cherchant à pénétrer la masse pour atteindre l’entrée, d’où
les gens sortaient comme un fleuve vivant et secoué par la tempête et devant
lequel la tête de la cohorte recula ou fut écrasée. Je retins mon souffle dans
un épouvantable suspense, ne sachant pas la cause de cette effrayante scène à
laquelle nous assistions, ni à quoi elle pourrait aboutir. Marie, qui savait
que son père et son cousin étaient exposés à tout danger qui menaçait ceux qui
étaient allés dans le Temple, fut vaincue par ses appréhensions d’un mal leur
survenant et, cachant sa face dans ses main, elle tomba presque inanimée à côté
de moi. Mon attention fut alors détournée de la scène sur le Mont Moriah vers
elle et, la conduisant dans les appartements, je ne vis pas davantage ce qui
suivit.
Mais il ne s’était pas passé un quart d’heure que le
jeune Samuel Ben Azel, venu de Naïn la veille pour la Pâque avec sa mère, une
parente lointaine de Rabbi Amos, entra et nous expliqua la cause de la scène à
laquelle nous assistâmes, assurant en même temps Marie de la sécurité de son
cousin et de son père. Son récit fut le
suivant :
“Le Prophète Jésus étant entré dans le Temple avec
la foule qui Le suivait pour voir ce qu’Il allait faire, trouva toutes les
cours remplies de marchands, de changeurs de monnaie et de vendeurs de bétails
pour le sacrifice. Des portions du lieu sacré étaient divisés, par des
clôtures, en des boxes dans lesquels étaient des centaines de brebis et de
bétail. Et entre chaque paire de colonnes de la vaste portique étaient assis, à
leurs tables, des hommes dont le travail était de changer la monnaie étrangère,
apportée par les Juifs en provenance de Grèce, d’Egypte, d’Elam, de Parthe et
d’Afrique et qui étaient montés pour la Pâque, en monnaie de Jérusalem et en
monnaie romaine, que seuls les vendeurs de bétails et brebis recevaient pour ce
qu’ils vendaient. Sur son chemin pour l’intérieur du Temple, le Prophète trouva
son passage si obstrué par les étalages et les tables des agents de change
qu’Il devait les contourner et, souvent, faire demi-tour et prendre une moindre
avenue couverte. Finalement, trouvant sur le linteau même de la cour des
sacrificateurs, un sacrificateur lui-même engagé à une table comme changeur de
monnaie et, à côté de lui, un Lévite gardant une étable pour vente de colombes
et passereaux aux adorateurs, Il s’arrêta sur la marche et, se retournant, jeta
ses calmes, terribles yeux (car ce fut alors terrible, alors qu’avant c’était
doux) sur la scène d’un commerce bruyant et de change. Chaque face fut tournée
vers Lui, dans l’attente. La moitié du marché fut suspendue et les acheteurs et
les vendeurs dirigèrent leur regard, comme par une sorte de fascination
mélangée avec un étrange respect et crainte, sur Lui. Ceux qui étaient autour
de Lui s’éloignèrent de plus en plus, lentement mais irrésistiblement
élargissant l’espace entre eux et Lui, ne sachant pas par quelle impulsion,
jusqu’à ce qu’Il resta seul, sauf Jean son disciple, qui demeura à côté de Lui.
“Le tapage dû aux achats et ventes baissa. Même le
bruit du bétail et le cri des brebis s’arrêtèrent comme si une crainte
surnaturelle avait saisi même les bêtes en sa présence ; et seul le doux
roucoulement des colombes troublait le silence de mort de cet immense endroit
qui, il y a un moment, fut la scène des jurons, cris, gens courant ça et là, achetant,
vendant, son de pièces de monnaie et brouhaha des dizaines de milliers de voix
! C’était comme si un cyclone, balayant avec un vacarme assourdissant les
éléments au dessus de l’océan secoué, avait été soudainement stoppé et suivi
par un grand calme. Le silence était terrible ! Il arrêta le battement même de
mon cœur. Chaque œil de l’immense foule semblait s’assujettir au Prophète, dans
l’attente de quelque événement redoutable.
“Je pensai au monde à l’avenir, rassemblé devant le
tribunal de Jéhovah, attendant sa sentence. Les marches du Temple sur
lesquelles Il se tenait semblaient être un trône et le peuple devant Lui
attendant le jugement. Soudain, le silence qui était devenu oppressif, fut rompu
par un jeune homme près de moi, qui donna libre cours à ses sentiments par un
grand cri perçant et tomba inanimé sur le parquet en marbre. Il y eut un
frisson général d’horreur, cependant le même silence craintif succéda à cette
saisissante interruption. Ce cri intense avait parlé pour nous tous, donné
l’expression et la sortie à ce que nous ressentions tous.
“Soudain, la voix du Prophète fut entendue, claire,
autoritaire et tonnant comme la trompette qui secoua Sinaï quand la loi fut
donnée et fit trembler tout le peuple :
“ 'Il est écrit que la maison de mon Père sera
appelée une maison de prière ! Mais vous en avez fait une caverne de voleurs
!'[1]
“Il prit alors, du parquet à ses pieds, une petite
corde, que quelqu’un avait laissé tomber, et, la doublant en forme de fouet, Il
s’avança. Devant sa présence s’enfuirent les changeurs de monnaie, les
sacrificateurs et les Lévites, les vendeurs de bœufs, les vendeurs de brebis,
les vendeurs de colombes, se sauvant dans une telle hâte devant le déplaisir de
sa contenance qu’ils abandonnèrent leurs biens à leur propre sort pour ne
chercher que leur sécurité personnelle.”
“ 'Sortez ces choses d’ici” cria le Prophète “ne
faites pas de la maison de mon Père, une maison de marchandises !'[2]
“Une telle scène de confusion et de fuite, comme ce qui
suivit alors, n’avait jamais été vue ! Toute la masse était dans un mouvement
de recul. Je fus emporté par le flot. Les tables de monnaies furent renversées
de tous côtés, mais même le plus avare ne pensa pas, à ce moment, à s’arrêter
pour collecter quelques unes des pièces d’or et d’argent que des milliers, qui
se bousculaient, foulaient à leurs pieds. Ce n’était pas devant le fouet de
petite corde que nous fuyions car Il ne toucha personne avec ; mais c’était sa
présence ! Nous fûmes chassés devant Lui comme la paille. Aux yeux de tous, le
petit fouet semblait flamboyer au dessus de leurs têtes comme si ce fut
l’ardente épée d’un ange destructeur. On ne pensait à rien sinon à la terreur,
la fuite, l’évasion. En quelques temps, la cour des Sacrificateurs du Temple
fut soulagée de toute âme et nous fûmes
chassés à travers la cour d’Israël et la large cour des Gentils, vers la porte
Sud. Regardant en arrière, je vis que le Prophète ne poursuivait personne, mais
Il se tenait seul, Maître et Seigneur du Temple. Le fouet n’était plus dans sa
main ; et toute son attitude et l’expression de sa face avaient changé de leur
impression de puissance terrible à un air de compassion profonde devant sa
présence.
“Mais je n’eus pas le temps de m’émerveiller devant
cet extraordinaire changement, car la foule cherchait encore à fuir et
m’emportait en avant et je perdis de vue le Puissant Prophète. A l’entrée, nous
fûmes croisés par une cohorte de la cavalerie de Pilate et repoussés dans le
Temple. La scène devint alors effroyable. Ce fut que avec les lances romaines
devant et le Prophète derrière, la
foule craignant d’aller d’un côté comme de l’autre, les gens marchèrent les uns
sur les autres, foulèrent à leurs pieds les plus faibles et remplirent l’air
avec des jurons, des cris et d’horribles protestations dus, à la fois, à la
douleur, à la rage et à la terreur. Comment je me suis sauvé, je ne sais pas ”
ajouta Samuel alors qu’il achevait son récit “mais en me retrouvant hors de
l’entrée, je cherchai aussitôt, avec des centaines de gens, un abri dans la
ville et je suis content d’avoir atteint cet endroit de sécurité ; car les
Romains parcourent les rues et font rentrer tous les gens dans leurs maisons.”
Quand Samuel eut fini de parler, et nous étions
émerveillés à cette nouvelle exhibition du puissant pouvoir du Prophète Jésus,
la rue devant notre demeure fut remplie de personnes qui cherchaient leurs
maisons. Certains criaient : “le terrible Prophète !”, d’autres : “les Romains
!” et certains, par leurs plaintes, semblaient fuir par une peur égale les
deux. Au milieu de ce tumulte, je m’assis pour t’écrire ma dernière lettre,
pendant que les incidents étaient frais et de peur que d’autres évènements ne
viennent chasser ceux-ci de mon esprit.
Ah, mon cher père, Jésus de Nazareth doit être
réellement investi de pouvoir divin ! Lui qui, avec une parole et un regard,
dit Rabbi Amos, peut ainsi repousser des milliers d’hommes devant Lui, pourrait
faire fuir le monde entier de la terrible majesté de sa présence ! Mon oncle,
Rabbi Amos, qui, à son retour du Temple, corrobora ce que Samuel avait déclaré,
ajouta qu’alors que Jésus se tenait seul, possesseur des parquets des cours du
Temple parsemés de pièces d’or, le souverain Sacrificateur s’avança vers Lui,
avec une crainte mêlée de colère et Lui demanda par quelle autorité Il fit ces
choses, voyant qu’Il s’était chargé de purifier le Temple.
Sa réponse fut : “la maison de mon Père ne doit pas
être une maison de marchandises. Le zèle pour la gloire de son Temple m’a fait
faire ces choses.”[3]
“Es-tu le Christ ?” demanda le Souverain
Sacrificateur, se tenant toujours à une certaine distance de Lui.
“Si je te dis que je le suis, tu ne croiras pas.”
“Quand Christ viendra, Il rétablira toutes choses”
répondit le Souverain Sacrificateur.
“Et j’ai commencé cette restauration en chassant du
Temple ceux qui souillent et le restaurant pour être une maison de prières,
selon ce que mon Père m’a ordonné.”
“Qui est ton Père ?” demanda Caïphe.
“Dieu est mon Père ; et c’est pour faire sa volonté
que je suis envoyé dans le monde. Je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est
mon Père qui m’a envoyé. Il est écrit de moi : Il viendra soudain dans son
Temple et sera comme un purificateur et un raffineur de l’argent.”[4]
“Quel signe montres-tu qui prouve que tu es envoyé
et que tu as l’autorité de faire ce que tu fais ici aujourd’hui dans le Temple
?”
“N’as tu pas la preuve de mon pouvoir venant du ciel
?” répondit Jésus, étendant sa main vers la foule encore terrifiée ; et la
posant alors sur sa poitrine, Il ajouta : “détruis ce Temple et en trois jours
je le relèverai ! Puisse ceci être pour toi, o Sacrificateur, et pour toute la
Judée, le signe que je suis envoyé par mon Père qui est au ciel. Comme Il m’a
donné l’ordre, ainsi j’agis !”
Suite à ceci, il y eut un grand murmure, dit Rabbi
Amos car beaucoup de sacrificateurs, avec Anne aussi, avaient pris courage et
s’étaient approchés pour écouter.
“Il ne peut pas être un homme juste” dit Anne “ni
faire l’honneur de Dieu, s’il voudrait que nous détruisions le Temple !”
“Cependant, s’il n’est pas envoyé de Dieu, d’où
a-t-il ce pouvoir sur les hommes ?” répondit un autre.
“Il le fait par Beelzebub, dont il est sans doute le
prophète” dit Anne à haute voix “car un vrai prophète ne chercherait pas la
destruction de la Maison sainte de Dieu.”
Sur ce il y eut une multitude de voix, certains
criant une chose, et certains une autre ; mais la plupart affirmaient qu’ils
croyaient que Jésus était un homme juste et un prophète divin. Caïphe, à la
fin, obtint le silence et Lui dit avec respect et crainte :
“Es-tu ce Christ des Prophètes ?”
“Je suis !” répondit le Prophète calmement et
fermement ; et levant les yeux au ciel, Il ajouta de façon impressionnante, “Je
suis venu de Dieu !”
Quand, ajouta mon oncle, Anne entendit ceci, il
éleva sa voix dans une exclamation d’horreur et cria :
“Entendez-vous ce blasphémateur ! Chassons-le du
Temple qu’il pollue !”
Mais personne n’osa s’approcher du Prophète, dont le
puissant pouvoir avait été si récemment exprimé dans l’expulsion des marchands
et acheteurs de ce lieu sacré.
“Rendez témoignage” dit-Il alors, triste plutôt que
fâché “que je suis venu chez les miens et vous ne m’avez pas reçu. Ce Temple de
mon Père, duquel vous voulez me faire sortir, ne sera plus la demeure et
l’autel de Jéhovah. Le jour vient où votre prêtrise sera ôtée et donnée aux
autres et, parmi les Gentils, s’élèveront au nom de mon Père, sur chaque
colline et dans chaque vallée de la terre, de saints temples dans lesquels Il
se plaira d’habiter ; et les hommes n’auront plus besoin d’adorer Dieu dans
Sion, mais dans tous les endroits, la prière et la louange seront offertes au
Très Haut. Ce Temple, que vous avez pollué, sera détruit et vous serez
dispersés parmi les nations parce que vous n’avez pas reconnu le temps de la
miséricorde de Dieu.”
Ayant ainsi parlé, le Prophète quitta le Temple,
laissant le Souverain Sacrificateur, les sacrificateurs et les lévites debout
Le regardant, sans pouvoir dire un mot. Rabbi Amos qui vit et entendit tout
ceci, dit que rien ne pouvait avoir été plus frappant que le contraste présenté
entre les deux hommes ; le Souverain Sacrificateur et Jésus (si c’est légal de
L’appeler un homme, cher père) pendant qu’ils parlaient l’un à l’autre, l’un
vêtu d’habits somptueux, avec une éclatante tiare sur son front, son port noble
et imposant, ses cheveux et sa barbe blanche comme neige et son apparence
majestueuse et splendide avec une richesse extérieure ! l’autre jeune, habillé
en vêtements grossiers avec un manteau gris galiléen enveloppé autour de Lui,
des sandales usées à ses pieds, et tout son habit pauvre et couvert de
poussière de son voyage à pied depuis Béthanie ; pendant que la sévère
tristesse de sa face, qui semblait parfaitement et de manière touchante assagie
par la prière et la souffrance, contrastait fortement avec la sévère et rude
face de Caïphe, rougie de colère et d’hostilité envieuse.
“Il sortit du Temple à pas régulier, ne regardant
pas en arrière à ses ennemis, ni n’étant suivis par eux. Je vis Jean Le
rejoindre et me hâtai de lui demander de L’inviter à ma maison pour séjourner
et manger la Pâque avec moi, mais Il
disparut et je le perdis de vue. Mais à l’entrée, je croisai un homme qui
sautai et chantait, que le Prophète avait guéri par un toucher au moment où Il
sortait, quoique l’homme avait été paralytique pendant presque trente ans.
Ainsi, cette puissante personne ne cesse jamais de faire le bien.”
Tel est, mon cher père, le récit donné par Rabbi
Amos de ce qui se passa dans le Temple. Que Jésus est le Christ est hors de
doute maintenant ; car Il L’a ouvertement déclaré au Souverain Sacrificateur.
Adieu, père, chéri. Les serviteurs apportent les
rameaux pour les tentes et je dois clore cette lettre, avec des prières au Dieu
de nos pères pour ta paix et ton bien être.
Adina.
[1] Matthieu 21 :13
[2] Jean 2 :16
[3] Jean 2 :17 ; Psaumes 69 :10
[4] Malachie 3 :1 ; 3 :3
Lettre 18
Mon cher père,
La dernière lettre que j’ai reçue du messager romain
m’a remplie de gratitude, en apprenant par elle ton rétablissement. Quand
j’appris ta maladie par Ben Israël, je sentis comme si je volais avec les ailes
d’une colombe pour atteindre ton oreiller et amener au confort le vénéré et
bien-aimé auteur de mon être. Que le Dieu de nos pères soit loué pour t’avoir
remis sur pied et qu’Il te préserve longtemps pour moi, est ma prière
quotidienne.
Tu dis dans ta lettre, cher père, que tu as lu avec
intérêt toutes mes lettres et plus spécialement celles qui concernent Jésus de
Galilée, le puissant Prophète accordé maintenant à Israël. Tu dis que tu es
prêt de L’admettre comme un prophète envoyé de Dieu “car évidemment aucun homme
ne peut faire de telles grandes œuvres à moins que Dieu ne soit avec lui”. Mais
tu ajoutes “pendant que je suis prêt, mon enfant pour le reconnaître comme un
prophète du Seigneur, je suis loin de voir en lui le Messie promis à notre
peuple ! Hormis la bassesse de son origine et l’humilité de sa condition,
marchant à pied et sans suite (alors que le Messie doit être Prince et Roi), il
ne peut pas avoir la prétention d’être le Messie car il vient de Galilée. Le
Messie vient-Il de la Galilée ? Que Rabbi Amos qui semble être prêt, je le
perçois, à l’admettre comme le Christ, examine les écrits des Prophètes et voie
! L’Ecriture n’avait-elle pas dit que Christ vient de la semence de David et de
la ville de Bethléem où David était ? Cherchez et fouillez, car aucun prophète,
beaucoup moins le Messie, ne vient de Galilée.”
A cette objection, cher père, faite aussi dans une
précédente lettre (et à laquelle je répondis), Rabbi Amos désire que je te dise
qu’il a examiné à fond les registres des naissances conservés dans le Temple,
et trouvé, comme je te l’ai dit auparavant, que Jésus est né à Bethléem. Après,
Il se rendit en Egypte avec ses parents et de là, retournant en Judée, Il
s’établit en Galilée où Il fut élevé. De ces faits dans son histoire, non
seulement Rabbi Amos est convaincu, mais Nicodème aussi, dont tu ne pourras pas
mettre l’instruction en doute. Et ce dernier, à notre très grande surprise et à
mon propre grand plaisir, ajouta hier, quand nous parlions du sujet au souper
“il y a une prophétie, o Rabbi Amos, qui soutient la revendication de ce
puissant prophète d’être le Messie.”
“Quelle est-elle ? Laisse-moi entendre tout ce qui
peut soutenir !” demandai-je, attentive ; non pas, cher père, que ma confiance
en Lui a besoin de confirmation, mais je souhaite que d’autres croient.
“Tu la trouveras dans le Prophète Osée” répondit
Nicodème “et ainsi se lit : J’ai appelé mon Fils hors d’Egypte.[1] Ces paroles
se réfèrent au Messie, sans doute, comme le disent tous les docteurs de la
Loi.”
“C’est un nouvel argument pour Jésus, alors”
répondit Rabbi Amos.
Mon cœur bondit de joie, cher père, en entendant
cette prophétie citée mais juge mon émotion quand Nicodème, prenant le rouleau
du Prophète Esaïe dans sa main, lit les paroles qui suivent et les appliqua à
Jésus : “Au delà du Jourdain, dans la Galilée des Gentils, le peuple qui était
assis dans les ténèbres a vu une grande lumière !”[2] Ceci change l’objection
de sa venue de la Galilée en une preuve supplémentaire de sa revendication
d’être le Messie.
Je t’entends alors demander, cher père, avec
beaucoup de riches et influents citoyens de Jérusalem “les dirigeants ont-ils
commencé à croire en lui ?” Oui, Nicodème commence à croire qu’Il est le
Christ, étant de plus en plus assuré de cela plus il examine les divines
Ecritures. O, mon cher père, si tu pouvais voir Jésus et L’entendre parler
comme je l’ai fait ! Tous tes doutes se dissiperaient alors et tu serais
disposé à t’asseoir à ses pieds et à apprendre de Lui les paroles de vie.
Comment pourrai-je Le décrire – comment pourrai-je t’amener à L’écouter et Le
voir comme moi j’ai entendu et vu ?
Dans ma deuxième lettre, je t’ai informé que Rabbi
Amos L’avait invité à séjourner avec nous pendant la Pâque. Jean, le cousin de
Marie,Lui transmit l’invitation de mon oncle et Il accepta gracieusement ; Il
vint ici hier, après qu’Il eut quitté le Temple, d’où Il avait, avec une telle
puissance de commandement, chassé les marchands et les changeurs de monnaie.
Pendant que nous L’attendions, entendant la rumeur
circuler le long des rues “le Prophète arrive ! le Prophète arrive !” émise par
des centaines de voix des hommes et enfants, je me hâtai au sommet de la maison
qui a vue sur la rue jusqu’au pied du Temple. Tout le chemin était une mer des
têtes. La foule roulait en avant comme un puissant fleuve ; comme j’ai vu le
sombre Nil couler pendant qu’il déversait son flot rafraîchissant le long de
ses rives confinées.
Marie se tenait à côté de moi. Nous essayions de
distinguer, parmi la foule qui avançait, la personne centrale autour de
laquelle la mer des têtes avançait par vagues et dont la progression était
l’occasion d’un si grand tumulte. Mais tout était tellement confus avec les
branches de palmier qu’on agitait, que nous ne pouvions rien distinguer
clairement. Pendant que je m’efforçais à distinguer la forme du Prophète, Marie
me toucha et me dit de regarder dans la direction opposée. Au moment où je le
fis, je vis Aemilius Tullius, le jeune Centurion Romain, au sujet duquel j’ai
parlé auparavant et qui est maintenant Préfet de la légion de Pilate, avançant
à la tête de deux cents cavaliers à vitesse maximale, dans le but de rencontrer
et faire rebrousser chemin à la colonne de gens qui avançait.
Comme il venait opposé à la maison, il leva les yeux
et, nous voyant sur le parapet, il agita gracieusement son épée étincelante,
nous salua et il s’empressait de passer quand Marie cria :
“Noble Monsieur, il n’y a pas d’insurrection, comme
quelques personnes t’ont sans doute dit, mais cette grande foule se déplaçant
vers ici est seulement une escorte au Prophète de Nazareth, qui vient pour être
l’hôte de mon père.”
“J’ai l’ordre de Pilate de L’arrêter, dame, comme
celui qui trouble la paix de la capitale.”
“Un prophète doit-il souffrir parce que ses œuvres
puissantes drainent des foules après ses pas, noble Romain ? Si ta troupe
avance, il y aura une collision avec le peuple. Si tu la retirerait un peu, tu
verras que, quand le Prophète va franchir le seuil de la maison de mon père,
ils s’en iront en paix.”
Le Préfet ne dit rien mais sembla me regarder pour
quelques paroles : voyant cela, je l’implorai sérieusement de ne faire aucune
violence au Prophète.
“A cause de tes amitiés, dame, je vais arrêter ma
troupe ici ; spécialement comme je vois que le peuple n’est pas armé.”
Le Centurion donna alors des ordres à ses cavaliers
de s’aligner du côté opposé à la maison. La foule s’approcha alors ; mais
beaucoup de ceux qui étaient devant, voyant les chevaux romains, s’arrêtèrent
ou retournèrent vers l’arrière, en sorte que je vis Jésus apparaître devant,
marchant d’un pas régulier, calme avec Jean à ses côtés ; Rabbi Amos était
aussi avec Lui. Pendant qu’Il s’approchait, le peuple, par crainte des lances
romaines, resta en arrière et Il avança presque seul. Je vis Jean Lui montrer
notre maison. Le Prophète leva sa face et la regarda un instant. Je vis ses
traits complets. Sa mine n’était pas celle d’un jeune homme, mais d’une
personne ayant dépassé l’âge moyen de vie, quoique il n’avait que 30 ans. Ses
cheveux étaient mélangés avec des gris et dans sa face fine et ovale étaient
entaillées, par le souci et la peine, des lignes profondes. Sa barbe abondante
tombait sur sa poitrine. Ses yeux semblaient fixés sur nous deux pendant un
instant avec affabilité et paix. Profonde tristesse, douce, non sévère,
semblait être l’expression caractéristique de son visage noble et princier. Il
y avait un air de dignité humaine dans ses manières ; et alors qu’Il marchait
parmi ceux qui Le suivaient, Il était réellement royal, quoique la simplicité
et l’humilité atténuaient cette majesté native d’allure. Il semblait s’attirer
à la fois le respect et l’amour de ceux qui Le voyaient – mériter également
notre hommage et notre sympathie.
Au moment où Il s’approcha de l’endroit où le Préfet
Romain était assis sur son cheval ; le Prophète inclina légèrement son corps
mais avec une courtoisie indescriptible au jeune chef, qui se courba bas de sa
selle en reconnaissance comme si ce fut à un Monarque. Nous fûmes toutes les
deux surprises et hautement reconnaissantes, cher père, à cet acte d’hommage de
la part du chevalier Romain à notre Prophète, et j’eus plus que jamais des
pensées bienveillantes sur Aemilius.
Dépassant la troupe de chevaux, Jean et Rabbi Amos
conduisirent Jésus à notre porte ; mais avant qu’ils l’atteignent, il y eut des
cris adressés au Romain pour L’arrêter, venant de plusieurs voix âpres.
Regardant d’où venaient ces cris, je
vis qu’ils sortaient de plusieurs sacrificateurs, conduits par Anne, qui se
pressaient à travers la foule, criant de façon menaçante :
“Nous en appelons à toi, o Préfet, pour arrêter cet
homme ! Honte à toi, Rabbi Amos ! As-tu aussi cru en cet imposteur ? Nous
accusons ce Galiléen, o Romain, d’avoir provoqué une sédition. Il a pris
possession du Temple et, à moins que tu n’aies l’œil sur elle, il prendra la
citadelle de tes mains. Si tu ne L’arrêtes pas, nous ne répondrons pas des
conséquences qui pourraient survenir à la ville et au peuple.”
“Je ne vois rien à craindre de cet homme, o vous
Juifs” répondit Aemilius. “Il n’est pas armé et n’a pas de troupe. Restez en
arrière ; restez dans votre Temple. C’est de vos cris que vient toute la
confusion ! Retournez à vos affaires ! Si le tumulte s’élève dans la ville,
Pilate vous tiendra responsable. Tout le reste du peuple est pacifique sauf
seulement vous.”
“Nous porterons notre plainte devant le Procurateur”
cria Anne, qui était le principal orateur. Et, suivi par un large groupe des
sacrificateurs et des lévites en colère, avec des bâtons dans leurs mains, il
se dirigea vers le palais du Gouverneur Romain.
Je fus reconnaissante à Aemilius pour avoir pris si
courageusement le parti du Prophète. La foule commença alors à se retirer,
pendant que les chevaux romains remontaient lentement la rue et Jésus, étant
reçu dans la maison par Marie, qui descendit pour ouvrir la porte, calme, fut
aussitôt dans une mesure restauré ; cependant, à un moment une grande foule de
gens, dont les tables de monnaie avaient été renversées, vint se plaindre pour
les pertes et ils auraient attaqué la maison n’eut été Rabbi Amos qui alla et
s’adressa poliment à eux ; leur montrant que s’ils avaient vendu et acheté dans
le Temple, contrairement à la Loi, et que si Jésus les avait chassé seul, Il
devrait être un prophète, car seul un prophète pouvait faire fuir un millier
d’hommes devant Lui ; “et s’il est un prophète, mes amis, Il a agi par un
commandement de Dieu ; et prenez garde de peur qu’en vous vengeant contre Lui,
vous ne soyez trouvés en train de combattre contre le Seigneur du Temple !”
Avec de telles paroles, il les amena à se retirer,
cependant beaucoup de malades, boiteux, aveugles, infirmes, aussi bien qu’un
groupe de lépreux, se tinrent pendant longtemps dehors, appelant le Prophète de
venir pour les toucher et les guérir.
Pendant ce temps, Jésus fut conduit dans le hall
intérieur et l’eau étant apportée, Rabbi Amos lui-même enleva ses sandales et
lava ses pieds avec révérence ; alors que Marie, pour Lui faire tout l’honneur,
les essuya avec un riche voile qu’elle avait déjà fait en prévision de son
mariage prochain avec son cousin Jean. Ce fut à ce moment que j’entrai dans le
hall. Désireuse, comme je l’avais été, de voir et de parler avec le Prophète.
Il leva ses yeux et, me voyant, Il dit :
“Fille, viens aussi me souhaiter le bienvenu avec
ces chers amis ; car je sais que tu crois en moi et désires que ton père aussi
croie. Sois patiente et espère ; car tu le verras, celui que tu aimes, mon
disciple !”
Pendant qu’Il parlait ainsi, Il étendit sa main vers
moi sur laquelle je fis tomber, comme la pluie, de larmes de joie. Je m’aperçus
qu’Il connaissait mon cœur et mes pensées, et que ses paroles se révéleraient
vraies. Oui, cher père, toi aussi tu croiras, comme nous tous croyons ! Toi
aussi auras à L’admettre comme le Christ.
Il y avait dans la salle, non seulement Amos, et
Jean, et Marie, mais le sacrificateur Elie, cousin à Caïphe, qui, désireux
d’entendre des lèvres du Prophète ses enseignements sublimes, était entré avec
Lui. Il y avait aussi cinq hommes que je n’avais jamais vus auparavant ; mais
qui, comme le dit Jean, étaient ses disciples. L’un deux était grand, mince, avec des traits hauts et
énergiques, une expression intrépide et des yeux d’aigle, avec un air de
singulière détermination, comme un soldat. Son nom était Simon Pierre. Un autre
était une personne d’apparence intellectuelle avec un air calme et pensif, qui semblait
suspendu à chaque parole que son Maître émettait comme s’il écoutait les
oracles même de Dieu. Son nom était André et il est frère à Simon. Mais je
n’avais d’yeux et d’oreilles pour personne si ce n’était pour Jésus.
Je vis qu’Il semblait fatigué et pâle et, pour la
première fois, je remarquai qu’Il semblait souffrir, étant donné que de temps
en temps Il levait sa main pour toucher ses tempes. Désireuse de servir une si
sainte personne, je me hâtai de préparer un calmant que j’apportai dans le hall.
J’étais sur le point de Lui donner quand le sacrificateur Elie me fit rudement
reculer et dit : “Non, jeune fille, laisse-nous voir un miracle !” Il se tourna
alors vers le Prophète “Maître, nous avons beaucoup entendu de ton pouvoir
d’opérer des miracles mais nous n’en avons vu aucun par toi. Si tu peux
maintenant me montrer un miracle, je croirai, moi et toute ma maison ! Tu as
mal à la tête ; guéris-le par le toucher et je t’admettrai comme le Christ, le
Fils du Béni !”
Jésus tourna ses yeux sur lui et dit : “tu lis les
Prophètes et devrais savoir si celui qui te parle est le Christ ou non. Sonde
les Ecritures afin que tu puisses savoir que le temps de sa visitation est venu
et que je le suis. Une prophétie accomplie est d’une plus grande valeur que plusieurs
miracles. Mais, je ne fais pas des miracles pour soulager mes propres
souffrances. Je suis venu dans le monde pour souffrir. Esaïe écrivit de moi, un
homme de douleur et habitué à la souffrance ! Bénis sont ceux qui, n’ayant pas
vu, croiront. Vous croyez que je suis un prophète et que je suis venu de Dieu.
C’est bien. Un prophète peut-il alors tromper ? Si je suis un prophète (et vous
n’en doutez pas) et je dis aussi que je suis le Christ, pourquoi ne me
croyez-vous pas ? Si je suis un vrai prophète, venu de Dieu, je ne peux pas
tromper. Pourtant vous me croyez quand je dis que je suis un prophète et vous êtes mécontents quand je
dis que je suis le Christ. Si vous me croyez en tout, alors croyez ce que je vous
dis, que je suis le Christ.”
“Mais, Maître” dit le lévite âgé, Asher “nous savons
d’où tu es – même de Galilée. Mais quand Christ viendra, personne ne saura d’où
tu es !”
“C’est vrai, o homme d’Israël, que à la fois, vous
me connaissez d’où je suis. Cependant, vous ne connaissez pas Celui qui m’a
envoyé. Vous ne comprenez pas les Ecritures, sinon vous m’auriez réellement
connu, d’où je suis et qui m’a envoyé. Mais vous ne connaissez, ni moi, ni
celui qui m’a envoyé, car je suis sorti de Dieu. Si vous L’aviez connu, vous me
connaîtriez aussi. L’heure vient où vous connaîtrez d’où je suis et croirez en
moi ; mais maintenant vos cœurs sont assombri à travers l’ignorance et
l’incrédulité. Je vous ai dit clairement que je suis le Christ.”
Quand Il eut parlé ainsi avec grande dignité et
puissance, beaucoup qui étaient présents furent offensés et quelques voix
murmurèrent contre Lui. Alors Rabbi Amos Le guida vers l’appartement qu’il
avait préparé pour Lui, mais les gens restèrent discuter chaudement du sujet,
et ils étaient profondément divisés à son sujet, certains disant qu’Il était le
Christ et d’autres le reniant ; pendant que d’autres criaient à haute voix
qu’Il faisait ses miracles par Beelzebub, le prince des démons.
“Et ainsi” me dit amèrement mon cousin Jean “et
c’est ainsi partout où mon bien aimé Maître va. Dénigrement et jalousie, malice
et incrédulité suivent ses pas et chaque jour sa vie est menacée et aucun
endroit n’est un refuge pour sa tête douloureuse.”
En allant dans son appartement, le Prophète devait
traverser la cour et, comme je suivais ses pas du regard, je vis quatre hommes,
qui avaient grimpé sur le toit de la maison à partir de la rue, les portes
étant fermées, faire descendre un cinquième dans une couverture aux pieds même
de Jésus. C’était un homme souffrant de paralysie et leur propre père. Jésus
voyant leur amour filial, s’arrêta et dit avec bonté ;
“Jeunes hommes, que voulez-vous que je fasse ?”
“Guéris notre vieux père, Saint Rabbi.”
“Croyez-vous que je peux le faire ?” demanda-t-Il
fixant attentivement son regard sur eux.
“Oui, Seigneur ! Nous croyons que tu es le Christ,
le Fils de Dieu vivant. Toutes choses sont possibles à toi !”
Jésus les regarda affablement et ensuite, saisissant
le vénérable homme par la main, Il lui dit à haute voix, si bien que tous ceux
qui observaient L’entendirent :
“Vieux père, je te dis, lève-toi et marche !”
L’homme paralysé se leva instantanément sur ses
pieds,rétabli et fort et, après avoir jeté un regard tout autour sur lui-même,
il se jeta aux pieds du Prophète et les mouilla de larmes. Les quatre fils
suivirent l’exemple du père, pendant que tous les gens qui étaient témoins du
miracle criaient : “gloire à Dieu, qui a donné un tel pouvoir aux hommes !”[3]
Alors, Jésus se retira de l’étreinte des fils reconnaissants
qui, embrassant alors leur père, pleurèrent sur son cou. Ensuite, tous les
quatre l’escortèrent, deux à chaque côté, leurs bras autour de lui, et autour
l’un de l’autre, dans la rue où ils furent reçus par la foule avec de grands
cris de reconnaissance ; car le vieil homme avait été bien connu dans la ville
par tous les hommes, comme paralysé et incapable de marcher pendant plusieurs
années.
Tels sont, mon cher père, les incessants témoignages
que Jésus porte, aussi bien par des miracles que par des paroles, qu’Il est le
Messie.
Puisse le Dieu de nos pères te garder en santé.
Ton affectueuse fille,
Adina.
[1] Osée 11 :2
[2] Essaïe 8 :23 ; 9 :1
[3] Matthieu 9 :8
Lettre 19
Mon cher père,
La visite du Prophète Jésus à la ville a produit des
résultats du plus étonnant caractère. Ses nombreux miracles, opérés en plein
jour par une parole ou par un regard ou un toucher ou un commandement ; la
puissance de sa prédication ; l’excellence de ses doctrines, qui sont
évidemment divines ; son affirmation claire qu'Il est le véritable Christ, ont
tous contribué à amener les premiers hommes d’Israël, aussi bien les dirigeants
que le peuple, à croire en Lui ! Pendant les quatre jours où Il demeura à la
maison de mon oncle Amos, les principaux hommes de la ville vinrent L’écouter
et, si possible, voir quelque miracle accompli par Lui. La prêtrise est divisée.
Caïphe L’a reconnu publiquement comme un prophète, alors qu’Anne a publiquement
déclaré qu’Il est un imposteur ; et ainsi deux parties se sont formées dans la
ville, conduites par les deux prêtres et la plupart des hommes ont pris le
parti de l’un ou de l’autre. Mais la majorité du peuple ordinaire est en faveur
de Jésus, croyant qu’Il est le Christ. Les Pharisiens, pour la plupart, sont
opposés à Lui, car Il réprimande intrépidement leurs péchés et hypocrisie ; et
quoique ils Le craignent, ils Le haïssent et Le détruiraient car Il prêche si
clairement contre leur méchanceté que le peuple a cessé de les respecter. Même
Nicodème, qui d’abord était porté à L’accepter comme un prophète, trouvant que
les Pharisiens étaient contre Lui et ne voulant pas perdre sa popularité auprès
d’eux, s’éloigna de la maison où Jésus était, le jour ; mais sa curiosité
d’apprendre plus de Lui le conduisit à visiter le saint Prophète secrètement la
nuit. Il le fit deux fois, venant seul dans l’obscurité et son ami Rabbi Amos le
laissant entrer. Ce que fut le résultat de ces entretiens, je ne peux te le
dire que du récit de Marie. Elle surprit leur conversation, sa fenêtre ouvrant
sur le corridor où Jésus était assis après le souper, seul au clair de lune
pendant une heure, fixant le ciel, méditatif.
Ses traits pâles et ciselés semblaient rayonnants
dans le blanc clair de lune comme le marbre et comme la glace quand Rabbi Amos
vint et annonça le dirigeant Nicodème, qui désirait parler avec Lui.
“Dis-lui d’entrer et de me voir s’il a quelque chose
à me dire” répondit le Prophète en se tournant vers lui.
“Nicodème” ajouta ma cousine Marie “vint alors dans
le corridor, soigneusement enveloppé dans son manteau ; et regardant tout
autour pour s’assurer qu’il n’était pas vu. Il le retira de sa face et, se
courbant avec révérence, il dit au Prophète :
“ 'Pardonne-moi, o Rabbi, de venir à toi la nuit,
mais le jour ton temps est pris par la guérison et l’enseignement. Je suis
content de te trouver seul, grand Prophète, car je voudrais te demander
beaucoup de choses.'
“ 'Parle Nicodème et je vais écouter tes paroles'
répondit le Prophète.
“ 'Rabbi' dit le dirigeant des Pharisiens, 'je sais
que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces choses que
tu fais si Dieu n’est pas avec lui.[1] Que tu es un puisant Prophète, je le crois, comme le font tous les hommes.
Mais es-tu le Messie ? Dis-le nous clairement.'
“ 'Si je te le dis, Nicodème, tu ne croiras pas'
répondit Jésus, doucement. 'Je vais te poser une question : d’où vient le
Christ ?'
“ 'Il est le Fils de David et vient de Béthléhem.'
“ 'Tu as bien répondu. Rabbi Amos te dira qu’il a
examiné les registres. Demande-lui de qui est-il fils celui qui te parle.'
“ 'Le fils de Joseph et Marie de la lignée de la
maison de David' répondit Rabbi Amos. 'Le registre de la naissance de ce
prophète, je l’ai vu, o Nicodème, Caïphe également, et beaucoup d’autres. Tu
peux l’examiner toi-même, si tu viens au Temple demain avec moi.'
“ 'Ta parole suffit, o Rabbi Amos ; car qui jamais
sait que tes lèvres disent le mensonge ?'
“ 'Le même registre montre que le grand Prophète,
maintenant parmi nous, était né à Béthléem aux jours du recensement' répondit
Rabbi Amos.
“ 'Alors d’où vient, o Prophète, que tu sortes de
Nazareth de Galilée ?' demanda Nicodème, avec doute.
“ 'Je vais te le dire, Nicodème' répondit Jésus. 'Ma
mère habitait Nazareth et, au moment où elle séjournait à Béthléem pour être
enregistrée dans la ville de sa propre famille, ville de David, j’étais né !
Ainsi, je suis de la lignée de David, de la ville de Béthléem et aussi, il fut
prophétisé de moi, un Nazaréen. As-tu encore plus à demander ? Crois-tu ?'
“ 'Oui Seigneur, mais comment les Prophètes
disent-ils que le Messie sera un roi et dominera sur toute la terre ?'
“ 'Mon royaume, o dirigeant des Pharisiens, n’est
pas de ce monde ! Je suis réellement roi, mais d’un royaume spirituel. Mon
royaume, contrairement aux royaumes terrestres, n’a pas de fin ; et ceux qui
deviennent ses sujets doivent naître de nouveau, sinon ils ne peuvent pas le
voir !'[2]
“ 'Naître de nouveau' répondit Nicodème, avec
surprise 'comment un homme peut-il naître une seconde fois après être devenu un
adulte ? O Rabbi, tu parles en paraboles.'[3]
“ 'Tu es un sage des Pharisiens et un maître en
Israël et tu ne sais pas ce que je te dis ?' répondit le Prophète 'en vérité,
en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau d’esprit, il ne peut entrer
dans mon royaume. Celui qui est né d’Adam est de la chair et du royaume de
Satan, duquel était Adam ; mais celui qui naît de nouveau, naît un homme
spirituel et est dans mon royaume. Car je suis venu bâtir un royaume sur les
ruines du sièges de Satan. Ne sois pas alors étonné quand je dis que les fils
d’Adam doivent naître de nouveau pour être fils de Dieu. Si vous voulez entrer
dans mon royaume et vivre éternellement, vous devez naître de nouveau, même
d’eau et d’esprit.'[4]
“ 'Comment ces choses peuvent-elles être ? Je te
pris Maître, explique afin que je puisses savoir ce que ce mystère signifie.
Comment un homme peut-il naître quand il est âgé ?'
“ 'Quoi ! Tu trébuches au seuil même de la doctrine
de mon royaume, o Pharisien ? Si tu ne peux pas croire les choses terrestres ,
comment comprendras-tu les choses célestes que tu cherches à connaître ? Celui
qui voudrait être mon disciple, doit
naître de nouveau ! Ta première naissance est sous la puissance de Satan qui
gouverne le monde, comme c’est le cas maintenant, dans la servitude ; ta
seconde naissance sera dans le royaume de Celui qui est venu détruire le
royaume de Satan et ériger le sien. Cette naissance est spirituelle.'
“Sur ce, Nicodème se leva et dit, avec un hochement
incrédule de la tête :
'Je
t’entendrai de nouveau, o Rabbi, sur ce sujet concernant la nouvelle naissance
dont tu parles.'
“Quand Nicodème Le quitta, Rabbi Amos dit 'est-ce
réellement vrai, o Maître, que tu dois établir un royaume ?'
“ 'Oui, Rabbi Amos, un royaume dans lequel demeure
la justice' répondit le Prophète.
“ 'Et toutes les nations nous payeront-elles le
tribut ?'
“ 'Tu ne sais pas ce que tu dis, o Rabbi. Mais le
voile sera ôté de tes yeux quand tu verras le Fils de l’homme élevé sur son
trône, comme Moïse éleva le serpent dans le désert.'
“ 'Où sera ton trône, o Messie ? Chasseras-tu les
Romains de la cité de David et régneras-tu là ?'
“ 'Tu me verras pourtant sur mon trône, o Amos,
élevé au-dessus de la terre et attirant tous les hommes à moi.'
“ 'Auras-tu ton trône dans les nuages du ciel, o
Maître, que tu seras élevé au dessus de la terre sur eux ?' demanda Rabbi Amos.
“ 'Mon trône sera dressé sur le Calvaire et les
extrémités de la terre regarderont à moi et reconnaîtront mon empire. Mais tu
ne connais pas ces choses maintenant ; mais après, tu te rappelleras que je
t’en avais parlé.'
Jésus se leva alors et, souhaitant une bonne nuit à
son hôte, Il se retira dans l’appartement qui Lui était assigné et Marie resta
à se demander sur ses dires.
Ainsi, cher père, il est certain, par ses propres
dires que Jésus est le christ ; qu’Il doit établir un royaume ; qu’il se
tiendra sur “un trône haut et élevé” comme l’a dit le Prophète et toute la
terre Le reconnaîtra. Mais pourquoi son trône sera-t-il au Calvaire au lieu du
Mont Sion, Rabbi Amos s’interroge beaucoup en conversant avec nous aujourd’hui
; car le Calvaire est un endroit des crânes et des exécutions publiques et il
est couvert des croix romaines, où chaque semaines, quelques malfaiteurs sont
crucifié pour leurs crimes ! Et cependant, c’est encore plus mystérieux quand
Il dit que nous devons naître de nouveau. Mais Jean fit remarquer qu’il y a
plusieurs choses qu’Il lui dit ainsi qu’à ses disciples, choses que Jésus leur
dit clairement qu’ils ne peuvent pas encore comprendre ; mais qu’ils s’en
souviendront. Il les leur dit maintenant afin que, quand ils verront ces choses
s’accomplir, ils puissent se rappeler qu’Il leur en avait parlé et qu’Ils
croient en Lui et qu’ils aient ainsi confiance que ses autres paroles et
prophéties, quoique éloignées dans le futur, s’accompliront.
Jésus, dans tout ce qu’Il dit, dans tout ce qu’Il
fait, semble être, à la fois, omniscient et omnipotent ! Tout ce qu’Il veut
faire, Il le fait. Jamais un homme n’a eu un pouvoir comme celui qui demeure en
Lui. Ce matin, au moment où il quittait la maison pour aller à la campagne, un
homme boiteux depuis sa jeunesse, assis à l’entrée, Le saisit par sa robe en
disant : “Maître, guéris-moi !”
“Fils, tes péchés te sont pardonnés” répondit Jésus
et ensuite Il passa ; mais les Scribes et les Pharisiens qui se tenaient dans
les environs, ayant entendu cela, crièrent “cet homme, qu’il soit prophète ou
non, a blasphémé car Dieu seul peut pardonner les péchés.”[5]
Jésus s’arrêta et, se tournant vers eux, Il dit :
“Qu’est-ce qui est facile à dire à cet homme qui n’a
pas marché pendant douze ans et dont les jambes ont flétri comme vous le voyez,
' tous tes péchés sont pardonnés ' ou dire ' lève-toi et marche ' ? Si je peux
lui dire de se lever et de marcher comme auparavant et qu’il le fait sous vos
yeux, n’est-ce pas la preuve que j’ai le pouvoir de pardonner aussi ses péchés
? Car, qui peut le faire se lever et marcher si ce n’est la puissance de Dieu
seul, qui pardonne aussi les péchés de tous les hommes ? Mais, afin que vous
puissiez savoir que le Fils de Dieu a le pouvoir, sur la terre, de pardonner
les péchés, voici !”[6]
Alors, d’une voix forte, le Prophète dit au boiteux,
“lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison”.[7]
Immédiatement, l’homme se tint sur ses pieds,
sautant et louant Dieu et, prenant le matelas sur lequel on l’avait amené à la
porte, il courut promptement pour se montrer à sa famille, pendant que tout le
peuple criait et louait Dieu !
Ainsi, Jésus montra publiquement aux hommes qu’Il
pouvait pardonner les péchés, s’il pouvait guérir – étant donné que le pouvoir
de faire l’un et l’autre vient également de Dieu. Ce pouvoir ne prouve-t-il pas
qu’Il est le Fils de Dieu ?
Tu devrais L’avoir vu, cher père, au moment où Il
quitta notre maison pour aller ailleurs en Galilée. Marie et moi tombâmes à ses
pieds et les mouillâmes de nos larmes. Rabbi Amos, et même Nicodème,
s’agenouillèrent devant Lui, avec beaucoup d’autres, demandant ses bénédictions
; des mères vinrent avec leurs enfants afin qu’Il puisse poser ses mains sur
eux ; et les malades et les impotents furent placés par leurs amis sur son
chemin afin que, en passant, son ombre puisse les guérir. Des centaines
apportèrent des mouchoirs, des amulettes, de brins de conifères, arrachés des
tentes, afin qu’ils soient mis au contact de ses vêtements. La rue était remplie
de tous les affligés de Jérusalem. Et pendant qu’Il se déplaçait entre les
rangées de malheureux infortunés, dont les yeux creux et les bras
recroquevillés étaient tournés vers Lui, implorant pitié, Il guérit par des
paroles leur étant adressés si bien que là où Il trouva la maladie devant Lui,
des estropiés sur les lits, Il laissa derrière Lui la santé et des couches
vides. Nous pleurâmes tous à son départ et Le suivîmes jusqu’à la porte de
Damas.
Ici était assemblée un large groupe de Lévites et Sacrificateurs,
parmi lesquels il y avait des gens, à Jérusalem, prêts à tout. La connaissance
de ce fait parvint à Rabbi Amos qui, aussitôt, envoya un message à Aemilius,
notre ami Romain, l’informant qu’il appréhendait un attentat pour assassiner
Jésus à sa sortie de la porte et demandant son aide.
Aemilius se mit en tête de cinquante chevaux et
atteignit la porte. Il repoussa la foule et pris possession de la porte. Quand
Jésus passa à travers les gardes armés sous l’arc, le jeune Romain Lui offrit
courtoisement de L’escorter jusqu’au prochain village.
Jésus, le regardant gracieusement, dit :
“Jeune homme, je n’ai pas besoin de ton aide. Mon
heure n’est pas encore venue. Ils ne peuvent me faire aucun mal jusqu’à ce que
mon heure arrive. Je n’ai pas encore été livré par mon Père entre leurs mains.
Prends ma bénédiction et un jour tu sauras à qui tu as offert l’aide de ta
troupe.”
Les Lévites et les assassins qu’ils avaient engagés
s’avancèrent alors et forcèrent la cohorte pour atteindre Jésus, poussant des
cris sauvages et effrayants. Mais Aemilius, chargeant les dérouta et fit
souffrir plusieurs par l’épée. Ensuite,
il chevaucha à côté du Prophète, lui offrant le meilleur cheval en sa
possession. Jésus refusa cette offre mais marcha à côté du soldat Romain, qui
insista afin de L’escorter, conversant affablement avec lui et lui enseignant
de merveilleuses choses concernant le royaume de Dieu.
Aemilius, qui m’informa de ces choses, Le conduisit
aussi loin qu’Ephraïm et il était sur le point de Le quitter pour retourner
dans la ville quand quatre lépreux sortirent du cimetière, proche du village,
et, criant de loin, ils dirent :
“Toi, Christ béni, aie pitié de nous !”
Jésus s’arrêta, quoique son disciple Pierre ai dit
aux lépreux de se calmer, étant donner qu’il se faisait tard et son Maître
était fatigué. Mais Jésus, qui ne se lasse jamais de faire du bien, dit aux
lépreux de s’approcher. Comme ils obéirent, tout le groupe de gens, aussi bien
que les soldats romains, reculèrent et se tinrent à distance, horrifiés à la
vue de ces morts-vivants. Ils vinrent timidement à moins de vingt pas de Jésus
et se tinrent calmes, tremblant !
“N’ayez pas peur”
dit-Il “je vais vous restaurer”.
Il s’avança alors vers eux et, posant sa main sur
chacun d’eux, ils furent tous, au toucher, instantanément changés en des hommes
purs, avec un regard limpide et une santé florissante.
Quand Aemilius vit ce miracle, il descendit de son
cheval et, tombant aux pieds de Jésus, il s’écria en L’adorant :
"Tu es Mercure ou Jupiter, o puissant dieu !
Donne-moi la sagesse et la puissance venant des cieux !”
“Lève-toi jeune homme” répondit Jésus, le regardant
avec tristesse “tu auras la sagesse et la grâce mais non de tes dieux ; il n’y
a qu’un seul Dieu ; adore-Le et Il te récompensera !”
Aemilius me dit que son cœur tressaillit à ces
paroles, avec d’autres qu’Il avait dîtes en chemin, et il me promit que
dorénavant il allait “jeter ses dieux et croire dans le Dieu d’Israël et en
Jésus, Son saint Prophète.”
Ne sont-ce pas des nouvelles bénies ? “Voici !"
s’exclame-t-Il, comme le dit le Prophète “la liberté des Gentils”.
Maintenant, mon cher père, j’ai ainsi fidèlement
écrit tout ce que j’ai entendu et vu concernant Jésus, comme tu le désires. Tu
dois comprendre qu’Il est plus qu’un prophète et doit être le vrai Christ, le
Fils du Béni. Retiens, oh ne retiens plus ta foi. Des milliers croient en Lui,
L’aiment et Le vénèrent comme le Messie. Chaque jour, son pouvoir sur les cœurs
et les esprits des hommes augmente. Le peuple ordinaire adore la poussière même
de ses sandales. Les prêtres croient et tremblent ; mais, comme Hérode, quand
Il était enfant à Béthléhem, ils le détruiraient, de peur qu’Il ne le
supplante. Ils disent que le sacrifice journalier va cesser, le Temple tomber
en ruine et la foi d’Israël partir si on laisse Jésus vivre, prêcher et
accomplir ces puissants signes et merveilles parmi le peuple. Mais tout ceci
confirme ses affirmations ! David ne prophétisa-t-il pas sur le Messie, quand
Il viendrait : “Les rois de la terre se soulèveraient et les dirigeants se
ligueraient contre l’Eternel et contre son Oint ? Mais Celui qui siège dans les
cieux rira, le Seigneur se moquera d’eux.”[8]
Ainsi, cher père, toutes choses vont de plus en plus
dans le sens de prouver que Jésus de Nazareth est le Christ de Dieu.
Ton affectueuse fille,
Adina.
[1] Jean 3 :2
[2] Jean 3 :3
[3] Jean 3 :4
[4] Jean 3 :5-7
[5] Marc 2 :7 ; Luc 5 :21
[6] Marc 2 :8-10 ; Luc 5 :22-24
[7] Marc 2 :11 ; Luc 5 :24
[8] Psaume 2 :2 ; 2 :4 Note du traducteur
Lettre 20
Mon cher père,
Ca fait beaucoup de mois que tu as reçu une lettre
de moi, écrite de ma propre main et je me réjouis d’être rétablie, comme pour
renouer ma correspondance avec toi. Je ne saurai te parler si chaleureusement
en louange de mon oncle Amos et de ma cousine Marie pendant ma maladie. Par
leur attention et leurs soins, sous la bénédiction de Dieu, je suis maintenant
presque bien. L’air pur des montagnes de Galilée m’ayant été recommandé, ils
voyagèrent avec moi jusque là au pied du Mont Tabor, dans le joli village de
Naïn, où j’ai passé beaucoup de semaines, revivant chaque jour.
Nous sommes maintenant à l’humble demeure de Sarah,
un veuve dont le mari avait été perdu dans la Grande Mer, où il fut marin sur
l’un des navires marchands de Cesarée. La maisonnette de la veuve est dans un
jardin duquel on a une vue sublime du Mont Tabor dans toute la majesté de sa
grandeur. Un jour, pendant que je me promenais dans le jardin, deux hommes
couverts de poussière et portant des habits de voyage, s’arrêtèrent à la porte
entrouverte et, nous saluant, dirent :
“Que la paix soit avec cette maison, jeune fille, et
avec tous ceux qui y demeurent.”
“Entrez” dit la veuve, les ayant entendus “entrez et
vous aurez de l’eau pour vos pieds et du pain pour apaisez votre faim.”
Les deux hommes entrèrent alors et s’assirent ; et
ayant été rafraîchis par le pauvre mais hospitalière veuve, l’un d’eux se leva
et dit :
“Ce jour, le salut est venu à cette maison. Nous
sommes des ambassadeurs de Jésus de Nazareth et allons de ville en ville,
proclamant que le jour du Seigneur est proche car le Messie est venu !”
Ayant entendu ces paroles, Marie et moi nous
exclamâmes de joie du fait que nous avions vu et entendu Jésus à Jérusalem et
que nous croyions en Lui. Sur ce, ils parurent très contents ; et ils
répondirent à nos questions concernant le Prophète, disant qu’Il était en
Samarie, prêchant et faisant des miracles, proclamant son royaume. Quand nous
entendîmes ceci, nous nous réjouîmes excessivement, car nous étions sans ses
nouvelles pendant longtemps. D’eux, nous apprîmes qu’Il avait choisi douze
apôtres, qui L’accompagnent toujours et sont enseignés chaque jour par Lui ; et
très récemment soixante-dix autres qu’Il a envoyés deux par deux dans chaque
ville pour annoncer son approche.
“Viendra-t-Il alors à Naïn ?” dit la veuve avec
émotion. "Je serais disposée à mourir pour pouvoir poser mes yeux sur un
si grand et saint homme !”
“Oui, Il viendra ici” répondirent les hommes ; “et
quand nous Lui rapporteront ton hospitalité envers nous, Il visitera ta maison
; car Il n’oublie jamais un verre d’eau accordé à l’un de ses disciples.”
Les hommes s’en allèrent alors, appelant encore la
paix de Dieu sur notre demeure. Quelques minutes à peine après leur départ,
nous entendîmes un grand tumulte dans la place du marché, qui était à côté.
Etant montés au sommet de la maison, nous vîmes ces deux hommes debout sur une
éminence et prêchant que le royaume de Christ est proche, et appelant tous ceux
qui écoutaient à se repentir de leurs mauvaises œuvres et de mener une vie
pieuse. Car Jésus les jugerait un jour selon les œuvres accomplies dans leurs
corps. Sur ce, certains crièrent contre Jésus et d’autres jetèrent des pierres
aux deux hommes. Quand nous atteignîmes le sommet de la maison, nous vîmes l’un
deux ôter ses sandales et en secouer la poussière en disant d’une voix forte :
“Comme vous rejetez les paroles de vie, vos péchés
demeurent sur vous de la manière que je vous retourne la poussière de votre
ville.”
Ils s’en allèrent alors, suivis par des Lévites et
des hommes vils qui les éconduisirent de la ville. Cette hostilité, nous
découvrîmes, fut causée par un ordre émanant du grand Sanhédrin et adressé
toutes les synagogues et à tous les sacrificateurs dans le pays, qu’ils
devaient dénoncer tout celui qui prêche que Jésus de Nazareth est le Christ.
Pendant que nous désolions de cette hostilité envers
un prophète envoyé de Dieu, dont la vie est une série de bonnes œuvres, entra
précipitamment une belle jeune fille du nom de Ruth. Elle tenait une lettre
ouverte dans sa main et sa belle figure luisait suite à quelques joie secrète
qui contrastait étrangement avec notre tristesse du moment. Nous avons connu
Ruth mieux et l’avons aimée comme si elle avait été une sœur. Elle était
orpheline et vivait avec son oncle, Elihaz le Lévite, un homme influant de la
ville. Elle était ingénieuse, peu soupçonneuse et très intéressante dans toutes
ses manières.
“Quelle bonne nouvelle, chère Ruth ?” demanda Marie
souriant en réponse à son brillant sourire. “Une lettre de qui ?”
“Pour Sarah” répondit la jolie jeune fille,
rougissant si timidement et consciencieusement que nous nous doutâmes de la
vérité.
“Mais ça ne nous dit pas de qui” persévéra Marie un
peu espiègle.
“Vous pouvez deviner” répondit-elle, regardant par
dessus son épaule blanche, alors que, d’un bond, elle s’éloignait de nous dans
la maison.
Nous fûmes aussitôt après elle et l’entendîmes au
moment où elle s’écria, mettant la lettre dans la main de la chère veuve :
“De Samuel”
“Que Dieu soit béni” s’écria la veuve “mon fils vit
et se porte bien.”
“Lis, chère Sarah” s’écria la jeune fille. “Il était
à Alexandrie quand il écrivit ceci et il sera bientôt à la maison. O heureux,
heureux jour !” ajouta la fille ravie, ayant complètement oublié notre
présence. Mais nous étions depuis longtemps au courant de l’histoire de son
amour pur pour le fils de la veuve, que nous avions une fois vu à Jérusalem,
étant donné qu’elle avait fait de nous les confidentes de tous ses espoirs et
craintes et nous avait lu toutes les lettres qui venaient de lui en mer ; car
il faisait le commerce en mer sur des navires comme son père avant lui. Nous
savions aussi que le jeune itinérant l’aimait avec autant de dévotion qu’elle
et nos cœurs sympathisèrent avec elle dans sa loyale affection.
“Non” dit la veuve “mes yeux sont pleins de larmes
de joie ; je ne peux pas voir pour lire. Lis-la à haute voix. Laisse Adina et
Marie aussi connaître ce qu’il a écrit. La lettre m’est-elle adressée ou à toi,
enfant ?
“A – à moi, chère Sarah” répondit la jeune fille,
embarrassée momentanément.
“Probable – probable ; il est plus naturel que tu
aies la meilleure part de ses épîtres. Mais si de cette manière, j’apprends qu’il
se porte bien, c’est pareil qu’il m’écrive ou qu’il t’écrive !”
Alors Ruth jeta un regard brillant sur nous et ainsi
lit à haute voix de la lettre venant d’outre mer :
“Ruth chérie ---- je crains que tu n’aies été
impatiente suite à mon long silence. Mais, je ne t’aime pas moins, quoique tu
n’aies pas souvent de mes nouvelles. Maintenant que je suis en sécurité, je
t’écrirai. Ce que je n’aurai pas fait en état d’incertitude. Sache qu’après que
notre navire eut quitté Cesarée pour la Crète, nous fûmes pris dans un vent du
Nord du Nord et, en nous efforçant de gagner l’extrémité Est de l’île, nous
nous égarâmes et fûmes déportés sur l’Afrique où nous fîmes naufrage, perdant
toute notre cargaison et les vies de beaucoup qui naviguaient avec nous. Avec
d’autres, je fus capturé par les Barbares et emmené à l’intérieur des terres,
dans un pays des montagnes rocailleuses ; et là, je devins prisonnier de l’un
des principaux hommes de la nation où j’étais captif. A la fin, inspiré par la
conscience de l’angoisse que ma bien-aimée mère et toi devriez avoir du fait de
ne pas recevoir de mes nouvelles, je résolus de m’échapper. Après de grands
périls, j’atteignis le bord de la mer et au bout de plusieurs jours, en suivant
la côte, je fus pris à bord d’un petit bateau de Chypre et transporté à
Alexandrie. Le vaisseau appartenait à un riche marchand de mon propre peuple,
Manassé Benjamin Ben Israël qui, me trouvant malade et destitué de toute chose
juste au moment où je me suis échappé, me prit dans son hospitalière maison et
me traita comme un fils jusqu’à ce que j’ai recouvert ma santé et ma force –
disant qu’il avait une fille au loin en Judée, que je vis à la maison de Rabbi
Amos, et il espérait que si jamais elle avait besoin de l’aide des étrangers,
Dieu le récompenserait en les rendant aimables envers elle.”
A ce moment là, Marie et moi, nous regardâmes l’une
l’autre avec agitation et agréablement surprises.
“Il s’agissait de mon père” s’exclamai-je avec
émotion “je me réjouie que sa maison soit devenue la maison de ton fils, o
dame. Béni soit mon père !”
Quand Sarah apprit que ce fut dans ta maison, cher
père, que son fils avait été hospitalièrement reçu, elle m’embrassa encore et
encore et m’implora de te transmettre sa sincère gratitude – ce que je fais
ici. Et c’est, père chéri, parce que tu connais et aimes ce jeune homme, si
providentiellement confié à tes soins, que je serai si particulière en
racontant ce que je suis sur le point de faire, le concernant.
Ruth acheva alors la lecture de la lettre, qui disait
qu’il retournerait par le premier navire à destination de Sidon ou Cesarée et
qu’il espérait la voir ainsi que sa mère
face à face et recevoir comme épouse la jeune fille qu’il avait si
longtemps aimée et chérie dans son cœur.
Sarah sembla alors plus attirée vers moi en
affection et Ruth aussi depuis qu’elles avaient appris que je suis la fille du
noble Juif qui fit tant pour Samuel dans un pays étranger. A la fin, comme le
jour de quitter, en vue de retourner à Jérusalem, approchait, ayant recouvert complètement
ma santé, nous fûmes toutes remplies d’une ravissante surprise à l’apparition
du fils si longtemps absent et amoureux au milieu de notre joyeux cercle.
Marie et moi l’avions vu une fois et nous fûmes
impressionnées par sa beauté virile et dorée par le soleil, son air intrépide
et sa franche et ingénieuse manière. Nous ne pouvions qu’être d’avis que la
jolie Ruth avait bon goût. Il me donna le paquet que tu désirais qu’il achemine
à Jérusalem, et ainsi nous eûmes toutes raison de nous réjouir de sa venue.
Mais hélas ! mon cher père, notre joie fut de courte durée ! Nous ne prévîmes
pas combien vite notre réjouissance devait s’achever en deuil. La nuit même de
son retour, il fut saisi d’une fièvre maligne qu’il avait rapportée avec lui
d’Afrique, et nous fûmes tous accablées de peine.
Il serait impossible de peindre l’angoisse de la
mère, la détresse déchirante de la fiancée, alors qu’elles se penchaient sur sa
couche et voyaient la peste féroce qui le brûlait comme s’il était dans une
fournaise.
Inconscient de leur présence, il délirait d’une
manière extravagante et quelques fois il s’imaginait souffrant de soif sur le
sable brûlant d’Afrique ; et parfois se battant contre les Barbares pour sa
vie. Tout ce que les médecins purent faire, ainsi que ses amis – car il était
beaucoup aimé aussi bien pour lui-même que pour sa mère et pour Ruth – tout fut
vain. Ce matin, le troisième jour après son retour, il expira, au milieu de la
plus affligeante agonie. Pauvre Ruth ! Elle se jeta dans un total abandon de
peine sur son corps sans vie et défiguré ; et maintenant qu’ils l’ont déplacée
de la chambre de mort, ses cris aigus remplissent la maison. La mère est à côté
du mort, l’image de désespoir, tenant sa main froide dans la sienne et émettant
des gémissements de peine, assez pour déchirer un cœur romain ;
“Mon fils ! mon fils ! perdu et retrouvé, pour
m’être arraché pour toujours ! Oh, que ne fut-je pas morte pour toi ! Toi et
Ruth seriez alors heureux. Plut-il à Dieu que je sois morte lamentant pour toi,
o mon fils, Samuel, mon fils !” C’est comme David se lamentant sur Absalom.
Je t’écris cette triste nouvelle, cher père, sachant
combien profondément tu vas pleurer sa mort ! Car tes lettres me montrent que
tu as pour lui presque un attachement paternel poussé loin d’après une promesse
de lui procurer un bateau pour faire le commerce en Egypte, après que son
mariage avec Ruth aura lieu. Hélas ! au lieu d’un mariage, voici des
funérailles. Déjà, les porteurs sont à la porte et, dans quelques minutes, il sera
mis en bière et porté au lieu d’inhumation , hors de la ville.
“Oh” soupire Marie à côté de moi, au moment où
j’écris “oh, si Jésus, le puissant Prophète, avait été ici ; Il pouvait l’avoir
guéri !”. Jean lui a envoyé un message disant qu’Il chemine dans cette
direction, dans sa mission de guérison et d’enseignement et peut être ici ce
soir. Mais à quoi cela sera t-il profitable, cher père ? Même, Jésus ne peut
ramener le mort à la vie. Oh, s’Il pouvait avoir été ici hier, son pouvoir sur
les maladies L’aurait rendu capable de sauver sa précieuse vie ! Mais les
regrets sont inutiles. Le noble jeune homme est mort et ne vivra de nouveau
qu’à la résurrection du juste.
J’entends les lourds pas des porteurs de mort dans
la cour, en bas. Les cris perçants et les gémissements des femmes qui pleurent
font frémir mon âme de crainte. Mais, par dessus tout, perce le cri d’angoisse
de la mère affligée ! La voix de Ruth s’est tue. Elle a été, pendant la
dernière heure, inanimée comme le marbre, assisse avec un œil vitreux et des
traits rigides fixant l’endroit vide. C’est seulement par son pouls qu’on peut
dire qu’elle vit ! Pauvre fille ! Le coup est si terrible à supporter pour
elle.
Ma cousine Marie a, en ce moment, reçu un petit
rouleau de parchemin que, par le flot soudain sur ses joues, je sais provenir
de son fiancé. Elle sourit tristement et les yeux en larmes, elle me le donne.
Je l’ai lu, cher père. On lit ce qui suit ; si j’ai
le temps, je le transcrirai avant que l’appel pour suivre le mort ne soit donné
:
“Gadara, au delà de Judée.
“Le porteur, bien-aimé, est un des disciples de
Jésus. Son nom est Barthimée. Il fut aveugle et pauvre et vivait en mendiant ;
et, comme tu le vois, sa vue a été restaurée et il insiste maintenant pour
aller de ville en ville où il a été connu comme aveugle pour proclamer ce que
Jésus a fait pour lui. Il t’apporte ceci. J’écris pour dire que je souhaite que
tu puisses prospérer en toute chose et trouver la santé pour laquelle ta
cousine et toi aviez cherché l’air du Mont Tabor. Je n’ai pas de plus grande
joie que d’apprendre que tu es bien portante. Cette lettre vient t’implorer,
jeune fille, afin que, comme nous nous aimons sincèrement l’un l’autre, nous
puissions bientôt être unis dans cette sainte union que Dieu a bénie et ordonnée.
Je voudrais te rappeler que tu as donné ta promesse à ce sujet quand nous nous
sommes rencontrés dernièrement à Nazareth. Mais ayant beaucoup de choses à dire
là dessus, je ne vais pas le confier au papier et à l’encre ; mais demain ou
après demain, j’espère venir à toi et parler avec toi, chèrement bien-aimée,
face à face, sur ces choses qui viennent maintenant à mes lèvres. Adieu, dame
et que la paix soit avec toi et avec tous dans ta maison. Salue tes amies en
mon nom, leur apprenant que nous serons bientôt avec vous ; Amos aussi, ton
père, maintenant notre frère dans le Seigneur. Il y a beaucoup de choses que
j’ai vues et entendues concernant mon Saint Maître, Jésus, et sa sainte mission envers le monde, que je
te dirai quand nous allons nous rencontrer, afin que toi aussi tu puisses
communier avec nous dans ces choses que nous connaissons et croyons à son
sujet. Mon Maître te salue et tous ceux de ta maison ; Rabbi Amos aussi te
salue par un baiser. C’est la seconde épître que je t’ai écrite de cet
endroit.”
“O, que le puissant Prophète n’était – Il venu un
jour plus tôt !” s’écria Marie. “Quelles peine et angoisse auraient été
épargnées à la pauvre Ruth et à la mère ! Mais que la volonté de Jéhovah soit
faite.”
Nous entendons maintenant, cher père, la voix du
gouverneur des funérailles, nous disant de descendre pour enterrer le mort.
Adieu, mon père. Je sais que tu verseras des larmes
en mémoire du noble jeune dont la mort, à ce jour, a fait porter le deuil à
tout Naïn. Au moment où je regarde de la fenêtre, je vois une immense foule de
gens qui remplit toute la rue. Maintenant, puisse le Dieu de notre père Abraham
te préserver et te garder et permettre que nous nous voyions une fois encore
face à face dans la joie et la paix.
Ta fille respectueuse et
chagrinée,
Adina.
Lettre 21
Mon père chéri,
Je saisis ma plume que j’ai déposée il y a une
heure, en vue de suivre à son enterrement le fils de notre hôtesse pour te
raconter l’une des choses les plus extraordinaires qui soit jamais arrivée et
qui nous remplit tous d’une telle joie et d’un tel étonnement que je crains que
mes doigts tremblants ne puissent qu’à
peine lisiblement exprimer ce que j’ai à te dire.
Comme je te l’ai dit dans ma lettre que je viens de
finir, je fus appelée pour accompagner la mère, qui pleurait, au lieu
d’enterrement, hors de la ville. Mais quand j’atteignis la cour où le corps de
son fils était étendu dans une bière que les porteurs avaient déjà posée sur
leurs épaules, la profonde peine de la pauvre Ruth la vainquit totalement et je
la conduisit à sa chambre où elle tomba inanimée sur sa couche. Je ne pouvais
pas la quitter dans cette situation et la procession s’en alla de la maison
sans moi – Marie soutenant sur son bras, pendant qu’elle marchait, la mère
affligée, qui était en vêtements de deuil.
Au moment où la suite funéraire passa près de la
fenêtre, elle semblait sans fin, si nombreux étaient les gens qui
accompagnèrent le corps pour faire honneur à une veuve en Israël. A la fin,
elle passa et je restait seule avec
l’immobile Ruth. Elle semblait dormir, quoique à chaque instant elle murmurait
le nom du défunt. J’étais assise auprès d’elle, réfléchissant sur les
mystérieuses voies de Dieu, ramenant sauf à la maison, le fils de cette veuve
des milliers de dangers auxquels il avait été exposé, naufrage et esclavage,
pour réjouir son âme par ses bras ! Alors que je regardais l’expression de
marbre de la jeune fille affligée, je ne pouvais que prier afin qu’elle ne puisse
jamais revenir de son évanouissement pour revivre l’amer réalité de sa perte et
le renouvellement de sa peine.
Soudain, j’entendis un très grand cri. Je
tressaillis et me hâtai à la fenêtre. Il fut répété plus fort et avec un ton
gai qui m’indiqua que c’était un cri de joie. Il semblait venir d’au-delà des
murs de la ville et d’une centaine de voix criant à l’unisson. Je savais que le
sommet de la maison avait vue sur les murs et, voyant que Ruth ne bougeait pas,
je montai rapidement vers le parapet ; les bruits et les cris joyeux augmentant
toujours au fur et à mesure que je montai et excitant mon étonnement et ma
curiosité. Ayant atteint le toit plat et fait un pas sur le parapet, je vis
venir le long de la rue vers la maison, à la vitesse de l’antilope, Elec, notre
esclave Gibeonite. Il agitait ses mains de manière extravagante et criait
quelque chose que je ne pouvais pas entendre distinctement. Derrière lui, je
vis deux hommes courant aussi, paraissant être porteurs de grande nouvelle.
Je sus que quelque chose de merveilleux devait
s’être passée mais je ne pouvais deviner ce que ça pouvait être. En regardant
vers la porte de la ville, direction de laquelle, par intervalles, les bruits
continuaient d’approcher, je découvris sur le flanc du cimetière plusieurs gens
assemblés et, à l’évidence, entourant une certaine personne au milieu d’eux ;
car tout l’ordre de la procession était rompu. Je ne pouvais pas distinguer la
bière ni comprendre comment la solennité de la marche du cortège funèbre fut
soudain changée en une multitude confuse déchirant le ciel avec de fortes
acclamations. Tout le corps du peuple retournait vers la ville. Les personnes
que j’avaient premièrement vues courant le long de la rue, se firent audibles
alors qu’elles s’approchaient.
“Il est vivant ! il est vivant !” cria Elec.
“Il a été relevé de la mort !” crie le jeune homme
suivant derrière lui.
“Il vit et rentre dans la ville !” dit le troisième
à ceux qui, comme moi, avaient accourus aux sommets de leurs maisons pour
connaître la signification du tumulte que nous entendions.
“Qui – qui est vivant ?” demandai-je sérieusement à
Elec, au moment où il passa sous le parapet. “Que signifie ce bruit, o Elec ?”
Il me regarda avec l’expression du plus enthousiaste
plaisir mélangé de crainte et dit :
“Le jeune Rabbi Samuel est revenu à la vie ! Il
n’est plus mort. Tu le verras bientôt, car on le ramène dans la ville et tout
le monde est fou de joie. Où est Ruth, la jeune fille ? Je suis venu lui
annoncer la glorieuse nouvelle.”
Avec une émotion que je ne peux pas décrire, croyant
à peine ce que j’entendais, je me hâtai vers Ruth en vue de prévenir les effets
d’une joie si soudaine. Ayant atteint l’appartement, je m’aperçus que la voie
d’Elec, qui avait crié la nouvelle dont il était porteur, à ses oreilles
l’avait tirée de la stupeur de sa peine. Elle le regardait de manière déréglée
et incompréhensible. Je courus vers elle et, la serrant dans mes bras, je dis :
“Chère Ruth, il y a des nouvelles – de bonnes
nouvelles ! ce doit être vrai ! Ecoute les cris de joie dans toute la ville !”
“Vit” répéta-t-elle, hochant sa tête ; “non – non –
non ! oui, là !” dit-elle levant ses beaux yeux étincelants vers le ciel et
montrant là haut.
“Mais sur terre aussi” cria Elec, positif “je l’ai
vu s’asseoir et l’ai entendu parler aussi bien qu’il n’a jamais été !”
“Comment cela fut-il ? Fais-moi tout savoir”
criai-je.
“Comment ? Qui pouvait avoir opéré un tel miracle si
ce n’était le puissant Prophète que nous vîmes à Jérusalem ?” répondit-il.
“Jésus” m’exclamai-je avec joie.
“Qui d’autre pouvait-il être ? Oui ; Il croisa la
bière juste hors de – Mais les voici venir !”
Elec fut interrompu dans sa narration par le bruit
croissant des voix dans les rues, et le bruits des centaines de pieds. Le
moment suivant, la pièce fut remplie d’une foule de personnes les plus
excitées, certaines pleurant, certaines riant comme si elles étaient hors
d’elles. Au milieu d’elles, je vis Samuel marchant, en vie et bien portant ! Sa
mère accrochée à lui comme une plante grimpante autour d’un chêne.
“Où est Ruth ?” cria t-il “oh, où est-elle ?
laisse-moi la rendre heureuse par ma présence.
Je le fixai avec crainte, comme si j’avais vu un
esprit. Ruth avait aussitôt entendu sa voix qu’elle émit un cri perçant de
joie. “Il vit – il vit réellement” et
bondissant en avant, elle fut épargnée de tomber par terre par le fait d’être
étreinte dans sa poitrine virile.
“Agenouillons-nous et remercions Dieu !” dit-il.
Pendant quelques temps, la scène fut solennelle et
touchante, au-delà de tout spectacle jamais exhibé sur terre. Le nouvellement
relevé de la mort s’agenouilla au milieu du parquet avec sa mère à droite,
posant sa tête sur son épaule, et Ruth étreinte dans son bras gauche,
l’embrassant comme s’il fut un ange qui allait encore battre des ailes et
monter, la quittant pour toujours. Marie et moi nous nous agenouillâmes à côté
d’elle, pendant que tout le monde inclinait sa tête dans l’adoration, au moment
où Samuel éleva sa voix en remerciemment au Donateur de la vie et de la santé,
pour les lui avoir redonnées. Quand il eut accompli cette première tâche
sacrée, il se tint sur ses pieds et reçut toutes nos embrassades. Des centaines
entrèrent pour voir sa face et chaque langue fut éloquente en louange sur la
puissance de Jésus.
“Et où est le Saint Prophète ?” demandai-je à Marie
“Doit-Il être oublié au milieu de notre joie ?”
“Nous Le remerciâmes là de tout nos cœurs et
mouillâmes ses mains avec des larmes de reconnaissance” répondit-elle “mais
quand on voulut l’emmener dans la ville en triomphe Il se déplaça ailleurs,
profitant de la confusion et personne ne put voir que ce soit de Lui. Mais
Jean, qui était avec Lui, m’a dit qu’Il viendrait tout à l’heure dans la ville
après que le calme aura été restauré et qu’il L’emmènerait à notre demeure.
“Oh ! je Le verrai alors et Le remercierai aussi”
m’écriai-je ”fais-moi connaître, Marie, les détails de ce merveilleux miracles”
lui demandai-je.
Car, quoique je voyais Samuel assis et même mangeant
dans la pièce de la nourriture servie par sa joyeuse mère et par l’heureuse
Ruth, pendant que tous regardaient pour voir s’il mangeait réellement et,
quoique je croyait dans le pouvoir de Jésus de faire toutes choses, je pouvais
cependant à peine réaliser que celui que j’avais vu emporté mort dans sa bière,
je le voyais alors assis à table partageant la nourriture, vivant et bien
portant.
“Je te dirai tout” répondit Marie dont la face
brillait d’une sainte lumière rayonnant de son intense bonheur ; et m’emmenant
à part, elle parla ainsi :
“Alors que nous
allions en pleurant, suivant lentement la bière, et que nous avions
passé la porte, nous vîmes venir le long du chemin, à travers la vallée qui
mène au Mont Tabor, un groupe de douze ou treize hommes à pied. Ils étaient
suivis par une foule d’hommes, de femmes et enfants venant de la campagne, et
ils marchaient de telle sorte qu’ils allaient nous croiser à la traversée du
pont en pierres. Entendant quelqu’un dire à haute voix 'c’est le Prophète de
Nazareth avec ses disciples' je regardai sérieusement en avant et reconnus avec
joie Jésus à leur tête, avec Jean marchant à côté de Lui.
“ 'Ne pleure pas, mère. Ton fils vivra à nouveau !'
“ 'Je le sais, o Rabbouni, au dernier jour'
répondit-elle. 'Il était si noble – si jeune – il était tout pour moi et avait
été pendant tant de mois absent dans des terres lointaines uniquement pour
venir mourir à la maison. Je sais que tu es un prophète venu de Dieu et que
toutes les bonnes œuvres te suivent. Oh, si tu avais été ici, mon fils ne
serait pas mort. Ta parole l’aurait guéri. Mais maintenant, il est mort ! mort
! mort !'
“La mère affligée versa alors ses larmes de plus
belle.”
“ 'Femme, ne pleure pas. Je rétablirai ton fils !'
“ 'Que dit-il ?' crièrent certains Pharisiens qui
étaient dans les funérailles ; ‘qu’il ressuscitera un mort ? C’est aller trop
loin. Dieu seul peut ressusciter le mort.’ Et ils sourirent et se moquèrent.
“Mais Jésus posa sa main sur le drap recouvrant le
corps et dit à ceux qui portaient :
" 'Posez la bière à terre.'
“Ils demeurèrent instantanément silencieux et Lui
obéirent. Alors, Il s’avança au milieu du silence qui se fit et, découvrant le
visage de marbre, Il toucha la main du jeune mort et dit d’une voix forte et
d’autorité :
“ 'Jeune homme, je te le dis, lève-toi !'[1]
“Il y eut un moment de silence douloureux à travers
l’immense foule. Tout œil était fixé sur la bière. La voix fut entendue par
l’esprit du mort et il revint dans le corps. Il y eut à première vue une
vivante, tremblante émotion du corps jusqu’ici sans mouvement ! Les joues
livides se colorèrent, les paupières s’ouvrirent et il fixa ses yeux sur Jésus
; ensuite, il leva sa main et ses lèvres se remuèrent ! Le moment suivant, il
s’assit sur la bière et parla fortement de sa voix naturelle, disant :
“ 'Me voici.'
“Ensuite, Jésus le prit par la main et, l’aidant à
se tenir sur ses pieds en quittant la bière, Il le conduisit à sa mère et le
confia à celle-ci en disant : ‘femme, voici ton fils’.
“Avec de telles paroles et exclamations et de grands
cris de joie, la foule entoura le jeune homme restauré, et procéda à le ramener
à la ville ; la grande masse de gens étant plus attirée par le ressuscité que
par l’auguste personne par laquelle l’acte avait été accompli. Je cherchai
Jésus pour me jeter à ses pieds mais Il se déroba à l’hommage et la gratitude
que sa miséricorde envers nous avait réveillés. Ainsi, l’humilité est un
élément de toute puissance.”
Tel est, mon cher père, le récit de la résurrection
de Samuel, le fils de Sarah, la veuve de Naïn. Je te le donne dans sa simple
esquisse. Il ne manquera pas d’ordonner ta croyance. Le miracle fut accompli en
plein jour en présence de milliers de gens. Les opposants à Jésus, les hostiles
Scribes et Pharisiens ne renient pas le miracle car ils étaient convaincus de
la réalité de la mort du jeune homme ; car il mourut, comme je l’ai dit
auparavant, de peste et son corps fut une vue répugnante pour ceux qui le
virent. Cependant, merveilleux à relater quand il fut ramener à la vie par le
pouvoir de Jésus, il s’assit libre de tout signe externe de la putride maladie,
sa peau belle et douce e tout son aspect celui de flambante santé et beauté
virile. Personne ne pouvait, par conséquent, douter qu’un miracle avait été
accompli et l’un de plus extraordinaire genre ; car jamais il ne fut entendu
auparavant que le mort fut ressuscité par le pouvoir d’un homme. Ce miracle de
résurrection de Samuel, le fils de la veuve, a amené des centaines, en ce jour,
à confesser le nom de Jésus et à croire en Lui comme le Schilo oint d’Israël.
Depuis que je t’écris ce qui précède, j’ai parlé
avec Samuel sur la conscience qu’il avait d’être mort. Il répond qu’il lui
semblait qu’il avait été dans un songe dont la suite est maintenant brisée,
suite qu’il ne pourrait encore se rappeler.
“Des fragments” dit-il “d’une ravissante condition
; de splendeur ; de gloire et félicité
; de musique ineffable et scènes indescriptibles, passèrent dans mon esprit
pendant quelques temps après que me sois tenu sur mes pieds ; mais présentement
volatilisés et je peux seulement me rappeler que ce fut ainsi ! Quand je
trouvai que j’étais sur la bière, je ne fus pas surpris ; car le fait que
j’avais été emmené à mon enterrement sembla instinctivement se présenter à ma
conscience réanimée.” Plusieurs médecins ont été le voir durant le jour et lui
ont posé des questions profondes concernant l’état de l’âme hors du corps ;
mais il ne put pas leur donner satisfaction, tout lui paraissant comme de
brillants fragments d’une splendide vision.
Jésus vint dans la ville le soir et demeura avec
nous. Tu devrais avoir vu combien la gratitude de l’heureuse mère et de la non
moins heureuse Ruth fut manifestée. Elles anticipaient sur chaque souhait et
semblaient désirer qu’Il ait un millier de besoins afin qu’elles puissent les
satisfaire. Mais sa vie est simple – ses besoins très peu nombreux. Il pense
très peu au confort et, afin de pouvoir parler du royaume de Dieu à ceux qui
L’entourent, Il oublie de prendre la
nourriture placée devant Lui. Nous aussi, oublions toutes les autres choses
quand Il parle et, debout ou assis autour de Lui, buvant dans la riche éloquence
de ses sages lèvres. Plus je vois de Lui, cher père, plus je Le respecte, Le
crains et L’aime.
Marie doit devenir demain l’épouse de Jean et Jésus
sera présent au mariage, car pendant qu’Il réprimande sévèrement le péché et la
folie, Il sanctifie, par sa présence, le rite sacré du mariage que Dieu
ordonna. Le mois prochain, la joyeuse Ruth épousera le noble jeune qu’elle a
merveilleusement reçu vivant en provenance de la mort.
La veille du huitième jour, à compter d’aujourd’hui,
je partirai d’ici, avec Jean et Marie, pour Jérusalem, d’où je t’écrirai de
nouveau.
Ton affectueuse fille,
Adina.
[1] Luc 7 :14
Lettre 22
Une fois de plus, mon cher père, je t’adresse une
lettre à partir de cette sainte ville. Ce matin, quand je me réveillai au son
des trompettes en argent des prêtres tonnant mélodieusement du sommet du Mont
Moriah, j’expérimentai à nouveau cette profonde dévotion que les enfants
d’Abraham doivent toujours ressentir dans la cité et dans la présence de son
vrai Temple. Alors que je montais à la toiture de la maison pour prier, la
splendide colonne du temple s’éleva du sommet de Moriah, dans toute la
magnificence de sa céleste beauté. La couronne azurée d’encens s’élevait déjà
en spirale dans le ciel calme, pendant que le sombre nuage envoyé en l’air par
le sacrifice brûlé roulait au-dessus du pinacle, projetant une ombre effroyable
par dessus le Temple. Alors qu’il naviguait suspendu au dessus de la vallée de
Kedron, le soleil se leva et dora ses bords comme s’ils avaient été nettoyés
avec de l’or. Les trompettes sonnèrent plus fortement et plus clairement et,
aussitôt chaque sommet de maison eut son groupe d’adorateurs, pendant que le
long des rues roulait une marée de gens, certains conduisant des agneaux,
d’autres des boucs devant eux, d’autres portant des colombes en leur sein, pour
être offerts au Seigneur par le sacrificateur.
Ce fut un joyeux matin pour moi, cher père, car
Aemilius, le noble Préfet, devait volontairement se présenter au Temple pour
être fait prosélyte à la sainte foi d’Israël. Je ne te retiendrai pas alors en
te relatant les arguments par lesquels il fut conduit à renoncer à l’idolâtrie
pour devenir Juif ! Pilate, le Procurateur, l’encouragea au lieu de s’y opposer, croyant que cela
concilierait les Juifs en faveur des Romains ; il résolut, par conséquent,
d’honorer la cérémonie par sa présence. Je pus le voir roulant fièrement vers
le Temple dans son chariot doré, escorté par une vingtaine de gardes
étincelants dans leurs cuirasses grecques. Je cherchai en vain la forme
d’Aemelius ; mais il atteignit le Temple par une autre rue. Le matin fut, par
conséquent, de plus en plus ravissant pour moi. Je pensais que je n’ais jamais
vu de bouquets d’olives sur le flanc de la colline au-delà des jardins du roi
si verts ni la récolte si jaune, comme ils déplaçaient par vague dans la douce
brise du lever du jour. Les hauts palmiers paraissaient partout courber et
agiter leurs éventails verts d’un mouvements joyeux. Les oiseaux dans les jardins
du palais chantaient plus mélodieusement et plus fort ; et Jérusalem elle-même
semblait plus belle que jamais.
Pendant que je regardais la scène et adorais Dieu et
Le remerciais pour la conversion d’Aemilius, Rabbi Amos vint et dit qu’il nous
emmènerait au Temple, car il était libre ce jour là. Nous fûmes aussitôt en
chemin, grimpant la voie pavée vers Moriah. Oh, combien sublimement s’élevait
le Temple au dessus de nos têtes, apparemment perdu dans le bleu du haut ciel !
Les énormes portes, ouvrant du Nord et du Sud vers l’Est et l’Ouest,
grouillaient de monde se pressant à travers elles, pendant que des galeries au
dessus de chaque porte sonnaient continuellement, d’une voix claire, les
trompettes de Dieu dans une réverbération incessante. Mon oncle me montra les
portes massives, toutes couvertes de feuilles d’or battu, et le parquet de
marbre vert sur lequel nous marchâmes. Il me fit remarquer le coûteux
entablement de pierres colorés, délicatement travaillées avec des ciseaux grecs
; et spécialement le toit d’argent orné, enchâssé de pierre précieuses (onyx,
béryl, saphir, escarboucle et jaspe). J’étais éblouis par la magnificence et
étonnée par la vaste étendue de l’espace de splendeur qui m’entourait ; pendant
que des dizaine de milliers de gens devaient être vus se déplaçant vers l’autel
de sacrifice. De cette superbe cour, je fus conduite dans un hall de presque
une centaine de coudées de longueur, son plafond d’or pur soutenu par mille et
une colonne de porphyre et de marbre blanc, rangées alternativement. Une telle
richesse, je ne l’avais jamais conçue ou pensé possible sur terre. Mais quand
Rabbi Amos expliqua qu’ils étaient tous faits selon le modèle des choses
célestes, je cessai de m’étonner et souhaitai seulement habiter un jour dans de
célestes demeures ou, le Saint Jésus nous l’enseigne, il y a des maisons non
faites de mains, sans fin, réservées pour le bon et le vertueux.
Il ne me fut pas permis d’approcher la chambre
sacrée où il y avait les quatre mille vases d’or d’ophir, utilisés pendant les
sacrifices, lors de grands jours ; et ceci étant un grand jour, je vis pas
moins de six cent sacrificateurs debout autour de l’autel, chacun avec un
encensoir en or dans sa main. Au-delà se trouve la sainte arche de l’alliance,
au dessus de laquelle les chérubins planent, leurs ailes se touchant, et entre
eux se trouve le siège de la miséricorde. Comme c’était le saint des saints, il
ne m’était pas permis de le voir ; mais sa position me fut indiquée au travers
du voile, qui dissimule à tous les yeux sauf ceux du Souverain Sacrificateur,
une fois l’an, la place du trône de Dieu sur terre, hélas, maintenant laissée
vacante depuis que la gloire de la Shékinah a quitté le Saint des saints.
L’air du vaste Temple était délicieux avec la
senteur de l’encens qui brûlait. Au moment où la victime saigna et la fumée
s’éleva, les gens tombèrent sur leurs faces et adorèrent Dieu. Ce fut une scène
impressionnante qui fit tenir mon cœur calme. Je semblais m’attendre à entendre
la voix de Jéhovah rompant le silence qui suivit. Mais après quelques temps de
silence, une saisissante note de trompette fit frémir chaque âme dans
l’innombrable foule ; elle fut suivie par un son de musique qui secoua l’air,
venant d’un cœur de deux mille mâles et femelles, des fils et des filles de
Lévi, qui servaient dans le Temple. Entrant par la cour Sud, ils s’avancèrent
dans une longue procession, chantant des chants sacrés et jouant la trombone et
la harpe, le luth et le psaltérion, le “chinna” et la timbale. Comme ils
montaient vers le chœur, leurs voix, se mélangeant aux instruments, remplirent
tout le Temple. Je n’avais jamais entendu une telle sublime harmonie auparavant
; spécialement quand, ayant atteint le chœur élevé, un millier de Lévites avec
des voix viriles les rejoignirent, et toute la compagnie chanta l’un de plus
sublimes Psaumes de David. J’étais vaincue – mes sens dissous dans une mer de
sons séraphiques ; mon cœur gonfla comme s’il allait éclater et je ne trouvai
du soulagement que dans un torrent de larmes.
Quand le chant fut conclu, toute la foule répondit
“Amen et amen” comme la voix profonde d’un puissant vent secouant soudain les
fondations du Temple.
A la fin, je vis un cortège de sacrificateurs
suivant le Souverain Sacrificateur au moment où il fit trois fois le tour de
l’autel. Dans cette procession, je vis un groupe de prosélytes escortés par
douze Lévites âgés, avec de longues barbes blanches comme neige, et habillés en
vêtements du plus pur blanc. Parmi les prosélytes, qui étaient au nombre de
vingt hommes, de presque chaque nation, je discernai la grande et noble figure
du Romain Aemilius. Il était habillé en vêtements noirs de la tête au pieds.
Mais en approchant du bassin baptismal, deux jeunes sacrificateurs enlevèrent
ce vêtement extérieur de zibeline et l’habillèrent en blanc. Je le vis ensuite
être baptisé dans la famille d’Abraham, et un nouveau nom lui fut donné, celui
d’Eléazar. J’entendis les trompettes d’argent proclamer la conversion et la
foule crier de joie !
Du reste de la cérémonie, je n’ai aucun souvenir,
étant donné que, après le baptême d’Aemilius, j’étais si heureuse pour voir ou
penser à quelqu’un d’autre. Il n’y a plus maintenant, cher père, d’autres
obstacles pour notre union. Aemilius est devenu Juif, et désormais il adorera
le Dieu de nos pères ! Je sais que tu as dit, dans ta dernière lettre que tu
m’as adressée, que tu craignais que le noble jeune Romain ne soit conduit par
son attachement à moi, à renoncer à sa religion et non par une honnête
conviction de sa vérité et sa fausseté. Mais je suis assurée, cher père, qu’il
agit par conviction. Les conversations qu’il a eues avec moi, et avec Rabbi
Amos, et avec d’autres éminents docteurs de notre nation, qu’il a rencontrés à
notre maison, et la lecture méticuleuse des Ecrits des Prophètes, ne l’ont pas
seulement convaincu que le Seigneur Dieu d’Israël est l’unique Dieu de toute la
terre mais que les adorateurs des idoles sont des adorateurs de Satan, qui a
établi cette religion en opposition à celle du vrai Dieu.
Pendant que j’élevais mon cœur en reconnaissance
pour l’heureuse conversion d’Aemilius et pendant que les Juifs l’entouraient
pour lui tendre la main d’association, se réjouissant du fait qu’une personne
si considérée ait embrassé notre foi, oncle Amos attira mon attention par une
exclamation de joie :
“Voici ! il y a Jésus, le Prophète !”
“Où ?” criai-je, essayant de découvrir le divin
Prophète parmi la foule.
“Debout à côté de la colonne de porphyre qui est là,
Jean est à l’un de ses côtés et Pierre à l’autre. Il montre l’autel et leur
explique ou enseigne quelque chose. Essayons de nous approcher de Lui !”
Nous nous frayâmes aussitôt un chemin, mais avec
difficulté, vers le point où nous L’avions découvert. La rumeur selon laquelle
le Christ était dans le Temple se répandit rapidement et toute la foule se
pressa vers ce même point. A la fin, nous atteignîmes notre objectif de manière
à être à moins de quelques pieds de Lui. Ici, un grand grec richement vêtu,
s’adressa à Rabbi Amos disant :
“Monsieur, dis-moi qui est ce jeune Juif dont la
contenance est empreinte de fermeté et de bienveillance, si bien combinées dans
son expression ; dont l’air possède une telle dignité et une telle sagesse ;
dont les nobles yeux semblent remplis d’une sainte tristesse, et dont le regard
est plein d’innocence et de douceur. Il semble être né pour aimer les hommes et
pour les commander. Tous cherchent à L’approuver. Je te prie, Monsieur, qui
est-il ?
“Il ne fait pas de miracles pour satisfaire la
curiosité, mais pour endre témoignage aux vérités qu’Il enseigne, qu’elles Lui
sont données de la part de Dieu. Fais attention ! Il parle” cria mon oncle.
Chaque voix se tut, au moment où celle de Jésus
s’éleva claire et douce, et émouvante comme un clairon céleste parlant. Et Il
prêcha, cher père, un sermon si plein de sagesse, d’amour pour l’homme, d’amour
pour Dieu, de connaissance de nos cœurs, de puissance divine et convaincante,
que des milliers pleurèrent ; des milliers étaient confinés à cette place avec
respect et grand plaisir et tous étaient émus comme si un ange s’était adressé
à eux. Ils s’écrièrent “jamais un homme n’a parlé comme cet homme ! et
certainement jamais des lèvres humaines n’ont dispensé de telle sagesse.”
Quand Il eut fini, les sacrificateurs, voyant qu’Il
avait touché les cœurs de tous les gens, furent très en colère, et n’étant pas
capables de manifester leur haine et leur peur d’une autre façon, ils
engagèrent une personne vile du nom de Gazeel, un voleur qui, prenant l’un des
couteaux de sacrifice tâché de sang à l’autel, s’avança vers Lui derrière la
colonne pour L’assassiner. Le voleur s’approcha et, s’assurant une position
favorable pour exécuter sa besogne, leva sa main pour frapper le Prophète de
derrière quand Jésus, tournant sa tête, arrêta la main de l’assassin en l’air
par un regard ! Incapable de bouger un muscle, Gazeel se tint trahit devant
tous les yeux dans cette attitude de meurtrier comme une statue de pierre.
“Retourne à ceux qui t’ont engagé. Mon heure n’est
pas encore venue ; ils ne peuvent avoir un quelconque pouvoir sur moi jusqu’à
ce que la volonté de mon Père me concernant soit accomplie.”
L’assassin courba sa tête avec une profonde humilité
; le couteau tomba de sa main et retentit sur le parquet en marbre ; et il
tomba aux pieds de Jésus, implorant son pardon. Le peuple aurait instantanément
mis Gazeel en pièces, mais Jésus dit :
“Laissez-le aller en paix. Le jour viendra où il
sera prêt à donner sa vie pour épargner la mienne. Vous, sacrificateurs, vous
vous engagez à me tuer.” ajouta t-Il fixant son clair regard sur le groupe qui
avait envoyé Gazeel.
“Pourquoi cherchez-vous ma vie ? Parce que je rends
témoignage à votre propre méchanceté. Vous mettez de lourds fardeaux sur le
peuple et vous ne les soulèverez pas avec l’un de vos doigts. Je suis venu chez
les miens et à mon Temple, et vous ne me recevez pas. Le jour vient où ce
Temple sera renversé et il ne restera pas pierre sur pierre ; et certains qui
m’entendent verront et pleureront ce jour là. Oh, Jérusalem, toi qui tues les
prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien n’ai-je pas voulu
rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes et
tu n’as pas voulu. Tu seras laissé dans la désolation et expulsé des cités car
tu n’as pas reconnu le jour de ta visitation. [1] Mais vous qui échapperiez à
ces troubles, cherchez à entrer dans mon royaume, qui n’aura pas de fin ; fuyez
vers Jérusalem qui est en haut, et qui est au dessus de tout, dont la fondation
est éternelle et dont le Temple est le Seigneur Dieu Tout-Puissant, qui est
aussi sa lumière et sa gloire.”
En entendant ces paroles, il s’éleva un grand cri
des dizaines de milliers de voix :
“Acclamations à Jésus, le roi d’Israël et de Juda !
Hosanna au Prince de David. Nous n’aurons d’autre roi que Jésus.”
A ce cri, qui fut capté et répété au delà des quatre
portes du Temple, les sacrificateurs crièrent fortement que le peuple était en
insurrection.
Pilate qui, avec sa garde, venait de quitter la cour
des Gentils, l’ayant entendu, se tourna pour demander ce que ça signifiait.
L’un des sacrificateurs, désireux d’avoir Jésus tué, répondit rapidement “que
le peuple a proclamé Jésus, le Nazaréen, roi” et qu’Il s’est déjà placé à la
tête du peuple.
Entendant cela, Pilate envoya des messagers au
château de David pour appeler des soldats et, avec ses gardes du corps, il
retourna à l’entrée du Temple, chargeant le peuple avec l’épée dans sa main.
Le tumulte fut alors effrayant et le sang aurait été
répandu en grande quantité mais Jésus, soudainement, apparut devant lui –
personne ne vit comment il avait atteint l’endroit – et dit :
“O Romain ! je ne cherche pas de royaume mais ce que
mon Père m’a donné. Ni ton pouvoir, ni tes maîtres ne sont alors en péril. Mon
royaume n’est pas de ce monde.”
Pilate fut vu courber sa hautaine tête avec profonde
révérence devant le Prophète et entendu dire gracieusement :
“Je n’ai pas l’intention de t’arrêter. Ta parole, o
prophète, est suffisante pour moi. De toi, j’ai jusqu’ici entendu beaucoup.
Veux-tu venir avec moi à mon palais et me permettre de t’entendre et de voir
quelque miracle ?”
“Tu me verras dans ton palais, mais pas aujourd’hui,
et tu verras un miracle, mais pas maintenant.”
Quand Jésus eut ainsi parlé, Il se retira de la
présence de Pilate ; et ceux qui L’auraient cherché pour faire Lui roi ne
purent Le trouver nulle part.
Le résultat de cette tentative du peuple de faire du
Prophète leur roi et de renverser, sous sa direction, le pouvoir romain est que
les autorités romaines, incitées par Anne et les sacrificateurs, regardant
Jésus avec des yeux de jalousie ; et Pilate ce matin a dit à une délégations de
sacrificateurs qui l’attendait pour lui présenter une pétition en vue d’arrêter
et d’emprisonner le Prophète, qu’à la première preuve qu’ils pouvaient lui
apporter de son hostilité à César, il enverrait des soldats pour L’arrêter.
Aujourd’hui, Jésus était en train de se rafraîchir dans notre maison quand
plusieurs Scribes et Pharisiens entrèrent. Je vis par leur sombre regard qu’ils
projetaient de faire le mal et, secrètement, envoyai Elec avec un message à
Aemilius (maintenant, Eléazar) lui demandant d’être prêt pour protéger Jésus ;
car Aemilus Lui est dévoué, comme nous le sommes, et Jésus prend plaisir à lui
enseigner les choses du royaume de Dieu.
Jésus, connaissant les cœurs de ces méchants hommes,
leur dit après qu’ils se soient assis et qu’ils soient restés quelques minutes
en silence :
“Pourquoi êtes-vous venus ?”
“Maître” dit Jehoram, l’un des principaux Scribes,
“nous savons que tu es un docteur venu de Dieu et que tu ne crains aucun homme,
ni ne considères la personne d’aucun homme.”[2]
“Oui” ajouta Zadoc, un Lévite d’une grande renommée
parmi le peuple “nous avons appris combien hardiment tu parles tous les temps ;
et que tu ne te dérobes devant le pouvoir d’aucun homme – que pas même Pilate,
ni Hérode, oui, ni César ne pourrait te faire abstenir de ce que tu choisis
d’émettre. Est-il légal pour nous Juifs, la nation particulière de Dieu, de
payer le tribut à César, qui est un idolâtre ? Est-il légal pour nous d’obéir
aux lois de Pilate plutôt qu’à celle de Moïse ? Nous demandons ceci en tant que
Juifs à un Juif. Dis-nous franchement ; car tu ne crains pas la face d’aucun
homme.”
“Que la question reste simplement sur le tribut aux
Romains” reprit Jehoram. “Maître, devons-nous, la sainte nation, payer le
tribut à l’Empereur César ?”[3]
Jésus les fixa, comme s’Il lisait leurs mauvais
desseins et dit :
“Montrez-moi la monnaie du tribut.”
Zadoc Lui tendit un penny, pièce de monnaie romaine,
envoyée en Judée par César, comme notre monnaie, et que nous retournons à Rome
en tribut. Quand Jésus eut pris la monnaie, Il regarda la tête d’Auguste
frappée sur un côté, et ensuite se tournant vers eux, alors qu’ils attendaient
sa réponse en retenant leur souffle, Il dit :
“De qui sont l’image et le nom frappés ici ?”[4]
“De César” répondit vivement tout le groupe.[5]
“Alors, rendez à César les choses qui sont à César
et à Dieu les choses qui sont à Dieu” fut sa calme et merveilleuse réponse.[6]
Je respirai de nouveau ; car je craignais qu’Il ne
répondit ouvertement que le tribut ne devait pas être payé, ce qu’ils
espéraient qu’Il ferait, et ainsi ils L’auraient immédiatement accusé à Pilate
comme enseignant que nous ne devons pas payer le tribut à Rome et fomentant
ainsi une rébellion.
Mais la divine sagesse de sa réponse soulagea tous
nos esprits, pendant que les Scribes et les Lévites, ses ennemis Le regardaient
avec étonnement. Ils échangèrent des regards de défaite consciente et
quittèrent la maison.
Telle est, cher père, sa sagesse qui fait que ses
ennemis ne peuvent pas triompher sur Lui. Oh, si tu pouvais Le voir et
L’entendre ! ça vaut la peine, une visite de l’Egypte à Jérusalem pour
L’écouter et voir ses miracles que, chaque jour, Il accomplit au moins un ; au
point que la maladie, la déformation, la lèpre semblent presque avoir disparu
de Jérusalem et de tout Juda.
Quand Aemilius arriva et trouva Jésus seul avec
notre famille, sans dommage, il exprima librement sa satisfaction.
“Aemilius” lui dit Jésus “tu es maintenant devenu un
Juif. Un pas de plus et tu entreras dans le royaume des cieux”
“Quel pas, cher Maître ?” demanda t-il sérieusement.
“Tu dois être baptisé du Saint-Esprit et tu seras
participant de la vie éternelle.”
“Rabbouni” dit Aemilius “en vérité, je pensais
qu’être baptisé un prosélyte de ton peuple donnait d’être disciple de Moïse et
d’avoir le sceau de la vie éternelle. Ai-je encore plus à faire ?”
“Pour être mon disciple, Aemilius. Je suis la fin de
la loi de Moïse. Celui qui croit en moi, quoique il serait mort, vivra
cependant. Je donne la vie éternelle à ceux qui, aussi nombreux qu’ils soient,
croient en moi. Mais tu ne sais pas maintenant ce que je dis ; tu le sauras
plus tard.”
Aemilius L’aurait questionné davantage, mais Jésus
le quitta et se rendit dans le jardin où Il resta tard la nuit, en méditation
et en prière.
Je me suis réjouie, cher père, que tu m’aies permis
d’accompagner mon oncle Amos à Cesarée. Nous quittons après la nouvelle lune.
Croyant, mon cher père, que tout ce que je t’ai écrit concernant Jésus n’a pas
été en vain et que tu es, avec moi et des milliers en Israël, prêt pour croire
qu’Il est le Christ, le Libérateur de Jacob.
Je demeure ton affectueuse fille,
Adina.
Lettre 23
Mon cher père,
J’ai reçu, avec joie, ta lettre dans laquelle tu dis
que tu quitteras l’Egypte avec la prochaine caravane pascale, en vue de visiter
Jérusalem. Tu dois être déjà en chemin et es par ce temps près de Gaza où, dit
mon oncle Amos, la caravane va s’arrêter demain soir. Mon cœur bondit de
t’embrasser et mes yeux sont pleins de brillantes larmes à la pensée que je
regarderai encore une fois ta noble mine et entendrai le son aimé de ta voix
paternelle. Mon bonheur est augmenté de savoir que tu seras ici pendant que
Jésus est dans la ville ; car il est dit, et Jean, le mari de Marie, l’affirme,
qu’Il sera certainement à la Pâque. Je souhaite, cher père, oh, je souhaite que
tu Le voies, car je sens que tu serais incapable de résister à la conviction
qu’Il est le véritable Messie de Dieu, au sujet duquel Moïse et les Prophètes
écrivirent.
Mais si ses paroles, cette divine éloquence et cette
sagesse qui coulent de ses lèvres sacrées, ne te convainquent pas, les miracles
qu’Il fera en preuve de sa mission seront sans résistance. Ces miracles
deviennent chaque jour de plus en plus puissants et étonnants. Pour Lui-même,
pour l’accroissement de son prestige, pour sa sécurité personnelle (car souvent
sa vie a été mise en péril par ses ennemis) Il ne recourt jamais à ce pouvoir
divin ; mais pour attester ses paroles de vérité qu’Il est venu de Dieu, pour
guérir la souffrance, soulager la détresse, Il les accomplit chaque jour. Si jamais
un homme n’a parlé comme Lui, jamais un homme n’a fait des merveilles comme
Lui.
Il a changé l’eau en vin ; guéri par une parole le
fils mourant du noble Chuza, premier officier de la maison d’Hérode, quoique à
plusieurs lieux de Lui à ce moment là. Il calme une effroyable tempête sur la
mer Tibériade en parlant à celle-ci et en ordonnant la paix ! Dans le pays de
Gadara, Il chassa des esprits mauvais de plusieurs démoniaques, esprits qui, en
sortant des corps de ceux qu’ils avaient possédés, reconnurent son pouvoir et
confessèrent, comme si c’était contre leur volonté, qu’Il était le Christ, le
Fils de David. De la résurrection de la fille du dirigeant Jaïrus et du fils de
la veuve de Naïn, je t’ai déjà écrit. En dehors de ces miracles de guérison et
de résurrection de mort, Il a été vu marchant sur la mer à une lieue du rivage,
aussi fermement que s’Il marchait sur un parquet de porphyre ; plusieurs
pêcheurs ayant vu cela, furent remplis de terreur et fuirent tous à terre où
ils répandirent, partout la nouvelle. Il a restauré la vue d’un aveugle dont
les yeux étaient complètement partis ; et créé de nouveaux membres là où les
jambes et les bras avaient été perdus pendant des années.
La semaine dernière, Eli le paralytique, que tu as
connu, un Scribe des Lévites, dont la main a été flétrie pendant neuf ans, si
bien qu’il avait été dépendant de l’aumône des adorateurs dans le Temple pour
son pain, apprenant le pouvoir de Jésus, Le chercha à la maison de l’oncle
Amos, où Il demeurait ; car ce fut notre privilège béni de L’avoir comme hôte.
En effet, Jean, son disciple bien-aimé, maintenant le mari de la loyale fille
de l’oncle Amos, ma douce cousine Marie, conduisait toujours le Prophète à
notre maison.
Jésus se reposait avec notre famille au repas du
soir à la fin du jour où le tumulte s’était produit dans le Temple, tel que
décrit dans mon avant dernière lettre, quand Eli vint et se tint non loin de la
porte. Humble et doutant, ses genoux tremblaient, et il regarda timidement et
avec nostalgie vers Jésus mais ne dit rien. Je sus tout de suite ce pour lequel
l’affligé était venu et je m’approchai de lui, disant : “ne crains pas, Eli,
demande-Lui et Il te restaurera !”
“Ah, dame, je crains qu’il n’y ait trop de bonheur
pour moi d’attendre. C’est plus que ce que j’ose rêver. Mais je suis venu à
Lui, espérant.” Sa voix tremblait et les larmes coulaient de ses yeux, alors
qu’il pensait à sa famille dans la pauvreté et à sa propre impuissance.
“Comment parlerai-je au grand Prophète, fille – moi, mendiant à l’entrée du
Temple ? Parle pour moi et le Seigneur te bénira, enfant. Ma langue colle à mon
palais !”
Jésus ne voyait pas le pauvre homme, sa face étant
tournée vers Rabbi Amos, à qui Il expliquait le sens du sacrifice d’Abel. Mais
laissant cette conversation, il dit d’une voix douce, sans se retourner :
“Viens à moi, Eli, et demande ce qui est dans ton
cœur et ne crains rien car si tu crois, tu recevras tout ce que tu veux !”
A ceci, Eli s’élança et, se jetant aux pieds de
Jésus, il les embrassa et dit : “Rabbouni, je suis pauvre, homme pécheur, je
crois que tu es le Christ, le Fils du Béni !”
“Crois-tu, Eli, que j’ai le pouvoir de te restaurer
?” demanda Jésus, le regardant fixement.
“Je crois, mon Seigneur” répondit Eli, inclinant sa
face à terre.
“Alors, tes péchés te sont pardonnés. Lève-toi et
rentre à ta maison et ne pèche plus, de peur qu’une mauvaise chose ne
t’arrive.”
“Cet homme pardonne aussi les péchés ?” cria le
vénérable sacrificateur, Manassé, qui était à table. “C’est un blasphémateur ! car
Dieu seul pardonne les péchés. Se dira t-il Lui-même Dieu ?” et il se leva
rapidement et déchira sa robe et cracha sur le parquet détestablement.
“Manassé” dit Jésus doucement “dis-moi ce qui est
plus facile à faire – dire à cet homme à genoux ici ‘tes péchés te sont
pardonnés’ ou dire ‘étends ta main restaurée comme l’autre’ ?”
“Il serait plus difficile de faire le dernier”
répondit Manassé, surprit à cette question.
“Qui seul peut faire le dernier, o prêtre ?”
“Dieu seul qui, le premier, le fit” répondit
Manassé, regardant la main flétrie qui, décharnue, pendait sans utilité à son
côté.
“Si alors Dieu seul guérit et Dieu seul pardonne les
péchés, les deux actes, Manassé, seraient de Dieu ! Par conséquent” dit Jésus
au paralytique “je te dis, Eli, étends ta main restaurée !”
L’homme, regardant la face de Jésus, et semblant
retirer confiance de son expression de puissance, fit un mouvement convulsif
avec son bras, qui était dénudé jusqu’à l’épaule, exhibant toute son hideuse
déformation, et l’étendit à la fin. Immédiatement, le bras fut entouré de chair
et des muscles ; le pouls remplit et bondit avec le chaud sang de vie, et il
devint aussi normal que l’autre. Le changement fut si instantané qu’il fut fait
avant que nous puissions voir comment. L’étonné et merveilleusement ravi Eli
plia son coude, étendit et contracta ses doigts, sentit la chair et la pressa
avec son autre main, avant qu’il puisse réaliser qu’il était guéri. Alors, il
éleva sa voix en louange à Jéhovah et, se jetant aux pieds du Prophète, cria :
“Tu n’es pas un homme, mais Gabriel, l’ange de Dieu
!”
“Tu es maintenant guéri, Eli” dit Jésus avec
impression “adore Dieu, va et ne pèche plus !”
“Maître, tu connais toutes choses ! Voici, mon péché
même n’était pas caché devant toi, quoique je croyais qu’aucun œil ne le
voyait. Hommes et frères” continua t-il, s’adressant à ceux qui étaient
assemblés “ce Saint Prophète ou ange de Dieu fit bien de me dire premièrement
‘mes péchés étaient pardonnés’ au lieu de me dire d’étendre ma main ; car ce
fut un grand péché qui causa ma paralysie, comme punition pour cela. J’avais
copié un parchemin pour un Lévite, Phinée, le collecteur de taxe pour le
service du Temple, et avait malicieusement altéré un chiffre dans un montant,
par lequel j’allais être gagnant de quatre pièces d’argent. Au moment où
j’écrivis le dernier chiffre, je sentis une attaque de paralysie et mon bras
retomba mort à mon côté. Ce fut la punition de Dieu. Ce fut il y a huit ans.
Aucun œil ne sut cette action sauf Dieu et moi-même. Mais je me suis repenti
dans une profonde humiliation. Par conséquent, comme mon bras flétri l’était
pour punir mon péché, mon Seigneur fit bien, le Puissant Prophète me dit ‘mon
péché était pardonné’ car alors ma punition a été ôtée. Car je sentais déjà à
sa parole, le sang couler à travers mes veines desséchées.
Sur cette franche reconnaissance, Manassé s’écria,
émerveillé “réellement, Dieu est bon pour Israël. L’heure de sa promesse est
venue. En vérité, o Jésus de Nazareth, tu es le Fils du Très Haut ! Pardonne à
un ver de terre, et mes péchés aussi !” Et le hautain prêtre tomba aux pieds de
Jésus et pencha ses cheveux blancs comme neige dessus en adoration et
révérence.
Si alors, cher père, les péchés secrets des hommes
sont connus par Jésus ; s’Il pardonne le péché aussi bien qu’Il guérit les
maladies ; s’Il ôte la punition temporelle que Dieu inflige aux hommes pour
leurs iniquités, quel nom, quel pouvoir, quelle excellence Lui concéderons-nous
? Ne devons-nous pas avec Esaïe L’appeler “le Merveilleux, le Conseiller, le
Dieu Puissant, le Prince de Paix, qui s’assiéra sur le trône de David pour
l’établir désormais avec justice et jugement, même pour toujours ?” “Qui”
répété-je avec Manassé “qui pardonne le péché si ce n’est Dieu seul ?”
Comment serai-je capable de me rappeler et répéter
toutes les autres puissantes œuvres que Jésus a faites en preuve de son divin
pouvoir ! Tu devrais avoir appris comment Il nourrit, à partir d’un petit
panier de pain (la frugale provision qu’un garçon avait apportée dans le désert
pour sa mère et ses frères), pas moins de cinq mille hommes, sans compter les
femmes et les enfants. Cette vaste foule L’avait suivi loin des villes pour
écouter ses enseignements, gens de
toutes les classes et langues, incluant
plusieurs capitaines romains. Quand l’importante foule eut faim, Il la fit
asseoir sur l’herbe et, du panier, Il prit du pain qu’Il multiplia in
exhaustivement dans sa main alors qu’Il distribuait ; si bien que, quand tous
eurent mangé, il fut ramassé douze fois la quantité de fragments qu’il y avait
dans le petit panier d’origine. Qui, cher père, sauf le Messie, pouvait faire
ce miracle ? Lui qui put ainsi créer du pain à sa volonté, n’est-Il pas le
Seigneur de moisson de la terre ? Mon esprit est accablé, mon cher père – je
suis remplie d’étonnement et de crainte quand je réfléchis sur la puissance, le
pouvoir et la majesté de Jésus et je crains de me demander – qui, plus qu’un
homme, est-Il ? Est-Il véritablement le terrible Jéhovah du Sinaï, visible dans
la forme humaine ? Oh, merveilleux et incompréhensible mystère ! Un homme avec
le Tout-Puissant pouvoir, et manifestant les attributs même de Jéhovah, le
Seigneur des Armées, marchant sur la terre, conversant avec les hommes,
demeurant dans nos habitations, mangeant et buvant avec nous, et dormant avec
l’insouciance pacifique d’un enfant sous nos toits ! Je n’ose pas risquer mes
pensées à pénétrer le mystère dans lequel Il marche parmi nous dans le
caractère divin voilé de son pouvoir. Son disciple bien-aimé, Jean, dit que
Jésus lui a dit que le jour n’est pas loin où ce voile sera ôté, et que nous Le
connaîtrons alors, qui Il est, et pourquoi Il est venu dans le monde, et
l’infinie conséquence de sa mission sur les hommes.
La Pâque est très proche, où nous verrons encore la
majesté de da présence. Je viens juste d’apprendre que Lazare, l’aimable frère
de nos cousines Marie et Marthe, est soudain tombé malade, et je clos ma lettre
en vue d’accompagner ma cousine Marie et son père à Béthanie, d’où on nous a
envoyé un sérieux message de supplication. Puisse Dieu préserver sa vie.
Ta fille dévouée,
Adina.
[1] Matthieu 23 :37 ; Luc 13 :34
[2] Marc 12 :14
[3] Marc 12 :14
[4] Marc 12 :16
[5] Marc 12 :16
[6] Marc 12 :17